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Amérique Latine: La tournée d'Obama à rétablir l'hégémonie des Etats-Unis sur la région.

22 Mars 2016, 18:33pm

Publié par Bolivar Infos

Par: Leandro Morgenfeld1 (Telesur 21 mars 2016)

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Dans les derniers mois de sa présidence, Barack Obama a intensifié l'offensive des Etats-Unis pour récupérer la domination régionale. Si, dans l'après-guerre froide, leur hégémonie en Amérique Latine et dans les Caraïbes semblait être exemptée de grands efforts, dans les premières années de ce nouveau siècle, ils ont dû affronter aussi bien les projets de coopération politique et les projets d'intégration alternative qu'ont stimulé ce qu'on appelle les gouvernements progressistes que la concurrence de la Chine qui est devenue un associé commercial et financier indispensable pour de nombreux pays.

Pendant son second mandat, Obama a décidé de revoir sa stratégie et d'avancer dans une nouvelle offensive avec les deux facettes habituelles: la carotte et le bâton. Actuellement, nous pouvons apprécier les deux: les avancées de la détente avec Cuba et, en même temps, une nouvelle attaque contre le Venezuela. Comment doit-on interpréter cette tournée clef qui comprend la visite historique à Cuba et le retour en Argentine?

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont consolidé leur domination régionale et appliqué à fond la doctrine Monroe de 1823: l'Amérique pour les (nord)Américains. ils ont réussi à mettre en place un système inter-américain sous leur domination autour de l'Organisation des Etats Américains (OAE) dont le siège n'est pas par hasard à Washington, à quelques mètres de la Maison Blanche (un "ministère des colonies" selon le Che) et dont l'instrument militaire, leTraité Inter-américain d'Assistance Réciproque (TIAR) n'est invoqué que quand les Etats-Unis en ont besoin et non, par exemple, quand il aurait dû intervenir en faveur de l'Argentine dans le conflit avec la Grande Bretagne en 1982. Cette hégémonie a été défiée par la Révolution Cubaine et par les mouvements de libération nationale et de gauche dans les années 60 et 70. Les Etats-Unis ont appliqué la Doctrine de Sécurité Nationale, entraîné des milliers de militaires latino-américains à l'Ecole des Amériques et organisé des coups d'Etat militaires et des dictatures en plus de plans de répression comme le Plan Condor.

Après la chute de l'Union Soviétique, la guerre froide et le péril rouge qui en découlait ne pouvaient plus être utilisés comme excuse. On a imposé ce qu'on appelle le “Consensus de Washington” et le gouvernement de George Bush a lancé "l'Initiative pour les Amériques" qui deviendra ensuite le projet de l'ALCA2. Cette initiative prétendait renforcer la subordination économique latino-américaine et obtenir de meilleures conditions pour le grand capital états-unien pour entrer en compétition avec celui des autres pays et en même temps imposer de façon plus définitive leurs conditions de travail. L'offensive néolibérale a avancé rapidement pendant les 10 dernières années du siècle dernier mais a provoqué des crises économiques et des soulèvements politiques et sociaux. Le changement dans la corrélation des forces au niveau du continent et la naissance de ce qu'on appelle le cycle progressiste ou post-néolibéral a permis à Notre Amérique de résister et de vaincre l'ALCA il y a 10 ans et en même temps de construire de nouveaux outils comme l'UNASUR, la CELAC ou l'ALBA. L'hégémonie états-unienne a été doublement défiée avec un succès relatif, ce qui a impliqué une singularité historique.

Obama: des promesses rapidement déçues

En 2009, Obama est arrivé à la Maison Blanche avec la promesse d'impulser un tournant radical à la politique extérieure de son pays, en particulier envers Notre Amérique que son prédécesseur George W. Bush avait tellement rejetée. Cependant, tôt ou tard, les attentes qu'il avait suscitées ont été déçues: il a continué la militarisation (il a maintenu la IV° Flotte du Commando Sud et la prison de Guantánamo, instauré de nouvelles bases militaires et continué la néfaste "guerre contre les drogues"), l'ingérence (coups d'Etat d'un nouveau type au Honduras et au Paraguay, tentatives de déstabilisation au Venezuela, en Equateur et en Bolivie), l'espionnage de gouvernements (dénoncés par Edward Snowden) et les politiques agressives envers Cuba (blocus économique, commercial et financier, boycott de son inclusion au Sommet des Amériques, financement de groupes d'opposition, campagnes politiques et idéologiques contre l'île). Notre Amérique, cependant, avançait dans l'intégration régionale et approfondissait ses relations avec des puissances hors de l'hémisphère comme la Chine et la Russie en diminuant sa subordination envers les Etats-Unis.

Ces dernières années, cependant, la crise internationale a affecté le prix des matières premières, provoquant une stagnation et une récession dans la région après une décennie de croissance et en mars 2013 avec la mort de Chávez, le processus d'intégration alternatif s'est, de plus, ralenti. Ces changements économiques et politiques ont poussé les Etats-Unis à tenter de récupérer l’hégémonie sur ce qu'ils ont toujours considéré comme leur "arrière cour".

Obama a commencé des négociations avec Raúl Castro pour reprendre les relations diplomatiques - une chose concrétisée le 20 juillet dernier - pour diminuer le rejet que la politique précédente envers l'île avait provoqué dans le monde entier mais il reste encore beaucoup à faire pour normaliser les relations bilatérales - le blocus persiste ainsi que l'occupation de Guantánamo, l'ingérence dans les affaires intérieures et la demande d'indemnisation pour les pertes colossales causées par le blocus. Le président états-unien sortant cherche à entrer dans l'histoire comme le premier président à se rendre sur l'île en 88 ans et en même temps, cherche à stimuler sur l'île la restauration capitaliste et un mouvement politique qui réclame la fin de la Révolution. Comme cette politique de détente a provoqué des critiques internes des secteurs les plus anti-castristes, il a équilibré son voyage en lui ajoutant la tournée en Argentine.

Obama cherche à mettre en valeur l'image de Macri et à le pousser en tant que nouveau leader régional de la restauration conservatrice: aux antipodes de l'axe bolivarien, partisan d'une politique étrangère alignée sur celle des Etats-Unis et de l'Union Européenne et d'une politique économique néolibérale dans le cadre des exigences des organismes financiers internationaux. En outre, il prétend faire entrer l'Argentine dans l'Accord Trans-pacifique de Coopération Économique et faire travailler plus étroitement la DEA et lel Pentagone avec les forces de sécurité commandées par Patricia Bullrich.

Bien qu'avec une stratégie différente de celle employée par Henry Kissinger dans les années 70 pour mettre au pas les dictateurs latino-américains, la Maison Blanche continue à essayer de conserver son hégémonie sur la région et à empêcher d'avancer les projets d'intégration alternative comme ceux que les pays bolivariens ont stimulé ces dernières années. Le défi, pour les mouvements populaires dela région est de démasquer les politiques de l'empire au -delà des différentes formes qu'elles adoptent. Le 24 mars, des organismes des droits de l'homme, des syndicats, des universités et de multiples organisations politiques condamneront les complicités de l'empire avec la dernière dictature militaire mais aussi les tentatives actuelles pour revenir soumettre une région qui attend encore de construire la Grande Patrie qu'a imaginé Bolívar il y a 2 siècles.

source : Journal Cambio, N° 35

1Enseignant UBA. Chercheur Adjoint du CONICET. Auteur de "voisins en conflit. L'Argentine et les Etats-Unis dans les conférences panaméricaines" et de "Relations dangereuses: L'Argentine et les Etats-Unis".

2En français ZELA Zone de Libre Echange des Amériques. Projet enterré par Chavez en 2004 avec les mots "L'ALCA est morte, vive l'ALBA!"

source en espagnol:

http://www.telesurtv.net/opinion/La-gira-de-Obama-busca-una-nueva-subordinacion-a-Estados-Unidos-20160321-0066.html.

URL de cet article:

http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/03/amerique-latine-la-tournee-d-obama-a-retablir-l-hegemonie-des-etats-unis-sur-la-region.html