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Cuba-Etats-Unis: Tant que l'embargo sera en place il y aura des limites aux relations Cuba-Etats-Unis

23 Mars 2016, 17:47pm

Publié par Bolivar Infos

Par: Rosa Miriam Elizalde (Cubadebate, 22 mars 2016)

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Interview de Ben Rhodes, conseiller de Barack Obama

L’interview a été arrangée préalablement avec la Maison Blanche et Ben Rhodes a accepté de discuter avec un petit groupe de journalistes cubains quelques minutes après une rencontre marathon avec les plus de 100 à correspondants qui accompagnent le président Barack Obama dans cette visite à Cuba.

Nous nous sommes réunis dans un salon de l'Hôtel Parque Central dans la Vieille Havane où loge la presse et une légion de fonctionnaires de la Maison Blanche. Il fait un froid hivernal assez surprenant sur la terrasse de l'immeuble où nous nous trouvons et nous ne prendrons qu'une ronde de questions. Le principal conseiller d' Obama en politique étrangère - en réalité il a un titre alambiqué: assistant du Président et vice-conseiller à la Sécurité Nationale pour les Communications Stratégiques et l'Ecriture des discours - doit assister au déjeuner d'Etat qu'offre Raúl à son homologue nord-américain.

Pour les questions, Rhodes propose de suivre l'ordre dans lequel sont assis les reporters: le journal Granma, le Système d'Information de la Télévision Cubaine, l'Agence Cubaine d'Information, Radio Rebelde, Juventud Rebelde et Cubadebate. Mais à la fin, cet ordre sera suivi en zigzag en commençant par Cristina Escobar, l'envoyée de la télévision. A partir de là, Rhodes commence à parler sereinement, réfléchissant à ses réponses pendant que la traductrice donne le version en castillan.

La Loi d'Ajustement Cubain ne changera pas

Le gouvernement des Etats-Unis n'a pas prévu d'annoncer des changements dans la Loi d'Ajustement Cubain, dit-il. "Comme vous le savez, nous, nous héritons de politiques qui, si elles avaient été conçues aujourd'hui, auraient été conçues de façon différente mais nous ne voulons pas non plus donner l'impression aux Cubains que nous allons changer cette politique dans la façon dont elle touche leur désir d'émigrer aux Etats-Unis.

Il reconnaît qu'au sein du Congrès des Etats-Unis, il y a un débat public concernant l'émigration cubaine et il assure que son gouvernement encourage le dialogue à ce sujet. sa réponse commence à atteindre la pression quand on s'approche du noeud gordien de la politique états-unienne envers Cuba: le blocus.

"Il y a des changements dans le blocus - et il se reprend très vite - ou l'embargo, qui peuvent entrer en vigueur immédiatement et être mis en oeuvre facilement: augmenter les envois d'argent, les voyages, par exemple. Et il y en a d'autres qui exigent que nous continuions le dialogue pour qu'ils soient mis en place effectivement: le dollar est l'un d'entre eux."

Rhodes, qui voulait être journaliste jusqu'à ce que les attentats du 11 septembre dans sa ville, New York, changent sa vie, s'exprime à proprement parler au nom de son gouvernement: "Nous avons permis que Cuba accède maintenant au dollar pour ses transactions internationales. nous avons aussi permis que les gens aient des comptes en dollars à Cuba pour y déposer des dollars. Ces deux mesures ensemble apporteront des bénéfices substantiels à l'économie cubaine".

Cependant, il reconnaît qu'il n'a pas suffi de prendre la décision, il manque quelque chose comme l'a dit le Chancelier cubain Bruno Rodríguez Parrilla lors de sa conférence de presse avant l'arrivée d'Obama sur l'Ile: "Nous devons aller vers les banques et entamer un dialogue avec elles pour qu'elles comprennent: premièrement, que ce type de transactions est déjà permis et deuxièmement, qu'elles n'auront aucune sorte de pénalités si elles appliquent cette mesure".

L'habitude de l'application de ces sanctions pendant si longtemps a pour conséquence que les banques ont programmé dans leurs ordinateurs le rejet des transactions avec Cuba. "a cause de cela, nous travaillons pour avoir un dialogue avec elles, discuter avec elles, leur expliquer que c'est un changement et qu'elles doivent appliquer les changements à leur tour pour que cette sorte de transactions puisse être réalisée. Et nous nous y sommes engagés, et nous le redisons, nous allons avoir ce dialogue pour que les banques comprennent les changements et que les Cubains aient accès au dollar."

Cela permettra "à Cuba de lever cette taxe sur les conversions en dollars". Il prédit que ce sera bénéfique pour le peuple cubain parce que cela impliquerait que les Etats-uniens dépensent leur argent quand ils visitent l'île en plus d'inciter les entreprises, qui n'auraient pas à effectuer la conversion en euros, à travailler sur le marché cubain. Je crois que si les voyages augmentent, si la présence des entreprises états-uniennes augmente, "il sera très difficile de faire marche arrière. Il serait difficile qu'un homme politique dise: on ne peut pas voyager, on ne peut pas faire ça, quand il y aurait déjà 100 vols réguliers et des milliers de touristes états-uniens arrivant". Cela, confirme-t-il, a été l'un des buts principaux de cette visite.

La liste

C'est mon tour et je lui pose 2 questions. La première sur le défi qu'a lancé le Général d'Armée aujourd'hui lors de la conférence de presse avec Obama: Les Etats-Unis ont-ils une liste de prisonniers politiques à Cuba? L'autre concerne une annonce du Président états-unien au forum d'Affaires auquel il a assisté dans la soirée et où il a fait l'éloge du système de santé cubain et a avancé la possibilité d'un accord de collaboration pour affronter l'épidémie de Zika. Les moustiques ne respectent pas les frontières et le Zika n'a pas d'idéologie, affirme-t-il,plaisantant à demi.

Rhodes commence par la seconde question peut-être pour se donner le temps de bâtir sa réponse concernant la "liste". Le président Barack Obama a annoncé aujourd'hui la possibilité d'un accord avec Cuba pour affronter l'épidémie de Zika. Il y a eu de grandes avancées et nos ministères de la Santé ont décidé de travailler ensemble pour arrive à un accord de coopération sur les maladies transmises par les moustiques, le Zika ou la dengue, ainsi que sur le cancer", assure-t-il.

"Nous pensons que cette coopération continue et même avance et étant donné la grande expérience cubaine en matière de santé et de médecine, nous voyons qu'il y a un énorme potentiel de collaboration que nous pouvons développer. Il y a des instituts comme l'Institut du Cancer des Etats-Unis et il y a des chercheurs en cancérologie et nous pourrions aussi travailler dans d'autres pays comme dans le cas de l' Ébola", admet-il.

Presque sans transition, il passe à l'autre question. "Oui, il y a une liste de personnes dont nous pensons qu'elles ont été emprisonnées pour ce que nous considérons comme des délits non violents" mais ensuite, il nuance sa réponse avec un raisonnement un peu obscur j'admets que j'ai revu ses mots en anglais pour voir si je traduisais correctement mais la version en castillan est parfaite - : "Il y a des cas que nous envisageons avec le gouvernement cubain continuellement, de sorte que je crois que la différence principale à ce sujet est la position du gouvernement cubain dans le sens que ces personnes ne sont pas des prisonniers politiques mais des personnes qui enfreignent les règles de la loi cubaine".

Il considère qu'il "ya des activités non violentes qui ne méritent pas que ces personnes soient emprisonnées comme, par exemple, une protestation pacifique contre le gouvernement ou une critique du gouvernement dans des forums. Les personnes, dans n'importe quelle partie du monde, il s'agit de n'importe quel pays, toute personne qui est emprisonnée pour cette sorte de délit, pour nous, est considérée comme un prisonnier politique ou une prisonnière politique. C'est moins la question de savoir s'il y a ou non une liste parce qu'il y a beaucoup de listes, ce qui est clair, c'est que nous avons des points de vue qui diffèrent en ce qui concerne les détentions injustes".

Rhodes ne donne pas de noms et n'explique pas que ces personnes qui participent à des "protestations pacifiques" ne sont pas indépendantes. Les initiatives en relation avec la "transition à Cuba" qu'encourage la Loi Ley Helms Burton a fait courir des torrents d'argent et a coûté au contribuable états-unien plus de 250 millions de dollars entre l’Administration Bush et celle d'Obama. Ce n'est pas Cuba qui le dit, ce sont des preuves données par des agences et des hommes politiques états-uniens. Les fonds sont essentiellement destinés aux "opposants" ou à des personnes considérées comme des opposants potentiels, certains religieux, das fanatiques de la musique et des jeunes mécontents, des activistes de la diversité sexuelle, des blogueurs et même des enfants, une pratique que sanctionne la législation des Etats-Unis qui ne tolère pas la collaboration secrète ou clandestine avec d'autres gouvernements mais qui a été appliquée et continue d'être appliquée de manière insensée et récurrente contre Cuba.

Evidemment, une autre de ces questions inconfortables est sortie. Juana Carrasco, de Juventud Rebelde, a rappelé les mots du Président Obama qui parlait de la souveraineté du peuple cubain au futur. Cela a-t-il à voir avec la politique de changement de régime?

Rhodes régit une nouvelle fois, embarrassé mais courtois. "Non, que ce soit très clair, cela (le respect de la souveraineté cubaine), je veux dire maintenant et dans l'avenir. Nous, nous avons mis l'accent dessus dans le sens que les Etats-Unis n'ont pas une politique de changement de régime à Cuba et ne cherchent pas à imposer un système de gouvernement déterminé à Cuba et que les Cubains sont les seuls qui doivent prendre cette décision", souligne-t-il.

Il reconnaît que "nous avons des systèmes politiques qui différent ou qoit nous avons des points de vue différents concernant la façon dont les citoyens doivent se prononcer mais nous respectons la souveraineté de Cuba et les différences que nous avons sur des sujets politiques et sur les droits de l'homme ne signifient pas que nous cherchons un changement de régime, cela signifie que nous plaidons pour les choses dans lesquelles nous croyons mais nous le ferons comme nous l'avons fait dans le cas d 'autres pays du monde, avec respect".

Le gouvernement cubain accorde beaucoup d'importance à Guantánamo

Jorge Legañoa, de l'Agence Cubaine d'Information lui pose une question sur le territoire occupé par les Etats-Unis sur l'Ile à Guantánamo où il y a encore plusieurs dizaines de prisonniers qui n'ont pas eu droit à un procès et dont on n'a même pas pu prouver qu'ils ont participé à des actes terroristes. Y a-t-il une date précise de fixée pour discuter de la restitution de ce territoire avec le gouvernement cubain? déclare-t-il concrètement.

Rhodes confirme que ce sujet a été mis sur le tapis lors de la réunion bilatérale avec le Président (Raúl Castro) et aussi qu'on l'a évoqué dans presque toutes les conversations avec le gouvernement cubain.

"Pour nous, la normalisation est un processus qui nous permet d'évoquer et de discuter les sujets de désaccord et notre attente est que le gouvernement cubain continue à les envisager. Nous, nous sommes concentrés, en ce qui concerne Guantánamo, sur le fait d'essayer de fermer la prison... nous comprenons combien est fort l'attachement du gouvernement cubain à ce sujet et nous prévoyons que cela va être un sujet permanent dans le dialogue avec le gouvernement cubain".

Un autre sujet épineux: les importations de produits cubains par les Etats-Unis qui empêchent la commercialisation, par exemple, de l' Heberprot-P, un nouveau médicament unique prescrit pour soigner l'ulcère du pied diabétique.

"Je dois être très clair sur ce point - avertit Rhodes - nous croyons que l'embargo, le blocus, doit être levé, nous appelons instamment le Congrès à lever l'embargo et un des motifs pour lesquels nous invitons autant de membres du Congrès des Etats-Unis (à venir à Cuba), c'est que nous essayons d'augmenter le soutien à notre proposition de lever l'embargo. Tant que l'embargo est en palce, il y aura des limites aux activités entre les deux pays."

Il rappelle que l’administration a réalisé des actions exécutives pour modifier la législation dans la mesure du possible. Mais tout changement proposé exige une révision juridique, c'est pourquoi il y a du retard. "Les éléments les plus difficiles à changer, dans l'embargo, concernent le commerce, les importations et les exportations. Nous ne pouvons pas, nous, prendre des mesures qui violent une loi et lever, disons, l'interdiction des importations de produits cubains... Ce que nous essayons de faire, c'est de trouver des catégories et des importations qui, si elles peuvent être permises, parce que nous pourrions alléguer que lever cette interdiction, cela aide à atteindre un propos déterminé, de façon que nous examinerions des cas individuels comme celui que vous évoquez (Herbeprot-B).”

Il considère que la façon la plus facile en ce moment de lever le blocus ou de le modifier est de chercher des domaines dans lesquels on peut faire du commerce. Mais, précise-t-il, si nous allons au-delà de la loi, notre politique pourrait être contestée par la justice.

Réclamation de propriétés

Le sujet des réclamations de propriétés est un sujet difficile, reconnaît le conseiller d'Obama s'adressant à Sergio Gómez, de Granma. "Il y aune quantité importante de réclamations de part et d'autre" et il confirme que des conversations ont eu lieu entre les deux gouvernements sur les réclamations de propriétés.

Son espoir réside dans le fait que, dans le passé, les Etats-Unis ont réussi à résoudre des réclamations sur des réclamations de propriétés difficiles avec d'autres pays. "On a résolu des réclamations avec l'Iran dans les deux sens et nous avons aussi résolu des réclamations avec Khadaffi quand il était encore au pouvoir en Libye, de sorte qu'il y a des formules qui fonctionnent, même avec des apys avec lesquels nous avons eu des différences historiques, et importantes, en politique".

Il espère que la résolution des réclamations aidera à ouvrir plus les relations commerciales: "Ou qu'il y ait un intérêt pour les deux pays à trouver une solution à ces réclamations de propriétés. En tant que gouvernement, nous sommes responsables des réclamations de propriétés des citoyens états-uniens au moment de l'expropriation ou de la confiscation ou du fait que ce sont les réclamations que nous avons comptabilisées, quantifiées pour ainsi dire."

Cependant, Rhodes précise: "Il y a une autre catégorie de gens qui étaient cubains et ensuite sont devenus citoyens états-uniens mais nous, en tant que gouvernement, ne pouvons pas prendre la même responsabilité juridique pour ces gens-là. Il serait sain que les Nord-américains d'origine cubaine aient un dialogue avec le gouvernement cubain à ce sujet".

Optimisme

Angélica Paredes, de Radio Rebelde, veut savoir si Benjamín Rhodes est optimiste et comment les 2 gouvernements, avec des différences si profondes, peuvent surmonter tous ces obstacles pour le bien des 2 peuples.

"Très bonne question, réagit-il. oui, je suis très optimiste. Nous avons des différences énormes et nous allons résoudre tous ces problèmes rapidement mais je suis optimiste pour la raison que les gens ou les personnes, dans les deux pays, dans une majorité importante dans les 2 cas, veulent cette relation, veulent que les relations s'ouvrent."

Il reconnaît que "savoir combien les Cubains avaient la nostalgie de cette ouverture" l'a ému. "le peuple nord-américain est très intéressé par Cuba et soutient cette ouverture. Même entre les Nord-américains-cubains, il y a un nombre croissant de personnes qui veulent que cette ouverture réussisse".

Comme quelqu'un qui a beaucoup traité avec le gouvernement cubain depuis juillet 2013, "je peux dire qu'au début de ces conversations, nous ne nous connaissions pas, il y avait, disons, peu de base pour une compréhension commun, des différences sur l'histoire mais étant donné que nous continuons à discuter et que nous continuons à nous engager dans le dialogue, nous avons pu trouver des domaines d'intérêt commun bien qu'il y ait des différences".

Il assure qu'il "ya 2 ans, personne n'aurait imaginé que le Président des Etats-Unis se rendrait à la Havane ou que des entreprises nord-américaines commenceraient à faire des affaires ici ou le nombre de Nord-américains d'origine cubaine qui retrouvent leur famille. Cela indique que les choses peuvent changer et c'est le but du Président, en continuant à accélérer ce processus".

L'opinion de Ben Rhodes sur Cuba a-t-elle changé après les événements du 17 décembre? demande Legañoa quand le fonctionnaire la presse parce qu'il va aller ce soir au repas d'Etat. "Oui, cela m'a impressionné. En premier lieu parce que par dessus tout, nous sommes des êtres humains et on l'oublie quand le seule chose sur quoi nous nous appuyons, c'est ce que nous lisons dans les livres d'Histoire. Ensuite parce qu'alors qu'on discute plus avec les Cubains, avec le gouvernement, avec les patrons, les travailleurs à leur compte, on se rend compte combien ils sont plein d'entrain et qu'il y aune diversité et un germe d'activité. Nous les voyions comme un monolithe, comme quelque chose de compact et pas aussi variés aussi polymorphes. Moi, j'ai eu beaucoup de plaisir à communiquer avec le peuple cubain. Parfois, ça a été un travail épuisant mais toujours très fructueux".

source en espagnol:

http://www.cubadebate.cu/noticias/2016/03/22/ben-rhodes-mientras-siga-el-embargo-en-pie-habra-limitaciones-en-las-relaciones-cuba-eeuu/#.VvJTIITQkRE

URL de cet article:

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