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Venezuela : La vérité sur la farce des femmes « affamées » qui vont acheter en Colombie

12 Juillet 2016, 17:19pm

Publié par Bolivar Infos

Courrier de l'Orénoque, 10 juillet 2016

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Le 6 juillet dernier, les médias internationaux ont diffusé avec fracas un événement qui s'est déroulé sur la frontière du Venezuela avec la Colombie. Il s'agit du passage, malgré les postes militaires, de centaines de Vénézuéliennes, vers la Colombie pour acheter des aliments. Mais il n'y a des choses qui tout simplement ne cadrent pas, ce qui met en évidence que cette affaire est un montage.

Habillées de blanc, entourées de médias, au milieu d'un attirail caractéristique de l'opposition vénézuélienne qui cherchait à montrer cette situation comme un acte politique, elles ont marché avec pour slogan : « Nous mourons de faim, nous sommes désespérées ».

Elles ont fait des prières, des personnalités de droite les ont accompagnées sur la frontière et, à l'unisson, les médias et les agents anti-chavistes de Colombie et du Venezuela ont rapporté ces faits comme l'expression d'une véritable « crise humanitaire ».

L'agence de presse allemande DW, dans sa branche espagnole, a rapporté en le soulignant une des phrases des femmes qui ont passé la frontière : « Ici, (au Venezuela), on ne trouve rien, on n'a rien à manger ».

La mathématique économique démonte la farce

La situation économique du Venezuela en ce qui concerne l'alimentation se caractérise par un déficit dans les stocks habituels de certains produits de consommation de base et massive au Venezuela subventionnés : la farine de maïs, le riz, les pâtes, l'huile, entre autres. Ces produits et d'autres (des produits d'hygiène et des produits ménagers) sont les principaux produits qui provoquent des queues dans les points de vente dans lesquels ils sont vendus au juste prix ou avec des subventions.

Mais d'un autre côté, il y a une série de produits qui tournent fréquemment, leur problème n'est pas la pénurie mais leurs prix élevés car ils sont sujets à beaucoup de spéculation dans toute la chaîne de distribution du producteur au consommateur.

Bien que subventionnés, certains de ces produits sont l'objet d'une forte spéculation et la réglementation n'est pas appliquée. Des produits comme la viande de bœuf, le poulet, les œufs, le fromage, les fruits, les légumes et les tubercules ont une grande fluidité, ce sont des aliments produits dans le pays et ils sont entassés dans des entrepôts de centaines de milliers de commerces dans tout le pays et même sur l'axe frontalier avec la Colombie.

Pour les familles vénézuéliennes, le problème de ce second groupe de produits est son prix, pas sa disponibilité. Récemment, certains de ces produits ont été bloqués ou leur prix a baissé (comme celui de la viande de bœuf et du fromage) à cause d'une chute de la consommation car beaucoup de familles ont eu du mal à les acheter aussi souvent que d'habitude. Mais des aliments, il y en a, la disponibilité, elle y est.

Ceux qui peuvent l'acheter, ils y accèdent sans faire la queue et sans problèmes. Une autre possibilité est la marché spéculatif des bachaqueros. C'est à dire le marché où se vendent des produits subventionnés détournés des systèmes légaux de distribution à des prix spéculatifs.

Il y a de tout dans les réseaux des bachaqueros. C'est la première possibilité pour la classe moyenne qui se refuse à faire la queue ou à se passer de certains produits.

A propos de la frontière, l'équivalence bolivar-peso est régie par l'équivalence bolivar-dollar fixée sur le marché spéculatif et parallèle des devises. Un taux illégal au Venezuela mais rendu légitime en Colombie par les milliers de bureaux de change qui spéculent sur le bolivar.

Aucune personne « ayant faim » au Venezuela ne pourrait acheter en Colombie étant donné le taux de change.

Sur le marché parallèle, 1 dollar vaut actuellement un peu plus de 1000 bolivars.

Auparavant, il lui est arrivé de dépasser les 1 300 bolivars. Cette dévaluation induite (pour raison de spéculation et pour une raison politique de fond) a favorisé le transfert pendant des années de produits vénézuéliens en Colombie.

Les produits alimentaires vénézuéliens, en Colombie, coûtaient aux Colombiens beaucoup moins que le produit colombien. C'est pourquoi la contrebande d'extraction s'est tellement développée, au point que le Gouvernement vénézuélien a dû prendre des mesures exceptionnelles sur la frontière. Un commerce sans précédent s'était organisé, qui faisait plus de bénéfices que le trafic de drogues lui-même.

Cela fait que beaucoup de produits vénézuéliens, subventionnés ou non, sont appréciés en Colombie.

Ceci dit, le récit du passage vers la Colombie de ces femmes pour acheter des aliments tombe si ont ait le calcul du taux de change qui régit toute activité économique sur la frontière. C'est une farce. Les Vénézuéliens qui pourraient acheter des aliments en Colombie sont ceux qui possèdent des dollars ou des pesos, c'est à dire qui peuvent changer au taux spéculatif une grande quantité de bolivars qui leur permettrait, au Venezuela, d'acheter toute une catégorie d'aliments sans aucun problème.

A San Cristóbal, une grande ville proche du poste frontière où s'est déroulé cet acte des « dames en blanc », il y a presque de tout. On peut trouver presque n'importe quel produit, que ce soit dans les commerces légaux ou sur le marché des bachaqueros, c'est à dire soit en faisant la queue soit sans la faire.

Dans les commerces légaux comme les petits marchés, les boucheries, les charcuteries et les marchands de primeurs de San Cristóbal, les étagères sont pleines de produits coûteux.

Les prix sur le marché des bachaqueros sont même beaucoup plus élevés et là, on trouve de tout, en particulier les produits subventionnés détournés. Mais personne « ayant faim au Venezuela » ne pourrait aller acheter en Colombie étant donné le taux de change. Pour le dire d'une autre manière : seule une personne de la classe moyenne-haute, avec beaucoup d'argent, pourrait aller acheter à Cúcuta (Colombie). Mais elle achèterait des produits qu'on trouve au Venezuela, qui, bien qu'ils soient chers, seraient meilleur marché (qu'en Colombie) étant donné le taux de change.

Par exemple : 1 kg de viande du côté vénézuélien coûte entre 3 500 et 4 000 bolivars. Du côté colombien, il coûte plus ou moins 10 000 pesos. Aujourd'hui, le taux de change est – dans les bureaux de change - de 0,24 bolívars pour 1 peso. Cela implique qu'acheter en Colombie 1 kg de viande coûte 41 666, 66 bolivars, un prix 10 fois supérieur au prix de la viande au Venezuela. On peut le calculer en divisant 10 000 par 0,24.

Il est mathématiquement impossible d’acheter, en bolivars, meilleur marché en Colombie qu'au Venezuela. Une personne « affamée » au Venezuela ne pourrait jamais acheter d'aliments en Colombie, elle ne pourrait pas les payer en bolivars. Si demain on ouvrait la frontière, on suppose que – selon l'attirail médiatique et politique de la « crise humanitaire » - des centaines de milliers de Vénézuéliens passeraient la frontière pour acheter des aliments mais non, c'est tout le contraire qui se produirait : les asymétries du change induites que les mesures exceptionnelles sur la frontière ont favorisé restent et des milliers de Colombiens entreraient au Venezuela pour acheter les produits disponibles pour les amener en Colombie.

Les seuls produits qu'il est « viable » d'amener de Colombie sont ceux sur lesquels s'exerce une forte contrebande au Venezuela mais ceux qui les achèteraient le ferait seulement pour éviter les queues et les prix des bachaqueros car les prix sur le marché spéculatif des bachaqueros sont tellement élevés qu'ils dépassent même le déséquilibre du taux de change.

Par exemple : 1 kg de farine de maïs (un produit hautement boycotté) coûte sur le marché des bachaqueros 2 000 bolivars. C'est un produit subventionné détourné qui coûte 190 bolivars quand on fait la queue. 1 kg de farine acheté en Colombie coûterait plus ou moins 1 000 bolivars.

Alors, les personnes qui cherchent à passer la frontière ne sont pas des gens qui viennent d'un pays « où il n'y a rien ». Ce sont des personnes qui peuvent payer un produit subventionné beaucoup plus qu'il ne coûte, ce sont des gens qui veulent acheter certains produits sans faire la queue. Ce sont des gens qui peuvent payer assez pour des aliments au Venezuela et qui semblent avoir une préférence pour certains produits : ce sont des consommateurs plus ou moins aisés. C'est très différent d'un groupe de personnes « victimes d'une famine ».

Ce sont des actions organisées qui font pression pour la réouverture de la frontière.

Ce qu'il y a derrière

Cette action des « dames en blanc » a une résonance en Colombie où la chancelière María Ángela Holguín, a fait à Cúcuta une déclaration contre la fermeture de la frontière . Un fait qui, en définitive, n'est pas sans lien avec l'autre. Holguín a signalé que « nous ne laisserons pas nos frères vénézuéliens avoir faim », à l'unisson des agents vénézuéliens qui ont intérêt à l'ouverture de la frontière.

Les intérêts de l'ouverture de la frontière sont divers. Il y en a de familiaux, du domaine du travail, ou des intérêts commerciaux (dans des domaines légitimes).

Mais les secteurs para-économiques sur la frontière ont aussi intérêt à la réouverture pour donner ainsi libre cours à leur aise au passage disproportionné et préjudiciable des marchandises.

L'importance des fléaux économiques est telle que peu après cet événement, Juan Manuel Santos a déclaré qu'on ne peut permettre « en aucune circonstance d'avoir à reculer sur ce que nous avons obtenu dans la lutte contre la contrebande et contre l'illégalité ».

Il a ajouté : « Nous allons parler avec le président Maduro, avec les autorités vénézuéliennes. Elles ont aussi exprimé leur désir d'ouvrir la frontière ».

Ce qu'il y a derrière ces situations, ce sont des actions organisées pour faire pression pour la réouverture de la frontière. Il existe des éléments très solides qui lient des acteurs de la droite vénézuélienne aux fléaux économiques qui existent sur la frontière. Ce sont des groupes d'intérêt qui instrumentalisent la politique en tant qu'outil, comme élément d'extorsion. Ils la limitent à présent au récit de la « crise humanitaire ».

Le front international d'attaque du Venezuela se réactive en prenant comme variante la Colombie et la frontière.

Il y a une question à se poser : les mesures exceptionnelles sur la frontière ne peuvent être éternelles, avec le temps elles deviendraient irréalisables. Ce qui implique que les circonstances actuelles imposent de prendre une décision, un éventuel assouplissement du passage comprenant le tourbillon du passage de marchandises. Cette situation présente aussi des possibilités pour atténuer les asymétries au Venezuela et une alternative pourrait être d'établir des règles complémentaires pour le passage de certaines marchandises et leurs modalités.

Par exemple, si nous, les Vénézuéliens, nous pouvions acheter en bolivars de grandes quantités de farine en Colombie (sans mettre en danger les stocks colombiens), nous tirerions vers le bas les prix de contrebande et nous améliorerions les conditions de l'offre (disponibilité) intérieure de ce produit (pour que ceux qui peuvent le payer ce prix y accèdent).

C'est ce qui s'est passé à Zulia récemment quand est apparue de la farine venant de Colombie à 12 00 bolivars.

Mais il faudrait aussi appliquer des restrictions à énormément d'aliments pour qu'ils ne partent pas vers la Colombie. Ce qui indique que cette éventuelle réouverture, ce serait parfait de la faire au compte-gouttes, de la planifier rigoureusement, pour contenir les acteurs et les situations pernicieux. Il reste aussi en suspens en Colombie l'asymétrie monétaire qui provoque ces fléaux. Mais ceci est un autre et gros problème.

Texte Ciudad Caracas vía Aporrea

source en espagnol :

http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/esta-es-verdad-sobre-farsa-mujeres-“hambrientas”-comprando-colombia/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/07/venezuela-la-verite-sur-la-farce-des-femmes-affamees-qui-vont-acheter-en-colombie.html