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Venezuela : Premier semestre 2016, radiographie d'une économie sabotée (1° partie)

Publié le par Bolivar Infos

par William Serafino (Mission Vérité 26 juillet 2016)

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Les 6 premiers mois de 2016 ont représenté la phase la plis aigüe du sabotage économique du pays. Dans ce premier texte, nous nous concentrerons sur l'accaparement, la détournement de produits de base et les actions illégales comme les manœuvres stratégiques de la guerre économique.

Quelques précisions initiales

Le sabotage économique en tant que ressource asymétrique de la Guerre Non Conventionnelle (GNC) comprend le chaos dans les habitudes les plus quotidiennes de la population jusqu'au fonctionnement de l'économie en général. Arborer une économie parallèle, illégale et criminelle qui affecte les infrastructures économiques de la nation, est, plus qu'une ressource tactique pour provoquer des difficultés récurrentes pour la population, une approche stratégique dans le cadre de ces nouvelles guerres et surtout un additif particulier au Venezuela révolutionnaire : démanteler l'Etat en tant qu'acteur de souveraineté et neutraliser la participation politique du chavisme.

Des tactiques de sabotage comme l'accaparement, le fait de toucher systématiquement les chaînes de distribution et le commerce et de perturber la vie économique quotidienne constitue les traits stratégiques du violent processus actuel de pillage mondial. Le pillage qui ne se limite pas au chaos dans son inertie opérationnelle mais à ce que ce chaos cherche à redéfinir et à modeler au niveau local et mondial : renforcer un système para-économique qui démantèle toute règle ou tout contrôle sur les infrastructures économiques de la part des autorités légitimes du territoire et de sa population pour intégrer le pays dans la mondialisation néolibérale du chômage, des bas salaires et du travailler plus pour moins manger. Dans la mesure où, de façon tactique, il va ajouter des usures et du mécontentement de la population, le but essentiel de la GNC, du côté stratégique, assoit les bases de la privatisation et de la remise du pays au capital transnational : la happy end pour le 1% le plus riche de la planète.

Différences et similitudes avec le Nicaragua et le Chili

Pour qu'un processus de sabotage économique se développe, le pouvoir financier mondial prend toujours 2 voies rapides : le blocus et la réduction des revenus nationaux grâce à la manipulation du marché international des matières premières. Le Nicaragua de la première phase du sandinisme et le Chili d'Allende, également dépendants de la vente de matières premières (cuivre et sel dans le cas du Chili, viande et sucre pour le Nicaragua) ont été victimes de cette tenaille.

On a toujours commenté ces deux cas du côté de l'accaparement mais on analyse peu, surtout dans le cas du Chili, comment la Banque Mondiale a empêché l'accès du gouvernement d' Allende au crédit international quand justement le prix du cuivre s'effondrait ainsi que celui du pétrole ou comment le Nicaragua, en perdant sa capacité d'exportation grâce au blocus imposé par l'administration Reagan en 1981, a vu saboter son marché intérieur en même temps qu'un processus aigu de spéculation et de boycott de la distribution des biens essentiels.

Dans les 2 cas, les secteurs les mieux préparés de la bourgeoisie commerciale et transnationale ont répondu automatiquement au blocus en cherchant des mécanismes de distribution parallèles pour augmenter les prix des produits de base et restreindre au maximum leur offre, ce qui était déjà renforcé par l'impossibilité des 2 gouvernements à importer et à stabiliser le marché intérieur aussi bien à cause du blocus qu'à cause de la baisse de leurs revenus nationaux. Dans le cas du Venezuela, de grandes banques et de grandes corporations ont déjà sous la manche dollar To Day et le FMI qui attendent l'incroyable chute des prix du pétrole, certainement orchestrée par eux-mêmes à partir du marché de l’énergie pour commencer à altérer la structure des coûts et des prix du pays.

La création d'un marché noir (ce qu'au Venezuela nous appelons bachaqueo) dans des pays comme ici est une donnée essentielle peu analysée par l'économie politique : la bourgeoisie importatrice et commerciale est une marionnette qui répondra toujours aux diktats du grand capital mondial. L'exacerbation de l'accaparement, la spéculation et le sabotage de la distribution met en évidence comment ils font le travail sale qu'on leur confie pour que les effets du blocus se prolongent et que cette dynamique soit à nouveau rentable jusqu'à ce que les objectifs politiques souhaités soient atteints. Ans-Consecomercio et Conindustria, dans le cas du Venezuela, sont leurs principaux agents à l'intérieur.

Entre les manuels et les conspirations, nous les reconnaissons en tant qu'acteurs politiques.

Mais 3 ans de guerre économique continuelle ont tourné la page. Tout le secteur du commerce – grand, moyen et petit – et sa réplique décentralisée (le bachaqueo), est inscrit dans une dynamique où la circulation parallèle des produits de base s'est transformée en modèle criminel de distribution et de commerce.

Cette économie parallèle a redéfini le rôle des hangars et les routes de distribution pas seulement comme impôts traditionnels sur les transactions au niveau logistique pour transporter des biens essentiels des usines de production vers les auto-marchés privés (qui contrôlent 70% du système de distribution et du commerce) mais en tant que réseaux non officiels qui ls distribuent directement au bachaqueo et au commerce final (boulangeries, bistrots, restaurants, etc...) là où le capital se revalorise et augmente en plus-value.

Si nous revoyons brièvement le manuel de sabotage du Nicaragua sandiniste conçu par la CIA (The Freedom Figthers) et les filtrations de l'ITT (aujourd'hui, corporation AT&T) qui décrivent le boycott commercial de l'économie chilienne, nous nous rendrons compte, qu'à l'exception de la regrettable guerre civile imposée au peuple nicaraguayen, les actions illégales que nous avons affrontées au Venezuela, sont beaucoup plus importantes et agressives. Les queues pour le pain au Chili jusqu'aux omissions dans les tâches d'entretien dans les entreprises publiques au Venezuela se situent derrière les cas d’accaparement et de détournement d'aliments par le secteur commercial et le secteur de la distribution au Venezuela.

Tous les mois de ce premier semestre, il y a eu, au moins, un cas de mega-accaparement ou de détournement d’aliments par le secteur privé et ses ramifications de contrebande. Contrairement à la diabolisation orchestrée par les médias privés concernant l'Opération Attaque du Prédateur responsable de continuer à saisir et à intercepter les chaînes de détournement et d'accaparement privé, cette opération a aussi démantelé des mafias à l'intérieur du réseau public d'aliments.

Le sabotage ne s'achève pas là

Ces cas composent seulement un des facteurs de la guerre économique dans sa phase d'aggravation pendant ce premier semestre. Un autre facteur important à souligner a à voir avec des actions de guerre illégale financées et soutenues par des acteurs politiques de Volonté Populaire pendant la vague de pillages programmés pendant le mois de mai. Plus de 10 magasins, points de vente, camions, centres d'approvisionnement des CLAP, c'est à dire, l'infrastructure publique de distribution des aliments, ont été sévèrement touchés dans des états cruciaux du pays qui, par leur condition d'états périphériques supportent les fluctuations les plus agressives de la guerre.

Si la politique les englobe tous, alors la guerre dans sa dimension économique n'est pas seulement l'accaparement et le détournement d'aliments comme tactique et procédure de sabotage mais aussi l'attaque directe, organisée et planifiée contre cette infrastructure que le bachaqueo et la bourgeoisie commerciale cherche à démanteler : celle qui maintenant, avec les CLAP, continue à permettre au chavisme de concevoir et de s'organiser dans le champ miné de la guerre. Le sabotage économique affecte toutes les sphères de la vie sociale de la population.

Parce qu'au-delà du plan pour l'avenir, de ce long terme obscur et tragique que se forge le capitalisme dans sa phase de plus grande détérioration, il y a un élément stratégique dans toutes ces opérations de sabotage économique : distraire et épuiser le chavisme dans un processus complexe de survie pour qu'il ne s'implique pas dans l'étude et la conception de ses propres clefs historiques qui ne sont autres que la participation et l'action.

Si nous soutenons ces attaques rigoureuses pendant 6 mois, c'est parce que politiquement, nous comprenons que tout ce récit médiatique disant que nous sommes responsables de la crise est pure propagande de pacotille bien qu'elle soit dirigée par des experts studieux sur les réseaux sociaux et dans des agences de publicité ultra-sophistiquées. Ils nous ont sous-estimés et les résultats sont là. Aujourd'hui, c'est le 16 juillet, une date historique pour les peuples du monde et nous continuons à écrire notre histoire.

Source en espagnol :

http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/primer-semestre-2016-radiografia-de-una-economia-saboteada-i

URL de cet article :

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