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Colombie: Uribe rejette une réforme agraire

20 Octobre 2016, 16:24pm

Publié par Bolivar Infos

 

Resumen Latinoamericano/16 octobre 2016.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

C'est l'un des axes centraux de l'Accord entre la guérilla et le Gouvernement de Colombie.

 

L'ex président a été durement critiqué dans un éditorial du journal états-unien The New York Times.

 

Les objections sur l'accord de paix entre le gouvernement de Colombie et les FARC présentées par l'ex président Alvaro Uribe ont comme point central le fait qu'il considère comme « indiscutablement illégitime » d'avoir négocié avec les guérilléros le modèle de développement rural bien que le pays ait entre 7 et 8 millions de déplacés dont la plupart sont des paysans qui ont perdu leurs terres à cause du conflit armé.

 

« Le modèle de développement rural fait complètement partie du développement économique et social du pays, une des lignes rouges non négociables du gouvernement dans le processus (de paix). En conséquence, l'avoir négocié avec les FARC leur donne une illégitimité indiscutable, » précise Uribe dans le texte de 26 pages remis au gouvernement.

 

Cette semaine, Alicia Bárcena, secrétaire exécutive de la CEPAL (Commission Economique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes) a signalé, pour avoir une idée de l'importance qu'aura dans le domaine économique et social l'accord de paix qui avance, que celui-ci permettra à la Colombie d'incorporer dans son tissu productif de vastes zones du territoire qui, pendant ces dernières décennies, ont été la scène du conflit. « La signature de la paix implique l'incorporation de territoires du pays dans la production et cela va provoquer, sans aucun doute, un dynamisme économique et une meilleure inclusion sociale, » a expliqué la responsable de la CEPAL sans entrer dans le détail du modèle de développement rural, un point important des critiques d'Uribe.

 

Bárcena a considéré que la paix en Colombie est irréversible malgré le rejet de l'accord lors du plébiscite du 2 octobre. « Puissions-nous arriver à un bon accord élargi même à l'incorporation de l'ELN ! » (Armée de Libération Nationale), a-t-elle souligné et elle a ajouté qu'il faut du courage pour trouver la paix et que cela sera très favorable à l'économie colombienne.

 

Dans ses objections, Uribe a insisté : « Sans préjudice de l'importance qu'il faut donner à l'économie paysanne, familiale et communautaire, une réforme complète doit reconnaître l'existence de la production patronale à la plus grande échelle, son importance dans le développement rural et l'économie nationale. » Il a aussi souligné à propos de cette question de la terre qui a été à l'origine du conflit armé des autodéfenses paysannes, qu'historiquement, il y a plus de 52 ans, les réformes centrées exclusivement sur la redistribution de la terre n'ont pas réussi à diminuer la pauvreté rurale.

 

« En aucun cas les FARC, à travers des organisation sur les territoires sous leur influence, ne peuvent participer directement ou indirectement à la sélection des bénéficiaires du Fonds Gratuit des Terres », a ajouté l'ex président qui a soutenu le « non » au plébiscite sur l'accord du gouvernement du président Juan Manuel Santos avec la principale guérilla du pays. Il a ensuite évoqué le problème des occupations illégales de terres pendant plus d'un demi-siècle et de leur légalisation. « Le gouvernement applique précisément le concept de Terrains Incultes de la Nation et les processus de conversion en propriété privée de l'occupation de bonne foi. Cette propriété sera respectée et officialisée et ces propriétés ne feront pas partie du Fonds des Terres. Les accords ne doivent pas affecter les propriétaires ou les possesseurs honnêtes, » a-t-il conclu. Le document d'objections d'Uribe ajoute que l'Etat garantit que l'utilisation économique de la terre rurale doit être déterminée par le libre marché dans les limites d'une législation environnementale actualisée.

 

Il propose aussi de réviser le loi 1448 de 2011 par laquelle le gouvernement, en dehors de la discussion de l'accord de paix avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), en proposant la restitution de terres, mentionne « les acheteurs de bonne foi non exempts de faute, une contradiction intrinsèque qui porte atteinte à la propriété légitime de la terre. » Concernant la façon dont les propriétés ont été occupées, Uribe met l'accent dans sa proposition sur le fait que l'analyse de cette situation ne doit pas pouvoir servir de preuve pour signaler la faute des propriétaires de bonne foi bien qu'on ne précise pas comment se définit la bonne foi. Enfin, sur la question de la « participation citoyenne communautaire », il admet qu'il s'agit de l'exercice d'un droit mais que ce peut être un mécanisme de contrôle social et territorial des FARC dans le post-accord.

 

Le journal The New York Times a publié vendredi un éditorial dur dans lequel il définit l'ex président Uribe comme l'homme qui bloque la paix en Colombie et l'appelle instamment à commencer à se comporter comme « un homme d'Etat » parce qu'un « retour à l'affrontement, qui ne peut pas être écarté, serait une catastrophe. » « Il n'est pas encore trop tard pour que monsieur Uribe, qui continue à être populaire parmi de nombreux Colombiens, commence à se comporter comme un homme d'Etat au lieu de se comporter comme un trouble-fête. »

 

Le journal ajoute : « Les décisions qu'il prendra dans les prochaines semaines pourront être déterminantes pour que l'accord de paix avec la principale guérilla du pays arrête finalement le bain de sang ou devienne une autre occasion perdue. » Le Times assure que pendant ses années de gouvernement, Uribe a posé les bases des négociations de paix avec les FARC avec sa politique de « main dure » qui a amené la guérilla à s'asseoir pour discuter mais maintenant, il constitue le principal obstacle à une sortie négociée du conflit armé.

 

De même, il affirme que l'échec du plébiscite du 2 octobre où une majorité des Colombiens a voté contre l'accord de paix signé par le gouvernement de Juan Manuel Santos et les FARC a été dû à une campagne « hyperbolique et trompeuse » dirigée par Uribe. A cause de cela, il appelle instamment l'ex président colombien à mettre fin à ses demandes « peu réalistes » et à jouer un rôle « constructif » pour que l'accord avec les FARC puisse être remis sur la bonne voie et que les négociations annoncées avec l'ELN puissent réussir. « Si monsieur Uribe a une meilleure idée qui soit réalisable, alors il devrait envoyer une délégation à La Havane où se trouvent les leaders des FARC pour chercher des engagements dans des domaines comme la justice ou la participation politique, » continue l'éditorial.

 

Le Times pense qu'un accord de paix définitif peut être possible avant la fin de l'année si toutes les parties ont la volonté de négocier de bonne foi mais il avertit que si on continue à prendre du retard, le soutien de la communauté internationale pourrait commencer à s'estomper. Enfin, le journal souligne que le gouvernement de Santos et les FARC se sont engagés à continuer à respecter le cessez-le-feu mais avertit que combien plus durera ce « chemin sans issue » plus il sera probable que de nouveaux foyers de violence ressurgissent.

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2016/10/17/colombia-uribe-rechazo-hacer-una-reforma-agraria/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2016/10/colombie-uribe-rejette-une-reforme-agraire.html