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Cuba: Fidel, c’est Cuba

Publié le par Bolivar Infos

Cuba: Fidel, c’est Cuba

 

Auteur: Granma | internet@granma.cu

27 novembre 2016 13:11:14

 

Il marchait avec difficulté, mais sans aucune aide, flanqué de ses assistants attentifs à ses pas, mais j’imagine qu’il a demandé qu’on le laisse marcher seul. Il s’est assis à sa place, celle de toujours, bien qu’il n’était plus officiellement membre du Comité central. C’était la dernière session du 7e Congrès du Parti. Et il a pris la parole. Sa voix de Commandant en chef a recouvré les notes sonores qui lui étaient habituelles lors de ses grands discours, même si elle faiblissait parfois, comme une station de radio mal réglée. Cependant, il y a une chose qui ne s’est jamais éteinte chez Fidel : ses yeux rayonnaient d’une grande intensité. Les photos que son fils a prises de lui, recueillies dans un bel album de sa soi-disant « retraite » le confirment. Fidel était déjà une personne âgée, un grand-père un peu voûté, mais ses yeux restaient toujours jeunes. Il a parlé, et on a tous sentis qu’il prenait congé de nous :

 

« J’aurai bientôt de 90 ans. Jamais une telle idée ne me serait venue à l’esprit et cela n’a jamais été le fruit d’un effort, mais le caprice du hasard. (…) Notre tour viendra à tous, mais les idées des communistes cubains resteront, comme preuve que sur cette planète, si on travaille avec ferveur et dignité, on peut produire les biens matériels et culturels dont les hommes ont besoin, et nous devons lutter sans trêve pour les obtenir, À nos frères d’Amérique latine et du monde, nous devons dire que le peuple cubain vaincra. »

 

« Il se peut que ce soit l’une des dernières fois que je parle dans cette salle. J’ai voté pour tous les candidats soumis à consultation par le Congrès, et je vous remercie pour l’invitation et l’honneur que vous m’avez fait de m’écouter. Je vous félicite tous, et en premier lieu le camarade Raul Castro pour son magnifique effort. »

 

« Nous poursuivrons notre marche et nous perfectionnerons tout ce qui doit être perfectionné, avec une loyauté éclatante et la force unie, comme Marti, Maceo et Gomez, dans une marche irrésistible. »

 

C’était, bien entendu, un Congrès de communistes, et Fidel tenait à réaffirmer, devant ses délégués et devant l’Histoire, qu’il restait toujours communiste. Notre héros national José Marti avait écrit à son ami Manuel Mercado, peu avant de mourir au combat : « Je sais disparaître, mais mes pensées ne disparaîtront pas. Mais ma pensée ne disparaîtrait pas, et mon obscurité ne m'aigrirait pas. »

 

 

Photo: Archivo

Mon fis cadet conservera probablement dans sa mémoire le souvenir du Fidel des quinze dernières années, du Fidel du 21e siècle. Il s’en souviendra comme d’un vieillard énergique et vénérable. Mais ma génération l’a connu autrement. Pour nous, il fut un père omniprésent qui faisait son apparition dans une école havanaise, échangeait avec les élèves – il lui arrivait même de faire une partie de basket avec eux –, pour réapparaître quelques heures plus tard à Santiago de Cuba ou Bayamo. Toute la vie de ma génération est marquée par sa présence, par son magistère exposé dans ses longs discours galvanisateurs, et par sa légende renouvelée.

 

Au cours des 60 dernières années, chaque génération de Cubains a gardé sa propre image de Fidel et conserve ses photos comme un souvenir de famille : à la caserne Moncada, à sa sortie du pénitencier de l’Île des Pins, au Mexique ou lors de l’expédition du yacht Granma, armé de son fusil dans les montagnes de la Sierra Maestra, saluant le foule en liesse durant le trajet de la Caravane de la Liberté dans les rues de Santiago ou de La Havane, sautant d’un blindé durant la bataille de Playa Giron, coupant la canne à sucre, parcourant les rues, visitant les écoles et les usines, bravant les pluies et les vents de tous les ouragans et les prévisions des météorologues et des hommes politiques – « J’ai vécu des jours magnifiques et j’ai éprouvé à tes côtés la fierté d’appartenir à notre peuple en ces journées lumineuses et tristes de la Crise des Caraïbes. Rarement un chef d’Etat fut aussi brillant dans de telles circonstances », a écrit le Che dans sa lettre d’adieu–, lors des grandes autocritiques, ou en première ligne le 5 août 1994 à La Havane, donnant un exemple pour montrer la voie à suivre.

 

Les images parcourent la deuxième moitié du 20e siècle : Fidel à côté de Frank Pais, de José Antonio Echeverria, de Malcolm X, d’Amilcar Cabral, d’Agostinho Neto, de Nelson Mandela, de Che Guevara et Camilo Cienfuegos, de Raul, son frère de sang et d’idéaux, du Mexicain Lazaro Cardenas, du Chilien Salvador Allende, du Panaméen Omar Torrijos, de la Révolution sandiniste fraîchement victorieuse, d’Hugo Chavez, d’Evo Morales et de tant d’autres. Fidel – les analystes de l’empire se trompent à se sujet –, c’est aussi le peuple de Cuba. C’est pourquoi j’aime tant la pancarte réalisée par Ares pour le Congrès de l’Union des artistes et des écrivains de Cuba (UNEAC) qui porte le titre provocateur de « Cuba post-Castro », et où l’on voit l’effigie de Fidel multipliée. Nous, tous les Cubains, devront prendre à partir d’aujourd’hui le difficile engagement d’être Fidel, d’être comme lui, comme le Che, comme Marti. Quelle gloire pour un peuple d’avoir des référents aussi prestigieux. Il est décédé le jour où nous commémorions le 60e anniversaire du départ du yacht Granma du port mexicain de Tuxpan ; mais il n’est pas mort, il a pris la mer une nouvelle fois. Fidel est une Île qui navigue vers l’île Utopie. Fidel, c’est Cuba, qui ne baisse pas les voiles dans une mer incertaine et agitée, qui se cherche elle-même, qui se reconstruit pour atteindre le maximum impossible-possible de justice, de solidarité, de beauté. Fidel a quitté le port, 60 ans plus tard, pour sillonner les mers de l’Histoire. Vive Fidel ! Vive la Révolution cubaine !

 

http://fr.granma.cu/cuba/2016-11-27/fidel-cest-cuba