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Venezuela : Nouvelle attaque de l'économie

24 Novembre 2016, 16:40pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

Par: Marco Teruggi (Telesur, 16 novembre 2016)

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Le pays a retrouvé un certain calme politique. Le coup d'Etat a été déjoué, le dialogue continue et, sans aucun doute, nous avons gagné ce round. Le solde de notre côté est une meilleure unité, une meilleure force morale et une meilleure conviction de ce qui est en jeu. Le fait que l'ennemi soit sorti de la grotte et ait assumé sa véritable identité nous a été favorable. De leur côté, les disputes se sont multipliées entre les dirigeants qui se sont poignardés publiquement et ont perdu encore plus de crédibilité vis à vis de leur base. Certains ont annoncé qu’ils pourraient reprendre l'ordre du jour de coup d'Etat, d'autres ont déjà reconnu qu'ils n'ont plus de force même pour mentir.

 

On peut dire, à cette heure-ci, que ce foyer de violence a diminué bien qu'on le sait, il ne faille jamais chanter victoire. Mais le bloc contre-révolutionnaire est plus que les visages des hommes politiques qu'on voit à la télévision . Ce qui est important, c'est ce qui ne se voit pas et arrive à faire le plus de mal : le secteur de l’économie, composé de grands patrons, de banques, d'agences de notation, d'importateurs, de maisons de change colombiennes, etc... C'est par ce biais que continue, ces jours-ci, avec toute sa force, la déstabilisation qui ne s'arrête jamais.

 

Le premier symptôme visible a été qu'après avoir été stable pendant le mois de mai, le dollar parallèle est monté de 1000 bolivars à plus de 1 700. Cela n'a pas été le fruit du hasard mais une action planifiée pour réduire le pouvoir d'achat des gens. Ce dollar se répercute sur le prix des principaux produits : plus il est haut, plus chère est la vie. L'augmentation a coïncidé avec la tentative de coup d'Etat, s'est violemment accentuée après l'effondrement de la droite, mettant en évidence que ce flanc est le plus vulnérable.

 

Le second aspect a été l'action des agences de notation qui ont augmenté la note de risque du Venezuela. Etant donné que cela indique le risque que les obligations internationales d'un pays ne soient pas payées, l'augmentation des points n'est pas en rapport avec la réalité : le Gouvernement a payé 3 000 millions de dollars entre le 11 octobre et le 2 novembre. Il s'agit, comme l'a signalé le président Nicolás Maduro, d'une attaque financière directe. Avec cette qualification, les portes d'accès aux crédits se sont fermées et le prix de la dette a augmenté.

 

Ces 2 éléments ont repris l'offensive sur le front intérieur et extérieur de l'économie vénézuélienne. Après l'assaut manqué du palais, la stratégie la plus efficace de la droite nationale mais surtout internationale revient : l'asphyxie. Un plan criminel qui a pour cible les plus humbles.

 

Cette attaque arrive avant les fêtes pour ne pas laisser de trêve à un peuple qui a affronté l'année économique la plus difficile : la pénurie d'aliments, de remèdes et de produits d'hygiène, les longues queues, l'augmentation en flèche des prix, l'incitation aux pillages par la droite, etc... Une situation qui avait trouvé une stabilité relative pendant ces 3 derniers mois. La situation était mauvaise mais sans grandes variations. Cela, pour une société marquée par la pénurie programmée et l'angoisse quotidienne qui en résulte pour des millions de personnes, a représenté un moment de tranquillité. Les choses étaient chères mais étaient là.

 

La direction ne semble pas avoir une stratégie claire pour protéger ce flanc. On a dénoncé l'attaque financière, économique, mis en place des tactiques de distribution populaire d'aliments aux secteurs les plus humbles, on a lancé un mandat d'arrêt contre Ricardo Hausmann, l'un des idéologues de ce plan mais en fait, c'est insuffisant. La sensation d'incertitude décroît : jusqu'où montera le dollar parallèle ? Un pronostic négatif peut indiquer qu'il continuera jusqu'en haut étant donné qu'en 2017, il y aura 2 élections et, cela a été démontré, les pires attaques contre la monnaie ont lieu avant les élections. Pour comprendre l'économie, il faut comprendre la politique.

 

Ainsi, comme on le voit dans l'attaque de l'économie, le plan permanent de déstabilisation, on peut aussi voir les tensions de la direction dans le domaine de l'économie. La dette extérieure n'a pas été restructurée et même alors qu'elle est payée scrupuleusement, les attaques financières se sont aiguisées. On n'a pas nationalisé certains secteurs clef de l'importation mêmealors que les entreprises d'importation, avec les dollars accordés par l'Etat continuent à organiser la pénurie. Deux exemples qui indiquent que certaines mesures, certaines propositions de différents secteurs – des mouvements populaires aux intellectuels – n'ont pas de place dans la stratégie du Gouvernement.

 

Cela peut se voir comme la conséquence d'un problème de corrélation de forces, du fait de négocier contre les cordes, comme une tactique pour cette étape ou une preuve qu'à l'intérieur de la direction, il y a des points de vue différents concernant la façon de résoudre la guerre/crise. C'est la principale inquiétude. Non pour une question de pureté mais parce que les négociations économiques jusqu'à présent n'ont pas permis de renverser la tendance négative, ont donné plus de pouvoir à l'ennemi et érodé la base sociale du chavisme. La dialectique chaviste d'agression de l'ennemi ou de radicalisation révolutionnaire n'apparaît pas.

 

Le processus révolutionnaire affronte une guerre suivie d'érosion, conduite par un ennemi qui se cache, se fait diffus, ne se laisse pas nommer. C'est pourquoi sa sortie de la grotte avec la tentative de coup d'Etat a fini par apporter un solde positif au chavisme : l'ennemi s'est laissé voir et quand cela arrive, les statistiques indiquent qu'il se trompe rapidement. Il est plus efficace dans l'ombre qu'à visage découvert. Il est lâche.

 

C'est pourquoi revient le front économique difficile à comprendre avec des analyses nationales, internationales, financières, frontalières, avec les sortes de change, de spéculation etc... qui forment un labyrinthe profond que la droite résume en une idée force : la faute revient au Gouvernement et au modèle socialiste qui a échoué. Elle envisage en un même mouvement le débat électoral et idéologique.

 

Le défi est d'arriver à freiner l'escalade du dollar parallèle, la perte du pouvoir d'achat, la sensation réelle de l'imprévisible. Si on obtient cela par des accords avec des secteurs du patronat, de la banque, des importateurs, tant mieux. Le problème est que jusqu'à présent, cela n’a pas donné les résultats escomptés. Peut-être est-il temps de prendre des mesures qui les mettent face à face dans certaines parties clefs. Les rounds ne sont pas éternels : dans ce cas, la campagne sera électorale.

 

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/opinion/Cambio-de-ring-nuevo-asalto-economico-20161115-0019.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2016/11/venezuela-nouvelle-attaque-de-l-economie.html