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Cuba : La nuit la plus longue…

2 Décembre 2016, 19:07pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

Fidel Castro, un homme accompli, digne et patriote, nous ressentons aujourd’hui et à jamais la disparition physique de ce volcan d’idées.

 

Auteur: Lisandra Fariñas Acosta | lisandra@granma.cu

2 décembre 2016 08:12:26

 

22h 29. La nuit la plus longue. Ce n’est pas une heure intelligente pour Cuba. Jamais plus elle ne le sera et le monde ne la regardera plus avec indifférence. Fidel est mort. Plus de 600 fois, il a échappé à la mort. Des tentatives d’assassinat ratées parce qu’on ne tue pas des hommes tels que celui-ci. Ils meurent quand c’est leur heure. Et ils s’en vont, peut-être veulent-ils le faire en silence.

 

Le silence règne, même près du bruit assourdissant des rues. Parce que tout d’un coup des siècles de tristesse se sont abattus tout d’un coup sur Cuba. « Le dernier révolutionnaire est mort », titre un grand média de presse, qui reçoit un démenti cinglant chaque seconde qui a suit ce moment fatidique.

 

Un homme est mort, en effet, mais pas la Révolution. Si Fidel a pris soin de s’assurer de quelque chose, c’est de commencer à la tisser de ses propres mains, et d’enseigner à beaucoup d’autres à le faire. Cela n’aurait pas pu en être autrement pour celui qui « en dépit des difficultés, en dépit des agressions extérieures et de l’arbitraire à l’intérieur » a lutté jusqu’au dernier souffle de ses 90 ans pour que « cette Île meurtrie mais obstinément joyeuse » génère « la société latino-américaine la moins injuste ».

 

***

 

Tu es réveillée, la nouvelle te surprend et tu ne pourras plus dormir. Tu n’es pas seule. Avant même que le gouvernement cubain ait annoncé le deuil officiel de neuf jours, tu es déjà en deuil, dans ce mutisme d’impuissance et de confusion. Et en même temps que toi des millions de Cubains, de gens, qui aiment Cuba, dans et hors du pays, pour lequel Fidel a gagné une place sur la carte géopolitique du monde. Il nous y a mis et nous a maintenus. Il nous a légué la mission de prolonger son œuvre, grâce à son exemple.

 

Je cherche dans les réseaux sociaux. « La mort » se répand, se multiplie. À Cuba et à l’étranger, le chagrin bouleverse.

 

Je parle avec Haïti, avec les médecins cubains qui sont là-bas, qui y sont allés. Avec ceux de la brigade de l’espoir que Fidel a créée : la Henry Reeve, une œuvre de sa pensée libératrice, de même que la brigade médicale permanente dans la communauté de sud de Anse-d’Hainault, fortement touchée par l’ouragan Matthew, qui a ratifié aujourd’hui devant « Cuba et le monde » le « ferme et non négociable engagement envers les pauvres de la terre, envers l’Humanité ».

 

C’est la meilleure façon de « conserver vivants ses idéaux, comme une armée de blouses blanches. Tous les révolutionnaires qui ont eu la chance d’avoir parmi eux l’exemple et le guide qu’il fut, est et sera le commandant invaincu, Fidel Castro Ruz, homme accompli, digne, patriote, ressentent aujourd’hui et à jamais la disparition physique de ce volcan d’idées, une tranchée permanente de dignité, poitrine ferme face au combat de tous les temps », ont déclaré les médecins à l’aube, depuis cette terre sœur où Fidel a parlé à maintes reprises, en faveur de laquelle il a appelé l’Humanité à unir sa bonne volonté.

 

« La tragédie ébranle de bonne foi un grand nombre de personnes, notamment quand elles sont naturelles. Mais peut-être très peu prennent-ils le temps de se demander pourquoi Haïti est un pays aussi pauvre. Je ne saurais taire l’opinion qu’il est temps désormais de chercher des solutions réelles et véritables pour ce pays frère », a-t-il affirmé.

 

Voilà dix ans, il disait : « Nous ressentons une saine fierté pour la coopération que les médecins cubains et les jeunes médecins haïtiens formés à Cuba, apportent à leurs frères haïtiens dans ces moments tragiques,. »

 

***

 

Ils sont toujours là-bas, Commandant, faisant face à d’autres malheurs. « Hasta la victoria siempre ! ». Ils aident, sauvent des vies, et font « preuve de cet esprit d’humanité », tellement nécessaire que vous avez demandé.

 

Douleur. Le mot se répète sur le « chat » plus d’une fois. Tel un mot maudit, omniprésent. Il l’est. « Mais nous saurons nous relever comme il nous l’a enseigné. Et nous serons de fidèles défenseurs de ses idées, et nous continuerons à lutter pour notre liberté et notre socialisme », nous dit Fabian Perez Hernandez, de Pinar del Rio, âgé de 44 ans, licencié en Hygiène et Épidémiologie. Depuis Haïti, il sait désormais que penser à Cuba est la meilleure manière de penser à Fidel.

 

Douleur. « Qui nous met à l’épreuve de résister. Un moment doublement triste car nous sommes loin de la famille”, nous dit la jeune docteure de Pinar del Rio Nevis Gonzalez Calderin.

 

Une double douleur, insiste le Dr Alexis Diaz Ortega, chef de la Brigade médicale cubaine Henry Reeve, « parce que nous sommes loin de la patrie et immergés dans ce pays pauvre, affamé, et pour lequel il a tant lutté. Nous pouvons le dire avec fierté :" Merci Fidel ! Merci à la Révolution cubaine ! pour ne pas nous avoir donné des enfants affamés, sans hôpitaux et dénutris". »

 

« Parce que tout ce qu’il y a en Haïti nous rappelle Fidel. Parce que grâce à lui à Cuba, il n’y a ni enfants sans chaussures ni affamés – une scène qui, ici, est quotidienne – ni toute cette misère, comme dans ce pays. Nombre d’entre nous se trouvaient ici pendant l’ouragan Matthew, et la première chose à laquelle nous avons pensé ce fut : " Si c’était Cuba, Fidel et Raul seraient ici avec nous. Grâce à leur enseignement d’altruisme et d’internationalisme, nous aidons ce peuple démuni », écrit la Dr Dariana Dayami Velazquez, membre de la brigade permanente en Haïti.

 

Jorge Armando Delgado Gonzalez a 59 ans. Il est épidémiologiste, de Matanzas, et il affirme que la mort du Commandant est un « choc très dur, mais pour la génération qui est née dans les années 50, elle l’est encore plus. C’est lui qui nous a guidés et nous a enseigné à cheminer depuis le début de la Révolution. Nous sommes devenus les professionnels que nous sommes grâces à lui. Nous lui sommes tous redevables ».

 

Il n’a pas de mots. David Goles Machado, le licencié en Hygiène et Épidémiologie de Villaclara ne les trouve pas. « Nous avons perdu un frère, un père, le plus grand ! »

 

Je ferme le « chat », je le rouvre. Il y a des instantanées de nos médecins soignant des corps et des âmes dans le pays le plus pauvre de l’Amérique. Je continue à chercher, et entre des photos du géant, apparaissent certaines avec Chavez, ensemble dans une de ces terres qu’il a aimées. Je lis alors qu’au Venezuela l’hommage posthume à Fidel aura lieu à la caserne de la Montaña. Il ne sauraiy y avoir de meilleur lieu.

 

Il y a d’autres adieux dans le « Fidel, ami », pour paraphraser le travador. Les mots de nouveau se congèlent, dans cette longue nuit, dans ce petit jour qui s’éternise. Mais « Tous les amis de l’ami/ ont l’âme bordée/ Il n’y a pas d’adieux définif/ ni fins de cendres.

 

Ne nous trompons pas. Fidel n’est pas parti, il a caressé sa barbe et s’est embarqué comme voilà 60 ans à Tuxpan, mais ce ne fut qu’un instant de l’immortalité. Il reviendra, de nouveau, pour nous raconter

 

http://fr.granma.cu/cuba/2016-12-02/la-nuit-la-plus-longue