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Cuba : Publiquement privé

Publié le par Bolivar Infos

 

Par Darilys Reyes Sánchez, Rosa M. Díaz Hernández (Cubadebate, 28 décembre 2016)

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

« Qu'allez-vous faire ? » nous a-t-on demandé lorsque nous avons présenté notre carte de presse pour entrer au Cimetière de la Reine à Cienfuegos et prendre des photos. « Vous devez venir avec une carte Communale. Ici, nous avons interdit que les gens des Journaux, de a télévision et tout fassent des photos. » Evidemment, la régulation limitait seulement notre corps de métier mais déjà à l'intérieur, appareil photo en mains, un couple de touristes prenait des photos de l'endroit. « Oui, parce que leurs photos ne sont pas destinées à faire de la propagande, nous explique-t-on à l'entrée. Les vôtres, c'est du journalisme et dans notre entreprise, c'est cosnidéré comme des commérages, des problèmes... » Amusées plus qu'offensées, nous avons réagi par l'absurde : Et si nous ne nous étions pas présentées ?

 

Notre collègue Boris García Cuartero, de Perlavisión a vécu une expérience similaire quand il a tenté de faire un reportage sur la Foire agro-alimentaire de la Calzada. « Nous arrivons à photographier le désordre dans la queue du kiosque de Cartoqui. Mon but était de parler du manque de civisme, en plus de notre marché intérieur désordonné et mal approvisionné (…) et un membre de la Brigade Spéciale est arrivé et me dit de lui remettre le carnet du photographe et le mien et de l'accompagner au siège de la patrouille. Je n'avais pas à photographier cela, me dit-il et je ne pouvais même pas publier ces images. Il voyait les choses ainsi. Par chance, un autre policier m'a reconnu, sinon, ils m'auraient arrêté. Lundi, on m'appela du MININT pour me faire des excuses. »

 

Et si un journaliste, avec un soutien de l'institution et la fonction reconnue d'informer, de dénoncer ou d'exposer, trouve dans son travail un si grand arbitraire, quelle défense a le citoyen ordinaire quand, dans les lieux publics ou d'usage collectif, il affronte ce genre de situations ?

 

« J'ai été surpris il y a quelques jours au Bazar Guanaroca (appartenant à la chaîne TRD) quand une employée m'est presque tombée dessus parce que « je ne pouvais pas faire de photos à l'intérieur du magasin » racontait un lecteur dans une Lettre au journal. Je photographiais des décorations pour que ma belle-mère, qui était au lit, choisisse celui u'elle préférait et le lui acheter. Je demandai à l'employée, d'où cela venait, de ne pas pouvoir photographier et pourquoi. « On ne peut pas » répéta-t-elle et en criant à tue-tête, avec un geste de provocation, elle appela la gérante. Celle-ci, très correctement, répéta « C'est interdit » et alors, je l'amenai devant l'affiche indiquant les droits et les devoirs des consommateurs et je lui démontrai que là, on ne disait rien à ce sujet. « C'est une orientation interne parce que certains étrangers filmaient pour publier sur internet et discréditer notre pays », a-t-elle conclu. Ce qui se trouve là serait-il un secret militaire ? Est-ce que j'enverrais à « l'ennemi » les produits des TRD ?

 

Des interdictions comme celles-là se retrouvent dans les établissements de Cimex et Caracol, des endroits à visiter obligatoirement pour les usagers à la recherche d'objets indispensables quotidiennement. Les réponses sont les mêmes : on ne peut pas et dans le meilleur des cas, on parle de la démarche bureaucratique des permis.

 

Tout ce qui concerne les prix, les images et l'information sur l'objet à photographier n'est-il pas du domaine public, dans chacun de ces exemples ?

 

Pour commencer, en aucun de ces cas n'apparaît la mention écrite annonçant ces restrictions comme dans les banques, par exemple. Actuellement, quand l'obturateur d'un téléphone portable est pratiquement invisible, violer « ce qui est établi » est presque un jeu d'enfant. Interdites ou non, les images publiées sur les réseaux sociaux sur les endroits les plus divers parlent, en bien et en mal, de notre pays.

 

Cependant, certains en rajoutent pour conserver leur territoire. Selon Benito Rangel Beltrán, directeur Municipal des Services Communaux, la règle concernant le Cimetière de la Reine était une décision « d'en-haut » mais, dans la discussion, il a fini par admettre le contraire : que c'était sa décision personnelle. Cela a un caractère général et n'atteint pas exclusivement les journalistes, dit-il, même si, dans la pratique, nous seuls sommes contraints de la respecter.

 

A son avis, « la presse, aujourd'hui, n'est pas là pour construire mais pour détruire » et eux « ils n'interdisent et ne cachent rien, ils ont seulement besoin de connaître les intérêts qui sont derrière la photo », a-t-il précisé. Par contre, personne ne connaît les intérêts qui sont derrière la photo » des visiteurs étrangers ou de toute autre personne qui n'est pas journaliste. Qui assure qu'ils n'utilisent pas leurs photos pour faire de la propagande ? Là, nous parlons d'un cimetière mais les parcs, les promenades, les rues, les avenues, sont aussi sous l’administration des Communaux... Demandera-t-on aussi des autorisations pour les photographier si un autre fonctionnaire le décide ?

 

Dans l'attente des réponses de TRD et de Caracol aux divisions provinciales desquels nous avons envoyé des lettres demandant des explications depuis mardi 1 » de ce mois-ci et dont nous n'avons pas eu de nouvelles nous faisons appel à la réplique de Cimex. Jorge Luis Álvarez Álvarez, à la tête de la succursale de Cienfuegos expose le point de vue de l'institution.

 

Dans le cas de ces magasins en devises, l'interdiction vient des ministères. Selon Álvarez Álvarez, « nous avons des règles internes qui, indépendamment du fait qu'il s'agit d'espaces publics, comprennent cette règle particulière concernant les photos et les films faits par hasard car à un moment donné, ils peuvent affaiblir la sécurité et le contrôle intérieur. »

 

Devant la gravité des raisons invoquées, nous avons enquêté sur la façon dont une photo pourrait affecter « la sécurité et le contrôle intérieur. » « Il peut apparaître une brèche ou une vulnérabilité que quelqu'un, à un moment donné, puisse utiliser ou qu'on puisse « modeler », c'est le mot scientifique et de là, une chose extraordinaire ou une indiscipline pourrait survenir. Pour les clients, c'est peut-être un peu gênant mais il leur reste la possibilité de coordonner avec la direction du magasin, du moins, on te donne la possibilité de le faire. » C'est la même chose avec les cafétérias, des lieux plus ouverts dont certains possèdent le WiFi.

 

Au-delà des difficultés que de telles règles procurent à la gestion du commerce et de l’atteinte qu’elles portent à la satisfaction du client, une autre question se pose, qui n'a pas de sens : si l'intention est de ne pas divulguer hors de Cuba des choses en apparence privées ou intimes, comment peut-on justifier les boutiques de Cimex et de TRD sur internet dans lesquelles sont publiés des photos, des prix et des informations sur les articles en vente ?

 

Les arguments sur lesquels reposent aujourd'hui ces restrictions ne sont ni cohérents ni convaincants pour tous les domaines dont nous avons parlé. Peut-être au moment où elles ont été mises en place, elles correspondaient à un contexte précis mais si es détails sont à la vue de tous et si on peut les toucher, au sens propre, quelle différence fait une photo ? Où est le secret à protéger ?

 

En ce qui concerne la presse, les obstacles sont plus déconcertants, surtout parce qu'ils violent les droits établis par le Bureau Politique du Comité Central du Parti Communiste de Cuba: « Garantir l'accès rapide des journalistes aux sources d'information avec les seules limitations établies par la loi en ce qui concerne le secret d'Etat et les orientations spécifiques de la direction supérieure du Parti. »

 

Si demain quelqu'un démontre que les produits d'un magasin, d'une foire ou les sculptures d'un cimetière portent atteinte directement ou indirectement à la sécurité du pays, nous ferons des excuses. Jusque là, tout cela semble être une mauvaise intention pour restreindre ce qui, par le droit et la logique, est public.

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2016/12/28/publicamente-privado/#.WGS-Rnd7QRE

URL de cet article:

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2016/12/cuba-publiquement-prive.html