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Venezuela-Colombie : Pourquoi la vente d'essence vénézuélienne en peso gêne la Colombie

Publié le par Bolivar Infos

Venezuela-Colombie : Pourquoi la vente d'essence vénézuélienne en peso gêne la Colombie

 

par Franco Vielma (Mission Vérité, 11 janvier 2017)

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Avec le temps, la politique de la Colombie en ce qui concerne la frontière avec le Venezuela montre de plus en plus ses coutures. L'ambigüité apparente de ce Gouvernement pour le retour à la normalité économique sur la frontière semble être la manifestation d'une politique bien structurée de systématique de saignement de l'économie et des ressources vénézuéliennes.

 

Le 2 janvier 2017, le Venezuela a ouvert 3 stations service pour fournir du combustible aux citoyens colombiens qui souhaitent payer en pesos en territoire vénézuélien : 2 stations service à Ureña (Táchira) et 1 à Paraguachón (Zulia). On ouvrirait le passage de la frontière aux véhicules seulement jusqu'aux ponts et avant la douane, ce qui permet le passage des véhicules seulement dans ce but. Ces stations fourniraient du combustible à 1 200 pesos le litre, l'équivalent de 40 centimes de dollar, un prix comparativement plus bas que le prix officiel du combustible et que le prix de contrebande en Colombia qui oscille entre 50 et 70 centimes de dollar le litre.

 

La mesure vénézuélienne de vente d'essence en pesos aux citoyens colombiens est une possibilité qui, modestement, cherche à contribuer au freinage du délit de contrebande d'essence du Venezuela vers la Colombie. Avant le garrot mis en place par le Gouvernement du Venezuela en 2015, les chiffres officiels des 2 Gouvernements ont montré la gravité du problème de la contrebande. Selon le Ministère qui gère ce problème en Colombie, quelques 14 millions de galons de combustible (52 millions de litres) par mois étaient nécessaires pour le Nord de Santander.

 

Avant la fermeture de la frontière, la fourniture par Ecopetrol de ce département atteignait à peine 4,5 galons par mois (32%). La contrebande vers ce département de Colombie, selon les chiffres officiels du Gouvernement vénézuélien, avait dépassé les 30 millions de litres de combustible par ois, ce qui permet de supposer que le déficit enregistré dans la fourniture d'essence était compensé depuis le Venezuela grâce à la contrebande.

 

La réponse de la Colombie

 

En ce qui concerne la vente aux Colombiens par les stations services vénézuéliennes, la ministre des relations extérieures de Colombie, María Angela Holguín, a déclaré que la frontière avec le Venezuela ne serait pas ouverte pour le passage des véhicules car, à son avis, le problème de l'essence « ne nous intéresse pas, nous allons bien. » Elle a ajouté que « Cúcuta doit regarder vers la Colombie comme tout le Nord de Santander, Arauca et la Guajira (…) Cette décision que nous prenons, nous n'allons pas la changer, nous n'allons pas ouvrir la frontière. Le 20 décembre, nous avons eu une réunion lors de laquelle nous avons dit cela. C'est ce que nous allons faire, nous ne voulons pas continuer à dépendre du Venezuela, » a-t-elle précisé.

 

En ce sens, la chancelière a précisé que bien qu’ils aient dit qu'on ouvrirait la frontière au passage des véhicules graduellement, cette nouvelle décision d'installer des stations service « nous allons l'ajourner parce que nous ne voulons pas encore une fois, après ce que nous avons obtenu à Cúcuta, que nous vivions avec l'essence colombienne, nous ne sommes pas dans les aléas des décisions du Venezuela parce qu'aujourd'hui ils ouvrent mais nous ne savons pas si dans un mois, ils ne vont pas refermer (…) Nous ne voulons pas que l'essence de contrebande nous envahisse sur la frontière. Pour cela, nous travaillons avec le Ministère de la Défense, » a signalé Holguín.

 

En théorie, la Colombie devrait couvrir grâce à Ecopetrol les besoins en combustible de son territoire.

 

Ce qui est sûr, c'est qu'à Cúcuta, l'essence vénézuélienne continue à être vendue dans les rues par les marchands de bidons grands et petits dont la splendeur a été en 2015, et qui sont encore l'expression du saignement et du foyer d'extraction de l'essence vénézuélienne. Un para-commerce fortement soutenu par les asymétries monétaires induites comme celles provoquées par le Dólar Cúcuta et par Dólar Today car les abîmes monétaires sont, en même temps, al cause directe de la corruption. De telles différences peuvent payer toutes sortes de pots-de-vin et de mafias qui achètent ou soumettent à des fonctionnaires des 2 côtés de la frontière. La Colombie est très attentive à cette réalité.

 

A quoi joue la Colombie avec le Venezuela ?

 

La réponse colombienne ne peut pas se comprendre comme une décision isolée. Bien plus, elle fait partie d'un réseau de situations provoquées par le Gouvernement de ce pays pour favoriser les fléaux économiques et les asymétries clairement préjudiciables au Venezuela. Si le Gouvernement colombien est engagé dans un plan politique et économique de harcèlement du Venezuela, ce serait démontré dans ce qui suit si ce n'est pas encore évident. La Colombie refuse de régler les problèmes de la monnaie vénézuélienne sur la frontière. Le problème de la fermeture de la frontière aux véhicules vers le Venezuela est la cerise sur le gâteau.

 

Des politiques conçues en Colombie à l'époque du chavisme

 

Le devenir économique de la frontière du Venezuela avec la Colombie est une dynamique de plus de 1001 ans de commerce, de flux de personnes, d'échanges de monnaies et de relations socio-culturelles. Ce sont des situations plus que consolidées dans cet « endroit vivant » comme on appelle ces passages familièrement. Mais lorsque le chavisme est devenu une réalité politique au Venezuela, en Colombie ont commencé à se manigancer des normes qui systématiquement et de façon ordonnée ont commencé à déformer la vie de la frontière.

 

Par exemple :

 

Le décret 2195, la Loi 681 de 2000 marque le début de la légitimation de « tiers...particuliers... dans l'importation, l'approvisionnement et la distribution du combustible, une règle qui donne le feu vert à l’organisation de d'associations dépendant de la contrebande. Les décrets 2338, 2339, 3353, 4236 et 4237 de 2004 et très spécialement le décret 4236 de cette même année donne une place particulièrement importante aux mécanismes de régularisation des sales problèmes associés aux fléaux concernant le combustible en reconnaissant les acteurs « introducteurs » du combustible ainsi que les « marchandises » une fois sur le territoire national, sont automatiquement légitimes.

 

La fameuse Résolution 8-2000 ou la Résolution Extérieure N° 8 de la Banque de la République de Colombie (approuvée le 5 mai 2000) qui, en théorie (du point de vue colombien) servirait à contenir et à réguler le change de la monnaie sur la frontière est arrivé à produire une profonde asymétrie favorable à la Colombie et n'est pas seulement complémentaire de délits de contrebande para-économique de produits de divers secteurs : la réalité imposée par le décret 8 est que par essence, les différences entre les monnaies sont l'accélérateur de la para-économie de al contrebande d'essence. Il est impossible de parler des décrets qui dépénalisent la contrebande sans évoquer le décret qui incite à ce crime financièrement.

 

Un problème à moyen et à long terme

 

L'affirmation que la Colombie a une politique non seulement tolérante mais structurée pour l'extraction de l'énergie depuis le Venezuela est née dans l'urgence énergétique qui pèse sur la Colombie depuis plusieurs années. A la base, l'extraction de combustible vénézuélien vers ce pays donne de l’oxygène non seulement aux déficits historiques de fourniture sur la frontière mais servent aussi à rétablir le fourniture intérieure du pays et ç favoriser de modestes exportations colombiennes vitales pour le soutien de son industrie pétrolière qui ira irrémédiablement vers son déclin.

 

Les réserves pétrolières de la Colombie s'épuisent. Selon les chiffres récents publiés par l'Agence Nationale des Hydrocarbures (ANH) de Colombie, ses réserves de pétrole sont de 2 058 millions de barils, c’est pourquoi depuis 2015, seulement 5 ans et demi d'autosuffisance sont prévus, ce qui fait dire que pour 2020, la Colombie devra importer presque totalement son combustible. Ecopetrol pourrait freiner cette tendance (avec l'essence vénézuélienne) de fait. Le coût de production d'un baril de pétrole en Colombie atteint 35 dollars, la même valeur que le prix moyen de son brut en 2016. Aux dépends de licenciements massifs dans son industrie et d'une chute brutale de son PIB pétrolier, Ecopetrol survit à ce cycle de prix bas avec un coût immense sans trouver de nouvelles réserves.

 

La Colombie, de plus, flirte avec le renforcement de sa propre politique de fracking pour prolonger la vie de ses gisements limités et de ses puits. La Résolution 90341 de 2014 du Ministère des Mines de Colombie qui contient les orientations techniques pour le fracking, prévoit les problèmes (économiques, environnementaux et sociaux) dans ce but. A la mi-2016, ce pays a signé 13 contrats pour exploiter le pétrole avec cette technologie controversée dans des gisements non conventionnels situés au Nord de Santander, à Santander, à Cesar, à Antioquia, à Boyacá, à Cundinamarca et à Tolima.

 

Ce sont des mesures exceptionnelles pensées pour des situations économiques exceptionnelles. Nous sommes face à un paradoxe. Une Colombie qui épuise ses gisements et qui éventuellement dépendra de combustibles étrangers et qui dirige actuellement avec difficulté son approvisionnement intérieur refuse une très modeste fourniture de combustible par le Venezuela à ses citoyens à des conditions économiques officielles et à bas prix (une chose que les Colombiens ne voient pas mal). A quoi joue la Colombie ? Si l'explication réside dans les récentes déclarations d'Holguín, ces déclarations sont une réponse colombienne aux mesures mises en place par le Venezuela pour la protection de notre cône monétaire. Une telle explication est ponctuelle et non conforme à la politique structurelle du pays en cette matière, en particulier ces 17 dernières années, précisément les années pendant lesquelles le chavisme a donné une direction à la structure politique vénézuélienne avec sa vision anti-hégémonique yankee (un détail qui nous éloigne plus de l'élite politique colombienne).

 

Y a-t-il une possibilité de vaincre totalement la contrebande d'essence ?

 

En définitive, oui. La question est qu'une grande partie de la responsabilité retombe exclusivement sur le Gouvernement de Colombie et qu'une telle volonté est douteuse si nous la replaçons dans le cadre d'un plan politique contre le chavisme et de la « mort annoncée » de l'auto-suffisance énergétique de la Colombie. Une solution appliquée antérieurement et qui a échoué a été la vente d'essence à Ecopetrol pour qu'il la fournisse de son côté de la frontière. L'essence était détournée et les habitants de Cúcuta et de Maicao continuaient à consommer du combustible de contrebande.

 

Une des solutions pour en finir avec ces fléaux est la suppression du problème monétaire de la contrebande, l’infâme décret 8-2000 qui favorise la manipulation des différences entre les monnaies. Là réside le nœud du commerce super-lucratif de la contrebande d'essence.

 

Mais il faut aussi regarder la Loi 681 de 2001 de Colombie dans laquelle on délègue à Ecopetrol la responsabilité exclusive de fournir du combustible sur la frontière colombienne car le monopole d'Etat se renforce par cette loi et c'est un fait que ce qui se passe en réalité est un arrangement entre l'Etat colombien et les vendeurs de bidons d'essence qui se servent de la contrebande et fournissent ce côté de la frontière. Ce décret bloque la possibilité que le Venezuela installe des stations service vénézuéliennes en Colombie, sur la frontière. En plaçant du combustible là à un prix intéressant en pesos, on briserait l'échine aux contrebandiers et le Venezuela pourrait capter des pesos pour ensuite acheter des dollars, ce qui représenterait un apport à l'économie vénézuélienne. Au vu de la position du Gouvernement de Colombie, la possibilité de consacrer ces accords semble lointaine.

 

L'insistance du Gouvernement vénézuélien à commencer pour ensuite élargir et renforcer la vente d'essence vénézuélienne en pesos aux citoyens colombiens serait une contribution pour atténuer l’impact d'un fléau économique de saignement dur de l'énergie et des ressources vénézuéliennes. Cette mesure ouvre la voie à l'éventuelle ouverture de bureaux de change du côté vénézuélien pour freiner les prix de la monnaie sur la frontière. Ces actions doivent être comprises comme des mesures exceptionnelles pensées pour des situations économiques exceptionnelles. La situation économique a ces bémols qu'il ne faut pas sous-estimer s'il s'agit de la défense de notre monnaie et de nos ressources.`

 

Source en espagnol :

http://misionverdad.com/columnistas/por-que-a-colombia-le-incomoda-la-venta-de-gasolina-venezolana-en-pesos

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