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Colombie : Allocution du commandant de l'ELN Pablo Beltrán à l'ouverture des négociations de paix

Publié le par Bolivar Infos

 

En 1781, lors de l'insurrection victorieuse des Indépendantistes, l'empire hispanique s'est vu obligé de négocier avec les insurgés mais ensuite trahit le pacte qu'il avait signé, remit ses dirigeants aux tueurs pour qu'ils les dépècent et condamna à l'exil les communautés qui avaient soutenu la révolte. De cette façon, les colonialistes ont envoyé ces gens à l'endroit le plus inhospitalier et isolé qui existe et c'est à partir de là que l'Amérique du sud s'est jointe à l'Amérique Centrale dans la forêt impénétrable du Darién. Ce fut son lieu de confinement.

 

180 ans plus tard, en en finissant avec la guerre civile qu'en Colombie nous appelons La Violence, le régime dominant a procédé de la même façon que les colonialistes après avoir signé un pacte de paix avec les guérillas victorieuses. Leurs dirigeants ont été éliminés un à un alors qu'on confinait les combattants dans des endroits à part à la campagne comme les plaines de l'Ariari et le territoire qui est à présent le département d'Arauca. Le cœur de ce pacte a été la constitution d'un Front National par les 2 factions de l'élite dominante qui a exclu les forces de gauche existantes.

 

Depuis lors, 6 décennies ont passé et on peut voir tous les résultats de ce pacte élitiste qui exclue, élimine et exile ses opposants parce qu'ils nous ont plongés dans un conflit déformé qui porte gravement atteinte à a société colombienne et aux peuples voisins.

 

Par chance, aujourd'hui, en Colombie, nous essayons de trouver une solution politique au conflit, le Gouvernement de Juan Manuel Santos nous a invité à discuter pour en finir avec le conflit armé et nous sommes venus ici prêts à trouver une solution politique.

 

L'espoir de la majorité des Colombiens de mettre fin à cet affrontement fratricide nous encourage. Le soutien ferme que reçoit le processus de paix de la part des peuples, des Etats voisins et de toute la communauté internationale nous encourage.

 

Développer une solution politique au conflit avec des transformations, la vérité, la justice et la souveraineté signifie tracer de nobles buts à long terme et pour y arriver, nous avons besoin de plus de force que nous en avons, nous , les elenos c'est pourquoi nous avons besoin d'unir les forces de la majorité qui veut la paix.

 

« Unissons-nous autour des similitudes et laissons de côté ce qui nous sépare » est le grand héritage unitaire que nous a laissé Camilo, à nous, les Colombiens et en ce moment historique, le but principal du pays est la recherche de la paix.

 

Résoudre les différends qui nous ont séparés pendant des décennies, nous pensons que cela commence par la volonté de chaque Partie de changer.

 

Nous assistons à ces conversations avec la conviction que nous devons changer ce qu'il y a à changer de telle façon que s'ouvrent les portes de la démocratisation du pays qui apporte à la Colombie une vie digne en tant que société et en tant que nation qui est le chemin de la paix.

 

Les grandes entreprises de communication diffusent leur message sur le changement d'essence que nous devons réaliser, nous, la guérilla mais peu parlent du changement que doit réaliser le régime pour que vienne la paix. Nous pensons que ces changements ne doivent pas être seulement des changements d'apparence ni seulement les changements d'une des Parties.

 

Que pendant que se déroule le processus de paix, la persécution ouverte et secrète, légale et illégale de la protestation sociale, de l'opposition de gauche et de tout ce qui remet en question le modèle économique et le régime dominant nous inquiète.

 

Avec Camilo, nous disons que ce sont les classes gouvernantes qui décide par quelle voie le peuple pourra accéder au pouvoir. Elles ont la parole.

 

Il serait ingrat de notre part de ne pas reconnaître l'apport à ce processus de paix des pays garants : le Brésil, Cuba, le Chili, l'Equateur, la Norvège et le Venezuela ainsi que du Groupe de pays de soutien, d'accompagnement et de coopération récemment créé et composé par l'Allemagne, la Hollande, l'Italie, la Suède et la Suisse. A leurs peuples et à leurs Gouvernements, nous serons éternellement reconnaissants.

 

En particulier, nous reconnaissons le soutien que nous avons reçu de l'Equateur, du président Rafael Correa, du Chancelier Guillaume Long, des différents partis et des différents secteurs de la société.

 

A tous, nous disons qu'ils peuvent compter sur nous et que nous en les décevrons pas.

 

Merci beaucoup. Changer à fond et pour preuve, les accords signés avec les camarades des FARC, un processus dont nous sommes prêts à apprendre tout en appréciant l'ambiance contraire à la mise en place de ces accords. Nous ne venons pas à ces conversations pour demander une révolution par décret, nous espérons venir faire une synthèse entre tous, des Changements de Base Urgents qui ouvrent une voie vers une Colombie en paix, démocratique et souveraine. Nous espérons que le régime soit disposé à céder certains de ses privilèges pour qu'il y ait une redistribution des richesses e du pouvoir.

 

Nous croyons qu'un Dialogue National est le meilleur moyen pour arriver à la compréhension entre les Colombiens et pour y arriver, cette table de conversations est à disposition parce que comme disait le maître Darío Echandía: « Il vaut mieux lancer la langue que lancer des balles. »

 

Nous considérons que la présence à ces conversations des partis opposés à une solution politique serait positive parce que nous sommes tous Colombiens et par conséquent, nous sommes tous engagés dans la réussite de la paix.

 

Nous sommes conscients des dégâts que cette guerre cause aux nations voisines, c'est pourquoi une solution politique du conflit en Colombie serait une contribution importante. Pour s'achever, le conflit armé, il faut reconnaître que le conflit social et politique persistera et que son traitement doit se faire dans le dialogue... comme le dit l'Ordre du Jour des conversations dont nous allons commencer à discuter ici, qui dit dans son dernier point que nous allons chasser la violence duc combat politique.

 

L'année dernière, en Colombie, tous les 3 jours, un dirigeant a été tué mais dans la période de cette année qui s'est écoulée, la persécution politique a augmenté et un dirigeant du peuple est assassiné tous les 2 jours.

 

Le Procureur soutient que les forces obscures ne réalisent pas ces crimes systématiquement ni dans un but politique... mais la réalité prouve qu'on ne tue que des activistes des forces alternatives et des forces de gauche.

 

Ce nouveau génocide ne va pas s'arrêter avec des mesures policières comme donner des gardes du corps ou des appareils d'alarme aux milliers de personnes menacées... ce qu'il faut, c'est la volonté de choisir la résolution politique du conflit.

 

Il y a un demi-siècle, alors que la guerre civile appelée La Violence était déjà finie, le dirigeant de la droite la plus dure, Gilberto Alzate Avendaño a été important pour avoir dit : « Nous créons les paramilitaires mais ils nous échapperont des mains »... Mais aujourd'hui, aucune des élites dominantes n'assume la responsabilité des actions de ces groupes ni de l'activité illégale des forces de répression de l'Etat.

 

Nous, nous sommes prêts à assumer la responsabilité des faits survenus pendant le conflit et nous espérons que les dirigeants de l'autre Partie feront de même. Sans cette prise de responsabilités, nous n'arriverons pas à fournir la vérité complète aux millions de victimes colombiennes.

 

Les points 1, 2, 3 et 4 de l'Ordre du Jour notent une large participation de la société au processus de paix pour obtenir une démocratisation de la vie du pays. Mais il faut des garanties pour que les gens se décident à y participer et pour qu'ils ne soient pas transformés en victimes à cause de cela. L'un des apports de cette table de conversations doit être de concrétiser progressivement un Accord Humanitaire qui réduise l'intensité du conflit en soulageant toutes les douleurs provoquées par cette guerre dans une progression d'accords successifs destinés à matérialiser un cessez-le-feu bilatéral.

 

Le résultat de ces conversations dépend de ce que chaque partie, nous quittions es positions traditionnelles que nous avions conservées, c'est pourquoi ces dialogues sont destinés à prouver la volonté politique de changement.

 

Le pays a vu que dans la guérilla, nous sommes prêts à faire de l'Amérique Latine et des Caraïbes une région de paix.

 

Le lendemain de l'élection de l'actuel président des Etats-Unis, le Pape François a dit que « le Christ a parlé d'une société où les pauvres, les faibles et les marginaux soient ceux qui décident » et pour que cela arrive, nous continuerons à organiser la pression sociale et nous continuerons à résister à ceux qui s'accrochent à leurs privilèges par la violence.

 

C'est une vérité historique que les élites dominantes ne font cadeau de rien et qu'il faut tout arracher par la mobilisation et la pression de la majorité du pays, c'est pourquoi nous devons conquérir surtout la solution politique et la paix.

 

Pour cela, nous appelons les Colombiens à se mobiliser pour participer à la réussite de la paix au service de laquelle est cette table de conversations.

 

Nous sommes une expression politique et militaire de la classe populaire, de ceux qui ont été appauvris et exclus, du peuple travailleur, des paysans, des indigènes, des afros, des femmes, des LGTBI, des jeunes, des migrants, des prisonniers politiques, des professionnels, des moyens entrepreneurs. Mais nous n'abandonnons pas pour cela leur représentation que nous ne pouvons pas déléguer. Nous les invitons à se mobiliser en ce moment historique pour lasser derrière nous une histoire d'exclusions violentes.

 

Pablo Beltrán

Chef de la Délégation de Dialogue de l'ELN

Quito, 7 février 2017

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/02/10/colombia-el-eln-en-la-apertura-de-los-dialogos-de-paz-todos-debemos-cambiar/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/02/colombie-allocution-du-commandant-de-l-eln-pablo-beltran-a-l-ouverture-des-negociations-de-paix.html