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Venezuela: Les débuts de la Révolution Bolivarienne : Hugo Chavez de 1998 à 2002

Publié le par Bolivar Infos

1°) Hugo CHAVEZ portrait d’un « dictateur » :

 

Hugo CHAVEZ est né le 28 juillet 1954 à SABANETA, de parents instituteurs mais qui ont tant de mal à survivre avec leurs salaires que dès l’âge de 9 ans il est obligé de les aider en vendant des friandises et des fruits dans la rue. Devenu officier, il tente, en février 1992, un coup d’état pour renverser un gouvernement d’Action Démocratique ( sociaux démocrates et démocrates chrétiens) en place depuis 30 ans et qui, selon l’expression d’Ignacio RAMONET « a permis l’édification d’une des sociétés les plus corrompues et les plus inégalitaires du monde »

80% de la population vit sous le seuil de pauvreté alors que les revenus du pétrole représentent quinze plans Marshall (Un seul a sauvé l’Europe après la guerre)

A l’issue de ce putsch raté, CHAVEZ est emprisonné puis libéré et accède finalement au pouvoir de façon démocratique en décembre 1998 avec 57% des suffrages.

« Dès sa prise de fonction, écrit Ignacio RAMONET, comme il l’avait annoncé, M. CHAVEZ soutenu par les forces de gauche et par les déshérités a entrepris une révolution pacifique et démocratique qui inquiète les propagandistes de la mondialisation. »

Sa proposition de convoquer une assemblée chargée de modifier la constitution et d’en finir avec le système corrompu des partis traditionnels est approuvée par 88% des votants.

La nouvelle constitution sera elle aussi soumise à référendum. Elle prévoit entre autres :

- de donner plus de pouvoir et d’autonomie aux communes

  • d’instaurer le référendum d’initiative populaire

  • de soumettre tout élu ( y compris le président de la république) à une nouvelle élection à mi-mandat si telle est la volonté populaire

  • le droit à l’objection de conscience

  • l’interdiction explicite des « disparitions » pratiquées par les forces de l’ordre.

  • la création d’un défenseur du peuple (médiateur)

  • l’instauration de la parité hommes-femmes

  • la reconnaissance des droits des indigènes

  • la mise sur pied d’un pouvoir moral chargé de combattre la corruption et les abus.


 

Sur le plan économique, sa politique est atypique :

« Il nous faut, déclare-t-il, rechercher le point d’équilibre entre le marché, l’Etat et la société. Il faut faire converger la main invisible du marché et la main visible de l’Etat dans un espace économique à l’intérieur duquel le marché existe autant que possible et l’Etat autant que nécessaire. »

La propriété privée, les privatisations et les investissements étrangers ne sont pas remis en cause pour autant qu’ils ne nuisent pas à l’intérêt supérieur de l’Etat qui conservera sous son contrôle les secteurs dont la vente constituerait un renoncement à une partie de la souveraineté nationale.

La réforme agraire mise en place par le président CHAVEZ est plus que modérée : l’Etat laisse aux propriétaires 5 000 ha et rachète le reste au prix du marché.


 

Dans tout le pays CHAVEZ crée des « écoles bolivariennes » dont les résultats sont spectaculaires et qui fournissent gratuitement trois repas par jour à leurs élèves.

Enfin il revitalise l’OPEP, bête noire des U.S.A. , et empêche par son action les prix du pétrole de s’effondrer quoi qu’il arrive.

Dans le domaine des relations extérieures, il affirme son indépendance vis à vis des U.S.A. , se rend en IRAN et en LYBIE, rencontre Saddam HUSSEIN, refuse de soutenir les plans COLOMBIE contre les guérillas (dont l’un des buts était, nous le savons, d’imposer l’entreprise ENRON comme fournisseur d’énergie en COLOMBIE), rétablit des liens normaux avec CUBA et l’on se souvient enfin de son intervention à MONTERREY où il avait été le seul avec Fidel CASTRO à défendre les pays pauvres.

D’après Ignacio RAMONET ( conférence à l’IEP d’Aix le 15/04/02) le coup d’état fomenté contre lui est une réponse directe à cette intervention.

2°) Le coup d’Etat :


 

Témoignage de Maximilien AVERLAIZ, dirigeant du mouvement populaire, militant d’ATTAC VENEZUELA :

« Tout a commencé par un appel à la grève générale pour le mercredi 10 avril, lancé par une alliance entre l’organisation patronale FEDECAMARAS et le syndicat corrompu Central de Trabajadores de Venezuela (CTV). Les grands médias privés ont contribué à créer un climat de tension . Ils ont excité la population contre le gouvernement . La grève a cependant en grande partie échoué. Elle n’a eu lieu qu’à quelques endroits. Ailleurs les patrons ont purement et simplement fermé leurs usines de sorte que les ouvriers ne puissent pas travailler.

Après la première journée de grève FEDECAMARAS et CTV ont prolongé leur grève pour une durée indéterminée en appelant à manifester le 11 avril. Pendant cette manifestation réactionnaire, de grands groupes de partisans du président CHAVEZ se sont rassemblés à MIRAFLORES pour défendre sa « révolution bolivarienne ». Les pauvres sont descendus en masse des quartiers périphériques vers le bâtiment gouvernemental pour soutenir leur président.

CHAVEZ a toujours garanti à l’opposition le droit de manifester , tout en appelant ses partisans à ne pas répondre aux provocations et en dénonçant la grossière manipulation médiatique .

Tandis que CHAVEZ donnait une allocution radio-télévisée jeudi soir, la deuxième phase du plan de déstabilisation a été déclenchée. Les responsables de l’opposition de droite ont dirigé leur manifestation vers MIRAFLORES où les progressistes étaient rassemblés. Leur but était clair : le sang devait couler !

Le gouvernement a donné l’ordre à la garde nationale de s’interposer entre les deux groupes pour éviter les bagarres. A ce moment quelques tireurs d’élite ont commencé à tirer sur les manifestants pro-Chavez. Ils s’étaient postés sur de hauts bâtiments, à deux cents mètres de la foule. Les deux premiers morts sont tombés parmi les défenseurs du président populiste.

C’est alors que les manifestants de droite ont attaqué la garde nationale tandis que la police auxiliaire du bourgmestre d’extrême droite de Caracas, Alfredo Peña, tirait sur les manifestants pro-Chavez. La violence a été lancée pour rendre possible la contre-révolution. La majorité des morts étaient des défenseurs de CHAVEZ.

Dans la nuit de jeudi à vendredi est venue l’étape suivante. Un groupe de la garde nationale et une partie importante de l’état-major de l’armée se sont tournés ouvertement contre le président CHAVEZ et se sont emparés de la station de télé de l'Etat. Les médias nationaux et internationaux ont été l’élément le plus important de ce coup d’état, orchestré par les élites fortunées, avec l’appui direct des Etats-Unis. »


 

Nous connaissons la suite : le président CHAVEZ arrêté, enlevé et retenu de force dans une forteresse militaire alors que les médias annoncent sa démission, Pedro CARMONA, le patron des patrons vénézuélien, bombardé chef du gouvernement, enfin le retour triomphal du président élu rétabli dans ses fonctions par le peuple.

« C’est un coup d’état à la chilienne ! » déclarait Ignacio RAMONET lors de sa conférence à l’I.E.P. et cela bien qu’il n’ait pas été fomenté par l’armée. C’est que les officiers vénézuéliens, issus pour la plupart du peuple à la différence des officiers chiliens, sont restés fidèles au président, lui-même ancien officier. Mais alors qu’est-ce qui fait de ce coup d’état un coup d’état à la chilienne ?

Dans un cas comme dans l’autre on retrouve l’implication des U.S.A. qui dès le mois de mars, annoncent la couleur :

« Lors de sa réunion semestrielle tenue à LA ROMANA (République Dominicaine) la Société Interaméricaine de Presse (S.I.P.) s’est félicitée de ses efforts pour maintenir « le peu qu’il reste de liberté d’expression ». Invité spécial de cette grand-messe (sans doute pour en garantir l’objectivité) l’ex président américain William CLINTON avait préalablement déclaré : « M. Hugo CHAVEZ s’est mis dans une voie sans issue. » Ce qui autorisa la S.I.P. à qualifier le président vénézuélien de « fasciste » (Maurice LEMOINE « Coups d’état sans frontières », « Le monde diplomatique » août 2002).

Dès l’annonce du putsch et avant même qu’il n’ait réussi, le F.M.I. et Georges W. BUSCH, se félicitent de la chute du dictateur, bientôt suivis par José Maria AZNAR, président en exercice de l’Union Européenne. Nous savons d’autre part que le président CHAVEZ avait décliné une invitation à SAINT-DOMINGUE, justement à la date où devait avoir lieu le putsch…

On retrouve également, tout comme au CHILI, une coalition de nantis :

  • Eglise Catholique , essentiellement représentée par l’Opus Dei,

  • oligarchie financière

  • patronat

  • bourgeoisie blanche

  • centrale syndicale corrompue

Ces différentes composantes se rebaptisent « société civile ».

Ensuite entrent en action les médias pour une campagne de dénigrement systématique du président élu : « CHAVEZ est un dictateur » ou même « CHAVEZ, c’est HITLER ! » titre-t-on alors, bien qu’il n’y ait au VENEZUELA aucun prisonnier d’opinion . Toute critique, si légère soit-elle, à l’encontre d’un journaliste ou d’un média est aussitôt transformée en « atteinte grave contre la liberté d’expression ». Au point que l’association « Reporters Sans Frontières » publie plusieurs rapports contre le gouvernement CHAVEZ sans tenir compte le moins du monde de l’odieuse campagne médiatique contre lui alors qu’il n’a jamais interdit aucun média ni fait arrêter le moindre journaliste.

Au moment du putsch, les médias vénézuéliens propagent allègrement de fausses nouvelles afin d’organiser la panique : « plus d’essence dans les stations services », « le président CHAVEZ a démissionné ».

Déjà lors du coup d’état de PINOCHET, la C.I.A. avait utilisé pour parvenir à ses fins une campagne de dénigrement systématique, mais dans le cas du coup d’état contre le président CHAVEZ, la désinformation a pris de telles proportions que Maurice LEMOINE intitule l’article qu’il consacre à ce sujet dans « Le Monde Diplomatique » d’août 2002 « Dans les laboratoires du mensonge au VENEZUELA ». La méthode n’est cependant pas nouvelle puisque le 25 mars 1960, Ernesto GUEVARA déclarait :

« Il est plus simple de créer un voile de mensonge que d’envahir un pays simplement parce que les intérêts de quelque grand monopole ont été malmenés. Il est difficile en ces jours de règne de l’O.N.U. où chacun veut pouvoir voter, d’envahir un pays qui ne demande qu’à exercer sa souveraineté. Il est difficile de calmer l’opinion publique en de telles circonstances. Il faut un gigantesque effort de propagande afin qu’une telle intervention apparaisse moins odieuse qu’elle ne l’est. Et c’est exactement ce que font les Etats-Unis. »

(« Souveraineté politique et indépendance économique »)


 

La version des faits diffusée par les organes de presse locaux se retrouve souvent, à l’identique, dans de nombreux médias internationaux : NEW YORK TIMES, WASHINGTON POST, CNN, EL TIEMPO, Radio et TV CARACOL, EL PAIS. Hasard ? Bien sûr que non…

« Propriétaire d’EL PAIS, le groupe PRISA possède 19% des actions de Radio CARACOL , dont l’actionnaire majoritaire, le puissant groupe colombien VAL BAVARIA, a pour partenaire principal M. Julio SANTO DOMINGO (l’homme le plus riche de COLOMBIE) et… le groupe CISNEROS qui domine l’industrie des médias au VENEZUELA. A la tête de PRISA, M. Jesus POLANCO préside également SOGECABLE, société liée à l’entreprise américaine DIRECT TV, dont l’un des principaux actionnaires est ce même groupe CISNEROS. » ( Maurice LEMOINE « Coups d’état sans frontières »)

Tout se rejoint donc, une fois de plus…

3°) L’après coup d’état manqué… :


 

Le 14 août, par 11 voix contre 8, le Tribunal Suprême de Justice a rejeté pour « insuffisance de preuves » les accusations de rébellion contre les généraux Efrain VASQUEZ et Pedro PEREIRA, le vice-amiral Hector RAMIREZ et le contre-amiral Daniel COMISSO, qui avaient pris la tête du coup d’état du 11 avril.

« Une décision absurde, a commenté Hugo CHAVEZ, mais nous devons l’avaler comme on avale des arrêtes de poisson ». La décision du tribunal a provoqué des affrontements entre pro et anti-chavistes dans les rues de CARACAS, au cours desquels une vingtaine de personnes ont été blessées. D’après un article du journal « LE MONDE » paru le 17 août, ce non-lieu constitue un sérieux revers pour le président bolivarien contre qui plusieurs plaintes ont été déposées devant le Tribunal Suprême dans le but d’obtenir sa destitution :

  • pour corruption : il aurait, selon ses ennemis, illégalement accepté 2 millions de $ de la banque espagnole BBVA pour sa campagne électorale, et utilisé irrégulièrement 2 milliards de $ de fonds publics.

  • pour « crimes contre l’humanité » en raison de la mort de 18 personnes, le 11 avril, au cours d’une manifestation de l’opposition se dirigeant vers le palais présidentiel.

Etant donné la campagne de calomnies menée depuis des mois contre Hugo CHAVEZ, nous devrions sans doute suivre pour juger de sa valeur et de sa compétence le conseil que donnait Ernesto GUEVARA le 25 mars 1960 :

« Nous pouvons dire, sans caricaturer, qu’aujourd’hui, les grandes entreprises, les médias et les éditorialistes américains jugent pour nous l’importance et l’honnêteté d’un quelconque leader. Il suffit de prendre le contre-pied de leur appréciation. Lorsqu’un dirigeant est le plus attaqué, le plus décrié, il est sans doute le meilleur ! »


 

La décision du Tribunal Suprême est sans appel, mais le Gouvernement vénézuélien a déjà annoncé qu’il allait poursuivre sa bataille juridique à l’étranger, en particulier devant l’Organisation des Etats Américains (O.E.A.) où il a sans doute plus de chances d’être entendu puisque la plupart des états latino-américains avaient dénoncé le coup d’état (à l’exception du SALVADOR et naturellement des U.S.A.). Une autre lueur d’espoir vient du soutien sans faille au président CHAVEZ de son peuple, puisque Maximilien AVERLAIZ me révélait lundi 26 août que la veille à CARACAS, 800 000 personnes étaient dans les rues pour lui apporter leur soutien…

 

Françoise Lopez,11 septembre 2002

 

Solidarité Bolivarienne

06 71 78 59 72

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