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Colombie : Le para-militarisme montre les dents au Congrès

Publié le par Bolivar Infos

Par Fredy Muñoz Altamiranda

 

24 congressistes ont décidé de ne pas voter la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP) sous prétexte qu'ils sont des descendants directs ou ont des membres de leur famille qui ont été condamnés ou accusés pour para-militarisme.

 

Les contradictions entre le Congrès et la paix en Colombie ont touché le fond mardi quand 24 « pères de la Patrie » ont levé la main pour dire qu'ils ne voteraient pas le projet de Loi de Juridiction Spéciale pour la Paix à cause de leurs liens avec le para-militarisme.

 

Cet acte irresponsable laisse voir l'avenir d'un des instruments les plus importants de ce processus : une réforme judiciaire qui doit donner naissance à un tribunal qui jugera entièrement les crimes commis pendant la guerre.

 

Pendant le session de mardi, quand le vote du débat définitif pour la JEP devait avoir lieu, un à un, avec une spontanéité programmée, ces congressistes qui représentent 20% du corps législatif ont asséné un autre coup direct à la Paix.

 

La sénatrice Nora María García Burgos, du département para-militarisé de Córdoba, sanctuaire des propriétaires terriens et des uribistes où le cousin de l'ex président Uribe, Mario Montoya Uribe, condamné pour para-militarisme a transféré sa cause politique à l'ex sénateur Otto Bula, aujourd'hui en prison et célèbre pour avoir été accusé d'être un intermédiaire entre les millions de dollars de Norberto Odebretch et la classe dirigeante colombienne, a pris la parole la première.

 

Doña Nora” comme on l'appelle à Montería, a dit qu'elle ne voterait pas la JEP parce qu'elle est sous le coup d'enquêtes pour ses liens avec les paramilitaires uribistes Julián Bolívar et Ernesto Báez.

 

Cette dame, par son attitude, a avoué alors que ce que ne décide pas encore la Cour Suprême, c'est de dire si ses liens en termes de prête-nom politique et économique avec ces personnes connues sous ces noms, deux assassins de paysans et d'ouvriers du Magdalena Medio et du centre du pays qui ont avoué, sont certains.

 

Ensuite vint la sénatrice Teresa García, “Teresita” pour ses camarades à la Chambre, qui n'est rien de plus et rien de moins que la sœur de l'ex sénateur Álvaro García, “le Gros García” condamné en tant que déterminateur et auteur intellectuel du massacre de Macayepo, au Carmen de Bolívar, où il a fait massacrer 15 dirigeants paysans et déplacer de force le village entier.

 

Le massacre de Macayepo a été réalisé à l'aide de bâtons, de haches, de machettes et de pierres par un groupe de tueurs à gages lâches qui n'ont pas utilisé d'armes à feu pour éviter le contact avec les patrouilles de guérilléros de la zone et commandés par Norberto Pelufo, alias “Cadenita”, un tueur sanguinaire à la solde des García qui a armé un groupe de délinquants qu'il a appelé “Héros des Montes de María”, s'est assis à la table de Santafé de Ralito pour négocier avec le Gouvernement d'Uribe et a été acquitté mais ensuite, a été tué par Jorge 40, un autre paramilitaire qui avait des vues sur son territoire.

 

Dans la chaîne des confessions, est venue ensuite celle de la sénatrice Olga Suárez Mira, une inconnue qui se dresse sur les épaules de son frère, le cacique électoral de Bello à Antioquia, Oscar Suárez Mira, qui, à son tour, fait sa carrière politique sous la protection de son financier Diego Fernando Murillo, un certain Don Berna, ex garde du corps de Pablo Escobar converti en paramilitaire grâce à la politique d'impunité provoquée par la fausse démobilisation mise en place par Álvaro Uribe.

 

Oscar Suárez Mira, le véritable « patron » du siège de sa sœur Olga, a été condamné à 9 ans de prison pour association de malfaiteurs aggravée après avoir contraint, les armes à la main, avec Freddy Rendón Herrera, alias l'Allemand, des populations entières de la Vallée d' Aburrá et d'Urabá à voter pour lui au Sénat et pour Mauricio Parodi à la Chambre des Représentants.

 

Malgré sa condamnation, Oscar Suárez Mira est aujourd'hui en liberté conditionnelle et conspire dans l'ombre contre la paix en stimulant l'incapacité de sa sœur.

 

Ensuite vint Bernardo el “Ñoño” Elías, qui, en plus de traîner son propre poids de corruption et de disgrâces politiques, est marié avec la fille d'Eric Morris, un des premiers à être descendu dans l'arène quand la « para-politique » est devenue à la mode. Avec son nom, les médias ont banalisé la grave incursion du para-militarisme à tous les niveaux de l'administration publique de la Colombie.

 

Puis, ça a été le tour de Samy Merheg, frère de Habib Merheg, un paramilitaire de Risaralda, Andrés García, fils de Piedad Zuccardi, de Carthagène, sur le point d'être jugé par la Cour Suprême de Justice pour services rendus au para-militarisme.

 

Et la faune uribista de rigueur: Fernando Nicolás Araújo, fils de Fernando Araújo, qui se déclare victime des FARC après avoir transformé en victimes des milliers de familles pauvres de Carthagène en leur volant leur terre dans le village populaire pauvre de Chambacú où, aujourd'hui, son entreprise de construction a élevé un éléphant blanc appelé « Edifice Intelligent de Chambacú. »

 

Ce sont les 20% d'ennemis que la Juridiction Spéciale de Paix a au Sénat qui ont décidé de ne pas débattre de ce projet avec des arguements sérieux mais de montrer combien larges sont leurs épaules, meurtries pour avoir supporté le discrédit de leurs familles.

 

Dans n'importe quel autre pays, me disait il y a peu une collègue, le processus de paix aurait réveillé, même chez les législateurs les moins audacieux, une vague de participation pour trouver une ligne à suivre dans l'histoire qui est en train de s'écrire mais la façon dont cette caste d'usurpateurs continue à se cacher la tête dans le sable pour ne pas voir l'avenir est surprenante.

 

Finalement, la chose va être résolue à la colombienne : on a créé une sous-commission qui définit les incapacités de cette commission. Et la sous-commission comprend des dynosaures de la taille d'Antonio Navarro Wolf, Juan Manuel Galán, Alfredo Rangel, qui a vendu son anti-uribismo pour un plat de lentilles, Eduardo Enríquez Maya et d'autres.

 

Cette sous-commission est obligée d'émettre rapidement un « concept » sur cette honte de 24 prête-noms du para-militarisme qui, comme dit la sénatrice Claudia López, au lieu d'en arriver à donner les arguments de leur incapacité, auraient dû les remettre directement à la Cour Suprême de Justice pour qu'elle les juge aussi parce que ce qui est arrivé « ou c'est du foutage de gueule pour saboter la JEP ou c'est une confession. »

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/03/10/colombia-paramilitarismo-en-el-congreso-muestra-los-dientes-al-proceso-de-paz/

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