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Venezuela : Comment se mesurent les victoires ?

Publié le par Bolivar Infos

 

Le Venezuela n'est pas une grande barricade. Ce n'est pas non pus une foule qui a pris Caracas. Les médias mentent. Depuis que jeudi dernier a débuté la dénonciation mondiale d'un auto-coup d'Etat, la ville est semblable à elle-même.

 

Les rues ont été ses rues, puissants, tellement caracassiennes. Au point d'apprendre l'existence du soi-disant coup d'Etat par des messages venant de l'étranger alors que tout était comme d'habitude au centre, dans les environs de l'Assemblée Nationale, au Palais de Miraflores.

 

Y a-t-il eu ou non un coup d'Etat ? Juridiquement non. Le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) a pris une résolution face à une Assemblée Nationale dans l'illégalité pour conserver 3 députés élus frauduleusement, qui a annoncé plusieurs fois qu'elle allait en finir avec Nicolás Maduro, tenté un coup d'Etat en octobre 2016 et a à nouveau voté en janvier qu'elle ne reconnaît pas le Président. L'histoire change selon le point de départ qu'on prend.

 

On pourrait aller plus loin : ceux qui dirigent l'Assemblée Nationale et l'opposition sont les mêmes qui ont dirigé le coup d'Etat de 2002 contre Hugo Chávez. Ils simulent la démence.

 

Alors, il n'y a pas eu de coup d'Etat jeudi. Il y a eu une décision qui a levé l'immunité des parlementaires et donne au Tribunal Suprême de Justice la possibilité d'assumer les compétences de l'Assemblée Nationale dans l'illégalité. L'avalanche médiatique a été automatique dans le cadre des attaques internationales contre le Venezuela dirigées par l'Organisation des Etats Américains OEA). Vendredi, cela a pris un tour inattendu quand la Procureur Général de la République a dit devant les caméras que la résolution du TSJ avait rompu le fil constitutionnel. Et ce même soir, il y a eu un autre tour quand Maduro a annoncé la réunion du Conseil de Sécurité de la Nation pour résoudre le problème et samedi, le TSJ a fait marche arrière sur les 2 clauses polémiques. Saut périlleux. Arrivons-nous au même endroit ?

 

Les voix de constitutionnalistes se sont multipliées pour interpréter la validité de la décision première du TSJ. L droite a dit que tout a été monté : la sentence, le Procureur, Maduro, la résolution finale. Tout pour montrer qu'il n’existe pas d'indépendance des pouvoirs au Venezuela- la grande conspiration. Alors, ils n'ont rien reconnu et se sont lancés dans les rues : escarmouches jeudi et vendredi -avec quelques minutes de concerts de casseroles – concentration, samedi, dans l'est de la vile – 2 000 personnes – et mardi, ils ont lancé le grand show pour les caméras. Pendant ce temps, les députés ont annoncé qu'ils destitueraient les magistrats du TSJ.

 

Choc des pouvoirs de l'Etat, choc des chambres et choc international

 

Et les rues ?

 

Caracas est divisée en 2 municipalités. L'ouest, gouverné par le chavisme, l'est par l'opposition. La limite : la Place du Venezuela. L'accès à l'ouest a été interdit à la droite depuis qu'en février 2014, plusieurs institutions ont pris feu. Le cycle des « guarimbas » qui a fait 43 morts commençait. Leopoldo López, l'auteur intellectuel, a alors été arrêté. A cause de cela, les manifestations de la droite se déroulent à l'est de la ville. Et parce que c'est la coupure de classe : là est concentrée sa base sociale de classe moyenne haute.

 

La promesse des dirigeants est d'arriver à l'ouest, au Palais de Miraflores, au Conseil National Electoral, au Bureau du Procureur Général, n'importe où, selon la situation. Il s'agit de dépasser la Place du Venezuela, c'est ce que souhaitent les opposants, c'est ce qu'annoncent les dirigeants sans autorité pour chaque fois décevoir. Parce que n'ayant pas l'autorisation d'entrer, ils se trouvent face à la police. Les laisseront-ils passer ? Pour affronter la mobilisation du chavisme ?

 

Ils ont convoqué à cela mardi. Ils étaient peu, très peu. Disons, 3 000 pour faire tomber un Gouvernement, une dictature. Parce que c'est ce qu'ils disent. Et quelqu'un qui vient du sud avec les morts enterrés sur l'estomac doit se contenter d'entendre crier « dictature » les fils de la bourgeoisie, les maîtres des choses depuis trop de temps, ceux qui ont gagné avec chacun de nos morts. La matrice de communication internationale est claire : Coup d'Etat, régime, dictature, censure, prisonniers politiques, violation des droits de l'homme, crise humanitaire. Dans les rues, les choses sont différentes : groupes de choc pour la confrontation, provocation avec des fumigènes, des pierres, les poursuites. Il manque des images pour l'OEA, pour le monde. Si les masses n'y sont pas, ce sont des cellules préparées. Ils n'étaient pas plus de 300 dans les zones de choc. On ajoute à ces images les larmes de la femme d'un prisonnier politique/figure angélique Lilian Tintori, plusieurs découragés, un jet de lance à incendie, et c'est bon.

 

  • Que dit TN qu'il se passe dans la rue ?

 

Ils écrivent d'Argentine. Le front des communications actif, la formule fonctionne.

 

La droite n’arrive pas à remobiliser. Déçue 2 fois, l'année dernière. Elle avait réussi à réunir quelques 40 000 personnes avec la promesse d'arriver jusqu'au Palais de Miraflores. A la fin de chaque concentration, elle renvoie les gens chez eux, chercher des casseroles dans le meilleur des cas. Ils ont perdu leur légitimité, leur base sociale veut une revanche, un châtiment. Les dirigeants aussi. Il n'est pas si simple de faire tomber un Gouvernement sans les Forces Armées, sans les classes populaires et avec une bourgeoisie qui multiplie les accords avec ce même Gouvernement.

 

C'est pourquoi ils sont dépendants du front international. Les jours précédents, le jour même et les jours suivant l'annonce du coup d'Etat, une vingtaine de dirigeants ont quitté le pays : Capriles Radonsky, Lilian Tintori, Freddy Guevara, Julio Borges, entre autres. Hasard ?

 

Ils ont perdu la rue. Le chavisme, par contre, se maintient. Avec moins de spontanéité et plus de travailleurs de l'Etat, c'est certain. Chaque base sociale a diminué. L'une est passée de moyenne à petite, l'autre d'immense à grande. Cette dernière devient plus forte quand l'impérialisme annonce l'attaque comme c'est arrivé il y a plusieurs semaines : ils serrent les rangs, l'ennemi historique arrive. Il suffit de voir les images, les prises de vues de la droite sont toutes en gros plan, celles du chavisme montre la longueur des colonnes.

 

Ces jours-ci, quelque chose a attiré l'attention : il n'y a pas eu de climat de coup d'Etat, de convulsion politique comme c'est arrivé dans d'autres occasions récentes – en octobre dernier, par exemple. La normalité vénézuélienne persiste dans les rues de Caracas et du pays. Comme si le conflit, aussi réel que le sont le choc des pouvoirs de l'Etat et les menaces de l'OEA, n'avait rien à voir avec les gens de la rue. Il semblerait un dégoût de la logique de conflit/accord entre superstructures, la petite politique, un signal qui indique qu'il faut comprendre ce qui se passe dans le temps du peuple, qui ne se reflète pas dans les ordres du jour de la communication et de la politique. Pourquoi devant quelque chose de si important, beaucoup (la majorité?) semblent regarder ailleurs ? Qu'indique ce fait ?

 

Ne pas arriver à mobiliser massivement est un problème de circonstances pour la droite. Ce b'est pas une préoccupation stratégique, la dépolitisation de la société fait partie de son plan. Par contre, pour le chavisme, le coût est élevé : une des forces du processus de transformation a été de rendre la politique aux gens, de les rendre partie prenante de la trame, de rompre avec la politique en tant que chose qui se déroule à huis clos. Il y a des convocations à des mobilisations, à écouter des dirigeants, à soutenir des décisions du Président : chaque fois moins d'acteurs et plus de canaux de réception de la ligne officielle. Quelque chose s'éloigne : les dirigeants des bases ou les bases des dirigeants ? Le résultat est que la politique semble revenir aux voies normales de la démocratie restreinte, celle-là même avec laquelle la Révolution se proposait de rompre. Cette dynamique est celle de la désaffiliation, la distanciation de ola politique dans une dynamique nationale marquée pat des épisodes périodiques comme celui qUE nous traversons.

 

Où vont ceux qui s'éloignent ? Résoudre leur quotidien parqué par les difficultés d'une économie sabotée dans le cadre du plan de déstabilisation dont le poids principal tombe sur les secteurs populaires qui sont la base sociale principale du chavisme.

 

Où iront-ils au moment des élections ?

 

La question politique est : pourquoi, en pleine attaque internationale, le TSJ a pris cette résolution concernant l'AN ? Il était prévisible que cela déchaînerait plus de pression.

 

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/opinion/Nuevos-asaltos-en-Venezuela-como-se-miden-las-victorias-20170405-0045.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/04/venezuela-comment-se-mesurent-les-victoires.html Ajouter une section ici