Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Cuba : L'environnement des sauveurs de la Révolution

Publié le par Bolivar Infos

 

Par René Vázquez Díaz

Pour les sauveurs de la Révolution, la meilleure manière de préserver ses réussites serait de créer un environnement qui la fissure et la tue sans qu'elle se défende. Ou qu'elle se suicide. Ce serait l'idéal. Après tout, ce serait si facile. Dans cet environnement, la Révolution doit être présentée comme passée de mode, une expérience qui a échoué. Ce qui est « moderne, » c'est un capitalisme que les nouveaux sauveurs de Cuba prennent bien soin d'appeler d'une autre façon.

 

Depuis 1960, chaque fois que le Gouvernement cubain a introduit des changements pour combattre l'agression étrangère et palier ses conséquences économiques, financières et sur la sécurité nationale en cherchant des voies alternatives pour améliorer la situation de la majorité, les sauveurs du peuple cubain ont toujours objecté que ces changements étaient insuffisants, erronés ou tardifs ou, pour ceux qui dépendent le plus des Etats-Unis, trop révolutionnaires.

 

Il ne faut pas beaucoup connaître l'Histoire pour connaître l'humiliation, la soumission et les monstruosités qui attendent toujours un peuple quand il a été vaincu.

 

Sur les 1 000 premiers mercenaires cubains au service des Etats-Unis capturés à Playa Girón en avril 1961, 800 appartenaient à des familles qui possédaient 369 801,52 hectares de terre, 9 666 immeubles, 70 industries, 10 centrales sucrières, 2 banques et 5 mines. Sur ces 800 mercenaires, 200 étaient des associés des clubs les plus fermés et aristocratiques de La Havane (où les noirs et les balayeurs de rues ne pouvaient pas entrer). Sur les 200 restants, 135 étaient d'ex militaires de l'armée de Batista et 14 étaient des assassins avec une horrible liste de crimes politiques prouvés. Et cependant, ils venaient sauver le peuple de Cuba et la Constitution de 1940.

 

On est surpris quand on relit les interrogatoires publics auxquels ont répondu ces messieurs. Les raisons que donnent certains pour justifier leur participation en tant que laquais à une invasion payée par une puissance étrangère ressemblent beaucoup aux propositions des nouveaux sauveurs de la Révolution. L'un d'eux (qui avait de juteuses actions dans les mines de Matahambre) assure qu'il est venu (armé jusqu'aux dents, escorté par des destroyers états-uniens et entraîné par des conseillers états-uniens au Guatemala de Ydígoras Fuentes et embarqué au Nicaragua de Somoza) rien moins que sauver le nationalisme cubain en mettant en place ce qu'il appelle « la troisième voie » : dans ce monde, dit le riche mercenaire, « on exige une répartition plus juste des richesses. » Et il ajoute qu'il est « immoral » qu'une personne ait trop d'argent : « Je crois que la quantité d'argent d'une personne doit être limitée. »

 

alors, si l'invasion avait triomphé et si la Révolution avait été vaincue par cette sorte de sauveurs au service des Etats-Unis, ce social-démocrate de la dernière heure aurait fondé, selon ce qu'il affirmait, « un parti politique qui rechercherait la troisième voie. » Quand le journaliste, incrédule, lui a demandé pourquoi il n'était pas nationaliste et partisan de la troisième voie sous la tyrannie de Batista (pendant laquelle il avait été un fonctionnaire obéissant), le mercenaire lui a répondu : « Il n'y avait pas l'environnement. »

 

Aujourd'hui, cette phrase aune étonnante résonance. Il n'y avait pas l'environnement. Depuis lors, la CIA et le Gouvernement nord-américain se sont lancés dans des actions frénétiques (qui, aujourd'hui, sont plus actives que jamais) pour créer cet « environnement » : inventer une opposition, faire des sabotages, acheter la moitié du monde pour déformer et diaboliser Cuba et, évidemment, lui donner des conseils pour vaincre la faim, le mécontentement, la fatigue et … l'absence de modernité.

 

Le peu qu'ont changé, depuis un demi-siècle, les justifications et les motifs de la contre-révolution n'est-il pas curieux ? Les réponses de ce mercenaire sont presque les mêmes que celles des laquais de Diario de Cuba, Cubanet ou Radio Martí. Soudain, l'envahisseur reconnaît que « les Américains ont une façon d'agir néfaste » mais que, pour atteindre ses objectifs élevés nationalistes et presque socialistes (mais pas aussi « radicaux »), il a choisi de s'allier avec eux bien que ce soit « un risque à courir. » parce que, explique-t-il, « parfois, il faut recevoir de l'aide même si c'est du diable. » N'est-ce pas la même chose que ce que font les dissidents d'aujourd'hui ? Et s'il avait eu le pouvoir à Cuba pour faire la véritable révolution à l'intérieur de la Révolution, « il aurait tiré des Américains tout ce qu'il aurait pu. »

 

n'est-ce pas attendrissant ? Ne voyez-vous pas la résonance de ces paroles dans ce que les Cubains vendus, à l'étranger et à Cuba, font aujourd'hui même ? Tirer des Américains tout ce qu'on peut... « Nous soutenons 18 groupes de la société civile, nous travaillons dans 14 provinces du pays et 500 personnes profitent tous les mois directement de notre travail, » informe depuis Miami Karinna Álvarez, de la Fondation Nationale Cubano Américaine. Que peut-on attendre de ceux qui reçoivent un salaire de cette organisation reconnue comme terroriste ? Si la Fondation a changé de discours pour créer l'environnement pour attaquer le gouvernement cubain, c'est parce qu'elle a été battue à plates coutures et forcée de se transformer en apparence.

 

Et que répond le mercenaire, en 1961, quand le journaliste lui signale que... tirer des Américains tout ce qu'on peut », c'est de l'opportunisme politique ? L'homme aux nobles idées sous un drapeau mercenaire qui était venu tuer des policiers, concède alors avec des accents lyriques que oui, c'est vrai mais qu'il s'agit d'une « politique opportuniste pour notre patrie. L'important, c'est la patrie, l'important, c'est la nation. »

 

On a l'impression de lire un éditorial de Cuba posible ou un discours de ses rédacteurs dans une réunion financée par ses alliés du Nord pour fomenter l'environnement : l'important, c'est la nation mais financée par d'autres dont les intérêts ont été et sont la domination de la patrie qu'on dit défendre.

 

Même le mercenaire vendu et vaincu à Playa Girón déclare ne pas avoir dit, dans accès de sincérité, qu'i était un « allié » des Etats-Unis. De même que les actuels paladins-sauveurs du peuple de Cuba dans ces revues étrangères où ils sont d'obéissants mercenaires du pouvoir en place, ce mercenaire de Girón se rétracte : non, il ne s'est pas allié aux Etats-Unis, il a seulement reçu l'aide du Département d'Etat dans sa noble tâche de revenir à l'Histoire de Cuba. « aide » souligne-t-il, « pas allié, aide... » « Au moins », affirme-t-il « je ne me sentais pas allié. » Il ne se sentait pas. Je le répète : c'est comme enfoncé une porte ouverte parce que c'est exactement la même chose que disent ceux qui reçoivent ou ont reçu « l'aide » états-unienne et en vivent ou en ont vécu. Le dilemme reste le même, le cynisme et la tromperie aussi.

 

On ne peut pas écrire sur Cuba dans une publication – quelle qu'elle soit – financée par les Etats-Unis sans être sous la tutelle de son pouvoir. Il n'y a pas d'autre possibilité. Aussi bien es dissidents que les écrivains ou les professeurs appartiennent au front médiatique financé par la même puissance que le blocus, Guantánamo, la subversion et la Loi Helms Burton, font se pathétiques efforts pour ce mercenaire pour justifier leur droit à se vendre. Ils ne se sentent pas des sbires, ce sont seulement des Cubains de location. Ceux qui ne sont ni l'un ni l'autre ont fait un choix regrettable.

 

En septembre 2006 a été révélée le nom des reporter et des écrivains qui étaient sur la liste d'émargement du Bureau de diffusion sur Cuba du Gouvernement états-unien pour faire des déclarations contre Cuba. Les 3 journalistes (indépendants, évidemment) qui ont touché le plus sont Pablo Alfonso (175 000 $ depuis 2001), Olga Connor (71 000 $ ) et Wilfredo Cancio Isla (15 000 $ entre 2001 et 2006). De la même façon, sans qu'ait été révélé ce qu'ont touché et touchent encore les partisans du pouvoir qui ont des bourses de Diario de Cuba, Cubaencuentro et de tous les nouveaux blogs financés parles Etats-Unis et leurs alliés européens, la réalité est que ce sont leurs subordonnés dociles et manipulables qui exercent une liberté de pacotille. Ils ont une idée du pays qui est l'idée d'étrangers qui les méprisent et méprisent le peuple cubain. Dans les ambassades de La Havane, on les regarde avec mépris.

 

Mon expérience personnelle me dit que lire les raisons des Cubains subordonnés aux Etats-Unis et à leurs alliés est comme écouter ce mercenaire de Girón: ils veulent tous que Cuba fasse une politique états-unienne, basée sur l’histoire de violence incomparable qu'on lui a imposée. Le Gouvernement cubain fait des changements profonds sans que le peuple perde le pouvoir. C'est pourquoi il faut créer plus d'environnement. Le mercenaire cité est Felipe Rivero Díaz. Une fois libéré, il n'a pas fondé un parti social-démocrate ni rien de ce genre mais le Mouvement Nationaliste Cubain, un groupe fasciste qui a aussi dû être combattu et vaincu par la Révolution.

 

Les citations du mercenaires sont extraites du livre Así se derrotó al imperialismo, Siglo XXI, 1978.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/opinion/2017/06/12/el-ambiente-de-los-salvadores-de-la-revolucion/#boletin20170612

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/06/cuba-l-environnement-des-sauveurs-de-la-revolution.html