Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Bolivie: Je ne regrette pas d'avoir expulsé l'ambassadeur des Etats-Unis

Publié le par Bolivar Infos

 

Interview d'Evo Morales

 

  • Que signifie être de gauche au XXI° siècle ?

 

D'abord identifier les ennemis intérieurs et extérieurs. L'ennemi intérieur qu'il y a dans chaque Etat, c'est la droite et la droite est un instrument de l'Empire. Si nous parlons de l'Empire, nous parlons du pillage des ressources naturelles dans le monde entier, depuis les débuts de l'humanité. Etre de gauche dans ce siècle, dans ce millénaire, c'est orienter les nouvelles générations. Les nouvelles générations doivent être convaincues que leur pire ennemi est le capitalisme. Si nous n'identifions pas les ennemis intérieurs et extérieurs, alors nous ne garantirons pas l'espoir des générations futures et à l'intérieur, en tant que Gouvernement, nous devons présenter des résultats dans la gestion publique.

 

  • L'intégration de toute la Bolivie, pas seulement de son territoire mais de toutes les nations qui la composent est un fait inédit dans Notre Amérique Latine, c'est un processus qui devrait être connu sur tout le continent.

 

Je dis que nous avons unie la Bolivie, l'ouest et l'est, les champs et la ville. En 1959, les Etats-Unis ont envisagé de faire disparaître la Bolivie, qu'une partie aille à l'Argentine, une autre au Chili, au Paraguay, au Brésil. Qu'il n'y ait plus de Bolivie. Je veux dire l'importance qu'il y a à ne pas avoir d'ambassadeur des Etats-Unis. Un mineur exilé de Bolivie m'a dit : « Président Evo, il faut prendre garde à l'Ambassade. » Je lui ai demandé pourquoi et il m'a répondu qu'il n'y a pas de coups d'Etat aux Etats-Unis uniquement parce qu'il n'y a pas d'ambassadeur des Etats-Unis aux Etats-Unis.

 

  • La sagesse populaire.

 

Je ne regrette pas d'avoir expulsé l'ambassadeur des Etats-Unis.

 

  • Qui fut l'un des grands instigateurs de la tentative de coup d'Etat de 2008.

 

Oui.

 

  • Comment rêvez-vous l'Amérique Latine du futur ?

 

Nous discutons avec des présidents comme Raúl [Castro], Correa, Maduro, avec certains ex-présidents aussi et nous aimerions que notre continent, grâce à l'Amérique Latine et aux Caraïbes, soit un modèle de continent. Le problème des FARC en Colombie qui doit s'achever grâce au dialogue. Nous devons être un continent de paix mais avec la justice sociale, une paix avec la dignité et l'égalité des droits. L'Amérique Latine a beaucoup de ressources naturelles, elles sont entre nos mains, c'est pourquoi je rêve que l'Amérique Latine soit un modèle de continent pour les autres continents.

 

  • Quelles sont vos craintes ?

 

Les agressions économiques, politiques et militaires des Etats-Unis. Et pour affronter cela, l'unité des peuples et l'unité des mouvements sociaux sont très importantes.

 

  • Comment les transformations que traverse votre pays actuellement sont-elles arrivées ?

 

Cela a été une longue réflexion. Je me souviens parfaitement qu'à l'occasion des 500 ans de résistance des peuples indigènes, j'évoquai l'invasion européenne de 1492 à 1992. Là, nous, les dirigeants indigènes, décidâmes d'entrer dans la résistance, de sortir de l'état de colonie, du modèle néolibéral, de la domination de l'Empire puis, de prendre le pouvoir. Je pense que dans certains pays, en particulier en Bolivie, nous avons rempli ce mandat de profondes réflexions 500 ans après l'invasion. Nous avons dit que nous devions nous gouverner nous-mêmes. Ici, ils se souviendront du passé : certains, qui gouvernaient, parlaient anglais, même au Palais Quemado, dans le cabinet. Le Fonds Monétaire International participait, la CIA était au Palais. Le bureau du FMI se trouvait à la Banque Centrale de Bolivie. Nous étions pratiquement dominés et soumis aux instances internationales, c'est pourquoi le temps est venu de nous gouverner nous-mêmes. Pour cela, nous avons compris qu'avec le pouvoir syndical, avec le pouvoir social, nous ne pouvions pas approuver de lois et de décrets, alors, nous devions sauter de la lutte syndicale, d'une lutte sociale, à une lutte électorale, avec des principes, des valeurs, une idéologie, des programmes faits par les Boliviens, inspirés par les mouvements sociaux.

 

  • Quels ont été les axes de ce programme électoral ?

 

Nous avons décidé 3 choses : dans le domaine politique : la refondation de la Bolivie, dans le domaine économique, la nationalisation et dans le domaine social, la redistribution des richesses : voilà le modèle économique du pays. Et notre expérience montre qu'il a été aussi important d'accompagner la libération politique de la libération économique : la libération politique avec la refondation de la Bolivie. Abandonner l'Etat colonial, d'un Etat colonial passer à un Etat plurinational dans lequel nous avons tous des droits, et aussi des obligations et des devoirs car nous sommes des êtres humains. Nous sommes si différents, pas seulement sur le plan géographique, économique, physionomique. Cela doit être respecté et cette étape a été difficile. La nationalisation et la partie économique ont été plus simples. En plus, je veux avouer que, comme un dirigeant syndical du mouvement indigène arrivait au pouvoir pour la première fois, je me suis dit : « Si je dirige mal la Bolivie, jamais plus le peuple bolivien n'aura confiance dans un autre dirigeant syndical d'origine indigène. »

 

  • Accéder à la présidence impliquait la prise officielle du pouvoir mais pas nécessairement l'exercice. L'influence des Etats-Unis a été traditionnellement très forte ainsi que celle de l'establishment traditionnel de la Bolivie de la Medialuna. L'un des premiers pas de votre Gouvernement a été la nationalisation des hydrocarbures. Comment ce processus a-t-il été mis en œuvre ?

 

En 2006, nous nationalisons les hydrocarbures. Là, il n'y avait pas à consulter le peuple, ce fut une décision politique. Après la nationalisation, je me souviens que les entreprises ont dit qu'elles n'investiraient pas en Bolivie. [Néstor] Kirchner me dit: « Evo, téléphone-moi, je vais investir en Bolivie grâce à notre entreprise. » Après la nationalisation, il y a eu le soutien Kirchner. Hugo Chávez est venu me voir pour renforcer et garantir cette nationalisation, cela a été très important, ces politiques ont été bien reçues par le peuple bolivien.

 

  • Quelles erreurs pensez-vous que votre Gouvernement a faites en 11 ans de transformations ?

 

Souvent des erreurs passagères, pas structurelles. Il a essayé de supprimer la subvention au combustible et il est revenu en arrière. Ensuite, nous avons cherché une autre façon d'éliminer cette subvention parce qu'une subvention exagérée implique une instabilité de l'économie. Il n'y a jamais eu d'erreurs structurelles et à cause de cela, quand on ne cède jamais sur ses principes, ensuite on le soutient. Il peut y avoir une demande non satisfaite, certains problèmes, des problèmes régionaux ou municipaux, l'important est de ne pas céder en tant que Président et en tant que Gouvernement.

 

  • Quels sont les principaux défis de la Bolivie pour les 10 prochaines années ?

 

Nous avons le Plan du Bicentenaire. La Bolivie a été fondée en 1825. En 2025, il y aura 200 ans. Nous avons un plan très ambitieux, meilleur que la feuille de route des Nations Unies pour 2030. Nous aimerions avoir Zéro extrême pauvreté, des services de base pour 100% (de la population). Dans le domaine de l'énergie et de l'électrification, nous en sommes déjà à 90%. Le secteur le plus en retard est celui des égouts. L'eau n'est plus un problème comme auparavant, nous avons bien avancé dans les télécommunications grâce au satellite de télécommunications Tupac Katari et dans le domaine des infrastructures, nous sommes en train d'unir l'ouest et l'est. C'est un grand plan, un plan de libération et le rêve que j'ai, c'est que la Bolivie puisse devenir un modèle.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/07/11/evo-morales-presidente-del-estado-plurinacional-de-bolivia-no-me-arrepiento-de-haber-expulsado-al-embajador-de-ee-uu/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/07/bolivie-je-ne-regrette-pas-d-avoir-expulse-l-ambassadeur-des-etats-unis.html