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Venezuela : L'hypothèse d'un double Gouvernement et d'un conflit prolongé

8 Juillet 2017, 17:48pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Marco Teruggi

Le problème de la droite vénézuélienne, c'est d'avoir proposé un but sans avoir la corrélation de forces nécessaire bien qu'en réalité, la décision ne soit pas venue du Venezuela mais des Etats-Unis où sont mis en place la stratégie et les opérations. Pour résumer, on ne chasse pas un Gouvernement par la force si on n'a pas le poids des classes populaires ou des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB). Et aujourd'hui, 90 jours après le début de ces actions, elles continuent à n'être soutenues par aucune de ces 2 forces.

 

Cela ne signifie pas qu'ils aient abandonné leur politique envers des 2 forces. Dans le cas des classes populaires, déjà convaincus qu'ils ne pourront pas les faire répondre à leur appel pour chasser le Gouvernement , ils ont décidé de les frapper encore plus grâce à l'asphyxie économique. C'est dans ce cadre que s'expliquent des actions comme l'incendie d'un dépôt de nourriture – 60 tonnes brûlées – destinée aux quartiers populaires, l'attaque de camions transportant de la nourriture du Gouvernement, l'augmentation des prix. Ils cherchent à rendre plus difficiles les conditions matérielles qui ouvrent la voie au pillage qu'ils organisent eux-mêmes avec leurs groupes de choc.

 

Concernant les FANB, ils ont opté pour plusieurs choses à la fois. L'une a été l'attaque armée systématique, aussi bien de la base principale de Caracas (La Carlota) que de casernes et de bataillons dans différents points du pays : la dernière enregistrée a été celle de mardi soir à Acarigua où des armes ont été volées et un soldat tué. Une autre a été la tentative de démoralisation permanente par des attaques sur les réseaux sociaux. La troisième, qui a commencé dès le début du cycle, a été d'appeler publiquement les FANB à en pas obéir aux ordres du Gouvernement et à se joindre au coup d'Etat. Julio Borges, président de l'Assemblée Nationale, l'a encore fait mercredi et il a offert la « pardon » qu'il n’a pas la possibilité d'accorder, aux soldats qui s'y joindraient. Enfin, et comme toujours en temps de révolution, ils ont travaillé dans l'ombre pour obtenir l'effondrement d'un secteur.

 

Le problème qu'il sont est que cet ensemble de tactiques n’a pas donné le résultat attendu. En n'obtenant pas le soutien des membres les plus importants des FANB, alors, la situation devrait se prolonger. Ils semblent s'y préparer.

 

L'hypothèse du conflit prolongé aurait 2 éléments centraux : le politique et les armes. Au niveau politique, ils l'ont déjà annoncé, le plan est, en plus de ne pas reconnaître le Gouvernement de Nicolás Maduro et l'Assemblée Nationale, de créer de nouveaux pouvoirs publics. Cela signifie essayer de mettre sur pied un Gouvernement parallèle. Pour légitimer cette ligne, qui est déjà en train d'être développée, ils ont convoqué un « plébiscite » le 16 juillet – en anticipant les élections du 30 – où, parmi les questions se trouvent celle de la mise en place de nouveaux pouvoirs et d'un Gouvernement d'unité. La question n'est pas que le « plébiscite » soit légal ou pas ni combien de gens iront y voter, ce dont il s'agit, ce sera d'annoncer/valider cette stratégie au niveau international.

 

Le problème de cette voie sera d'arriver à donner un poids réel à ces pouvoirs. Il ne suffit pas d'annoncer les choses pour qu'elles arrivent, une pratique récurrente de la droite. La réponse des alliances internationales aura de l'importance ainsi que le renforcement des violences. Dans ce dernier cas, ils ont un avantage et un problème. L'avantage, c'est qu'ils ont travaillé pour légitimer la violence, ce qu'ils ont réussi en grande partie, en particulier au niveau international. A cause de cela, ils ont la participation active des grands médias, de la machinerie de l'impérialisme. Au Venezuela, selon ce schéma, il n'y a pas de paramilitaires, de groupes de choc entraînés, de bandes de délinquants financées pour détruire mais il s'agit d'étudiants, du peuple affamé, de jeunes qui résistent contre la dictature. Et ils justifient tous les actes de violence- l'hélicoptère qui a lancé des grenades sur le Tribunal Suprême de Justice, l'incendie d'aliments, etc... comme de soi-disant auto-coups d'Etat du Gouvernement lui-même.

 

Le problème qu'ils ont, c'est qu'il ne suffit pas de légitimer, il faut aussi la force matérielle sur le terrain. Et même s'il est certain qu'ils ont déployé des actions de grande envergure pendant plusieurs jours dans plusieurs villes, ils ne semblent pas en conditions pour soutenir ces positions dans un schéma, par exemple, de « territoires libérés ». Ils ont l'avantage au niveau international mais ce n'est pas aussi évident au niveau national : leur violence les discrédite et les expose au rejet et il semble leur manquer la capacité de mettre en place un plan de cette envergure dans la rue.

 

Cette situation durerait longtemps. Leurs violences, pour le moment sans nom, pourraient prendre un nom politique et déployer sa structure armée publiquement, même si elle se différencie des partis d'opposition comme cela s'ébauche déjà dans le différend entre la Table de l'Unité Démocratique et la résistance. Il sont 2 arrière-gardes pour alimenter cette structure : l'état de Táchira et la Colombie.

 

Il est difficile de savoir comment pourrait se terminer une telle situation. Certains dirigeants de droite laissent entrevoir ce qu'ils projettent comme Juan Requesens, de Primero Justicia, qui a affirmé dans un forum : « Pour arriver à une intervention étrangère, nous devons passer cette étape. »

 

D'autres interrogations seront résolues avec le temps. L'une d'elles est de savoir si la droite – ou une partie au moins – inscrira ses candidats début août pour les élections des gouverneurs qui auront lieu en décembre. Au cas où elle ne le ferait pas, ce serait une confirmation de plus du point de non retour, de l'impossibilité de résoudre le conflit grâce à un dialogue entre les parties. L'hypothèse du conflit prolongé dans l'attente d'une effondrement dans les FANB ou d'une intervention étrangère d’un autre niveau deviendrait plus claire. S'ils inscrivent leurs candidats, ce sera une indication que la solution du conflit sera en partie électorale.

 

Ce scénario changera en fonction du résultat du 30 juillet : une forte participation donnera une légitimité et une base politique au chavisme. Dans le cas contraire, la confrontation sera renforcée. ? La droite fera tout son possible pour ne pas arriver jusqu'à cette date et ce jour-là, elle montera – c'est le plus probable – un schéma d'attaque des bureaux de vote, des routes, des transports en déployant une structure armée et l'écran public de son nouvel outil en construction : les Comités de Secours de la Démocratie. Le Conseil national Electoral a déjà annoncé qu'ils protègeront tous les lieux de vote.

 

Ce scénario, envisagé ainsi, le cycle qui a débuté début avril ne semble pas près de s'achever. Les Etats-Unis ont décidé de pousser le Venezuela jusqu'à ses limites politiques, sociales, culturelles, communicationnelles, armées. Ils veulent reprendre, grâce à al droite au Gouvernement, le pouvoir politique, subordonner l'économie à leurs intérêts et prendre une revanche massive sur un mouvement historique. Le chavisme affronte une guerre complexe, totale, à la quelle il doit répondre avec intelligence et un engagement total comme a su le faire Hugo Chávez, envers le pouvoir créateur du peuple.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/opinion/Venezuela-la-hipotesis-del-doble-gobierno-y-el-conflicto-prolongado-20170706-0084.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/07/venezuela-l-hypothese-d-un-double-gouvernement-et-d-un-conflit-prolonge.html