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Cuba-Etats-Unis, retour à la guerre froide ?

2 Octobre 2017, 17:47pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

Par Arantxa Tirado,

Le Gouvernement états-unien a dénoncé il y a quelques semaines le fait que plusieurs fonctionnaires auraient soi-disant subi à La Havane, des attaques acoustiques d'origine inconnue qui leur aurait causé des dommages auditifs de différentes sortes. Même si cette affaire remonte ) presque 1 an, elle a été réactivée ces dernières semaines et beaucoup se demandent quels intérêts il y a derrière cet épisode trouble qui nous ramène directement à un climat d'opération secrète typique de la Guerre Froide.

 

Les dénonciations états-uniennes coïncident avec le rafraîchissement des relations entre les Etats-Unis et Cuba, fruit de plusieurs facteurs dont les actions de Donald Trump pour renforcer le blocus. Celui-ci devait s'achever le 14 septembre 2017 mais le 8 septembre, Donald Trump a signé un memorandum prorogeant la Loi de Commerce avec l'Ennemi de 1917 sur laquelle est basé le blocus de Cuba. Cette loi a été ratifiée chaque année depuis que John F. Kennedy l'a utilisée pour la première fois en 1962 pour justifier le blocus commercial, économique et financier de Cuba.

 

La prorogation du blocus qui n'a jamais été aboli par Barack Obama n'a pas été un obstacle pour que les 2 pays organisent, le 19 septembre dernier à Washington D.C., la sixième réunion de leur Commission Bilatérale au cours de laquelle les Etats-Unis ont exprimé aux autorités cubaines leur « profonde préoccupation pour la sécurité et la protection » de leur personnel diplomatique à La Havane et « le besoin urgent d'identifier la cause de ces incidents et de s'assurer qu'ils cessent. » Lors de la même rencontre, d'autres sujets ont été traités : les questions migratoires, de sécurité et des questions concernant les droits de l'homme, qui ont été instrumentalisés en particulier par les Etats-Unis pour justifier leur politique envers Cuba.

 

Cette réunion était la première après que Trump ait annoncé sa nouvelle politique envers Cuba à la “Little Habana” de Miami le 16 juin 2017 devant le secteur le plus dur de la communauté cubano-américaine et même des vétérans de l'invasion de Playa Girón de 1961. plusieurs dirigeants de l'anti-castrisme sont intervenus dans cette rencontre dont le sénateur de la Floride Marco Rubio, l'une des personnalités qui ont le plus d'influence sur la position de Trump envers Cuba. Dans son intervention, Trump a recouru à un langage belliqueux avec des allusions propres à la Guerre Froide : « nous ne nous tairons pas devant l'oppression communiste, » et des références au Venezuela et à la Corée du Nord. Il a également critiqué l’administration Obama pour avoir conclu un accord « terrible et erroné » avec le « régime de Castro » qui n'a pas aidé le peuple de Cuba avec la levée de certaines des restrictions concernant le tourisme et l'investissement car, selon ses dires, cela n'a fait qu'enrichir « le régime », en particulier les militaires cubains qui contrôlent le secteur du tourisme.

 

Ce jour-là, Trump a signé une directive qui établit certaines lignes maîtresses de la politique des Etats-Unis envers Cuba qui prévoient de revenir en partie sur « l'ouverture » naissante que les Etats-Unis avait faite avec l’administration Obama comme il l'avait promis au cours de sa campagne électorale pour attirer les voix cubano-américaines les plus intransigeantes. Dans ce document ont été officialisés les décisions suivantes :

 

  • Les Etats-Unis ne vont pas changer leur politique envers Cuba tant qu'il y a des « prisonniers politiques » sur l'île, que « la liberté d'expression et de réunion n'est pas respectée, » que tous les partis politiques ne sont pas devenus légaux et qu'on n'organise pas « d'élections libres et supervisées internationalement. »

  • Renforcement du blocus. Nouvelles restrictions au commerce qui empêchent les entreprises états-uniennes de faire du commerce avec toute firme contrôlée par l'Armée cubaine ou ses services de renseignement.

  • Persistance des limitations du tourisme. Les Etats-uniens continueront à ne pas pouvoir se rendre à Cuba librement et de façon privée et ceux qui s'y rendront pour des raisons éducatives seront soumis à de nouvelles règles.

  • On exige le rapatriement des « criminels militaires cubains qui ont abattus et tué 4 vaillants membres de « Frères à la rescousse. »

 

Ce qui précède suppose le gel, de fait, de certaines des avancées qui avaient été obtenues grâce à des années de conversations bilatérales secrètes qui ont été révélées le 17 décembre 2014. Cependant, certaines des initiatives l’administration Obama envers Cuba qui jouissent d'un large soutien aux Etats-Unis mêle dans le secteur républicain sont conservées.

 

Cela est dû, entre autres choses, à ce que bon nombre de patrons états-uniens ont dénoncé à travers la chambre de Commerce le fait que le blocus affecte non seulement les entreprises états-uniennes mais aussi les emplois des Etats-Unis et c'est théoriquement l'un des sujet de soi-disant « très grande inquiétude » pour le président républicain. La position des patrons n'est pas nouvelle pour Trump qui, comme l'a révélé à l'époque Newsweek, a fait des affaires avec la Cuba de Fidel Castro en 1998, violant ainsi les lois du blocus des Etats-Unis.

 

Malgré les effets négatifs de ce rafraîchissement des relations avec Cuba, le Gouvernement de Trump persiste dans sa rhétorique enracinée dans la Guerre Froide, comme on a pu le voir dans son discours à l'Assemblée Générale de l'ONU le 19 septembre dernier dans lequel il a qualifié Cuba de « régime corrompu et déstabilisant » en affirmant qu'ils ne lèveraient pas les sanctions contre le Gouvernement cubain « tant qu'il n'y aura pas de réformes structurelles » en ignorant le fait que Cuba est engagée dans son propre processus « d'actualisation économique » depuis 2011. Ces leçons de morale et le réalisme politique renvoient aux discours typiques des administrations républicaines comme celles de George W. Bush ou de Richard Nixon.

 

Devant cette même Assemblée, le chancelier cubain, Bruno Rodríguez a évoqué les insultes de Trump et a réaffirmé la volonté de dialogue et de coopération du gouvernement cubain : « Cuba et les Etats-Unis peuvent coopérer et coexister en respectant les différences et en encourageant tout ce qui profite aux 2 pays et aux 2 peuples mais il ne faut pas attendre que pour cela, Cuba fasse des concessions concernant sa souveraineté et son indépendance. »

 

En considérant le processus historique et la situation actuelle, politique de Trump envers Cuba peut être interprétée comme une tentative pour prendre ses distances avec l’administration précédente et comme une concession au secteur ultra des exilés cubano-américains qui a aidé Trump à être élu en Floride (une portion minoritaire et non représentative de l'émigration cubano-américiane malgré son poids en politique intérieure des Etats-Unis). Une preuve de l'engagement du président états-unien envers ce groupe est l'inclusion de l'avocat pro-blocus et membre de l'organisation Démocratie Cuba-Etats-Unis, Mauricio Lever-Carone dans une équipe du Département du Trésor qui a le pouvoir , a avec le Département du Commerce, d »évaluer l'application ou l'assouplissement du blocus et des éventuelles sanctions pour ceux qui ne le respectent pas. C'est une mauvaise nouvelle pour le Gouvernement et pour le peuple cubains mais aussi pour les propres intérêts politiques et économiques des Etats-Unis.

 

Grâce à un système international de plus en plus multipolaire, la Révolution Cubaine peut mieux faire face à cette nouvelle situation. Mais si l’administration états-unienne actuelle bloque les opportunités politiques et économiques ouvertes par l'administration Obama, ce seront d'autres pays qui occuperont ces espaces comme les patrons états-uniens favorables au commerce avec Cuba le savent bien. Ce sont ces acteurs et d'autres secteurs sociaux qui depuis des années dénoncent le blocus pour d'autres raisons, pas nécessairement économiques, qui peuvent faire pression sur le Congrès pour forcer la levée du blocus. Et ces pressions, à un moment donné, pourrait obliger Trump à poursuivre la politique engagée par Barack Obama.

 

Les prochaines étapes du Gouvernement de Donald Trump concernant Cuba semblent être pus déterminées par la politique intérieure des Etats-Unis que par les décisions qui peuvent être prises à La Havane. Mais à la fin, le président Trump se trouvera obligé de choisir entre une politique étrangère pragmatique qui s'accorde à la géopolitique de l'Amérique Latine et des Caraïbes actuelle et un système international de plus en plus multipolaire et le retour à une politique étrangère dont il a été prouvé qu'elle est anachronique, en plus d'avoir échoué en ce qui concerne les intérêts des Etats-Unis.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.celag.org/trump-cuba-regreso-la-guerra-fria/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/10/cuba-etats-unis-retour-a-la-guerre-froide.html