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Cuba : Le retour des restes du Che

Publié le par Bolivar Infos

Interview de Ramiro Valdès

Fin 1995, le général bolivien à la retraite Mario Vargas Salinas affirmait dans une interview que le cadavre du Che était enterré sous la piste d'atterrissage de l'ancien aéroport de Vallegrande. A part cette information, y avait-il à Cuba d'autres indices qui indiquaient que les restes du Che étaient toujours en Bolivie ? Quand et comment le Gouvernement cubain a-t-il décidé d'envoyer un groupe d'enquêteurs et de scientifiques pour chercher les restes du Che ?

 

Comme on le sait, la version officielle diffusée par le Gouvernement de Bolivie après l'assassinat du Che était que son cadavre avait été incinéré et ses cendres dispersées dans la forêt bolivienne.

 

Cependant, depuis, on a eu des témoignages de villageois, de paysans et de militaires sur des endroits où pouvait être enterrés le Che et ses camarades de lutte.

 

En 1993, nous nous orientons vers l'ouverture d'une enquête historique pour déterminer ces endroits en partant de l'idée essentielle que la version officielle était une désinformation élaborée pour empêcher toute recherche éventuelle et toute enquête.

 

Les recherches qui ont eu lieu entre 1983 et 1987 ont été minutieuses et fécondes : elles ont permis de déterminer 13 endroits où les guérilleros et le Che pouvaient être enterrés qui ont eu une grande importance pour les tâches qui ont été réalisées à partir de 1995.

 

La déclaration du à la retraite Mario Vargas Salinas publiée le 21 novembre 1995 a eu une grande répercutions en Bolivie et au niveau international et a favorisé le fait que le président de la Bolivie de l'époque, Gonzalo Sánchez de Lozada, signe un décret autorisant le recherche des restes des guérilleros et leur remise aux familles pour raisons humanitaires.

 

Immédiatement, à Cuba a été créée une Commission Centrale présidée pat le Général d'Armée Raúl Castro Ruz, et composée d'anciens camarades du Che et un Groupe de Travail Exécutif pour lequel on m'a désigné et dans lequel on m'a chargé d'établir la stratégie et de suivre, pas à pas, le travail à réaliser en Bolivia et à Cuba.

 

Le docteur Jorge González, alors directeur de l'Institut de Médecine Légale a été désigné pour représenter la famille du Che, des combattants cubains et de Tania. Il était aussi chef d'un Groupe multidisciplinaire de scientifiques cubains qui, en nombre réduit, se sont rendus en Bolivie en décembre 1995 après avoir rendu visite aux familles des guérilleros et réalisé de multiples enquêtes pour établir les fiches d'identification Pre-Mortem de chaque guérilléro.

 

Une nouvelle rencontre et l'hommage éternel

 

Les travaux initiaux en Bolivie ont été réalisés conjointement avec l'Equipe d'Anthropologie Etrangère Argentine qui est rentrée dans son pays ensuite en se disant prête à se rendre à nouveau en Bolivie si nécessaire.

 

L'équipe cubaine a poursuivi son infatigable labeur en incorporant, progressivement, d'autres scientifiques et d'autres experts en fonction des tâches à accomplir.

 

Comme on pouvait s'y attendre, le Gouvernement des Etats-Unis et en particulier la CIA et certains secteurs de la droite bolivienne ont essayé de neutraliser et d'empêcher les recherches de continuer en utilisant diverses manipulations et en exerçant de fortes pressions sur le Gouvernement bolivien. Il s'agissait donc d'établir un temps limite pour ces recherches et de nombreuses actions et de nombreuses mesures ont été prises dans ce but.

 

On raconte que l'agent de la CIA d'origine cubaine Félix Rodríguez, lorsque la découverte fut proche, est venu à Vallegrande accompagné par les caméras de CNN et a indiqué l'endroit de l'enterrement à l'opposé de l'endroit où cherchaient les Cubains.

 

Plusieurs agents de la CIA d'origine cubaine ont essayé de désinformer en indiquant d'autres endroits et en inventant des « histoires » mais le résultat des recherches engagées sur les témoignages décisifs des paysans et des villageois de cette zone ainsi que la capacité scientifique et la persévérance révolutionnaire des scientifiques cubains ont permis, le 28 juin 1997, la découverte d'une fosse commune dans laquelle se trouvaient 7 corps dont l'un présentait de solides preuves que c'était le corps du Che.

 

Que pesez-vous du travail de l'équipe multidisciplinaire cubaine ?

 

Notre Commandant en Chef a qualifié cette tâche historique de « véritable exploit scientifique. »

 

Nous devons souligner qu'à ce travail d'enquête, de recherche, de découverte et d'identification des restes du Che et de ses camarades de lutte ont participé 71 scientifiques et spécialistes cubains sur lesquels 15 ont travaille, à certains moments, en Bolivie, infatigablement, en élargissant et en approfondissant les recherches historiques, en utilisant et en appliquant divers moyens technologiques modernes et d'autres créés dans ce but.

 

Pendant tout ce temps, une communication large et permanente a été maintenue avec la Bolivie qui nous informait des avancées, des difficultés et des besoins du travail qui étaient soumis, selon le cas, aux scientifiques et aux experts qui se trouvaient à Cuba pour qu'ils fassent une estimation des problèmes, cherchent d'éventuelles solutions et trouvent des réponses qui étaient transmises à la Bolivie.

 

27 institutions scientifiques cubaines ont participé à ce travail d'une façon ou d'une autre.

 

En juin 1997, finalement, les restes du Che sont découverts. Comment avez-vous reçu cette information ?

 

Nous étions convaincus que les restes du Che seraient découverts. A ce propos, nous disions alors : « Tout est question de temps... »

 

Avant la découverte de la fosse commune, nous avions trouvé les restes de plusieurs guérilléros grâce au soutien et à la collaboration des villageois de cette zone. Cela augmentait notre confiance.

 

Cependant, quand ils nous ont informé de Bolivie de la découverte de la fosse commune, l'émotion a été indescriptible. Nous réussissons !

 

Le 6 juillet, les restes du Che furent transportés à l'Hôpital Japonais de Santa Cruz de la Sierra pour qu'ils soient définitivement identifiés. En tenant compte de tout ce qui s'était passé, ne craigniez-vous pas que quelqu'un les fasse disparaître ?

 

A l'Hôpital Japonais de Santa Cruz de la Sierra les identifications anthropologiques, anthropométriques et autres ont été réalisées par les spécialistes cubains et argentins qui avaient été convoqués dans ce but en se basant sur les données recueillies sur les fiches d'identification Pre-Mortem qui avaient été faites à Cuba avant le départ du Groupe multidisciplinaire en Bolivie. Une fois les restes du Che et de ses camarades à Cuba, on les identifiés par l'ADN et ces identification ont confirmé les identifications précédentes.

 

Pendant que les restes du Che et des guérilléros trouvés dans la fosse commune étaient à l'Hôpital Japonais, toutes les mesures de sécurité possible sont été prises pour garantir la protection et la sécurité des scientifiques.

 

Dans quelles conditions s'est produit le transfert des restes du Che à Cuba lors d'une mission dont Fidel vous avait chargé ? Peut-être la mission la plus difficile de votre vie révolutionnaire ?

 

Ca a été une tâche très difficile et dure pour nous. Nous avons voyagé dans un charter de la Cubana de Aviacion spécialement affrété et préparé pour cette mission.

 

Nous sommes arrivés à l'aéroport de Viru-Viru et les autorités boliviennes ne nous ont pas autorisé à descendre de l'avion. Ensuite, elles ont accepté en nous inscrivant au petit aéroport de Santa Cruz de la Sierra.

 

Les restes placés dans leurs urnes d'acajou respectives ont été montées sur la passerelle de l'avion en faisant une chaîne entre les scientifiques et les fonctionnaires cubains. Une fois dans l'avion, les urnes ayant été correctement installées, nous sommes partis pour Cuba en silence.

 

Pendant ce long voyage, j'ai revu par la pensée, comme si c'était un film, beaucoup des moments que nous avions partagés avec le Che.

 

Le samedi 12 juillet, l'avion de la Cubana de Aviacion transportant les restes de Ernesto Che Guevara a atterri sur la Base Aérienne de San Antonio de los Baños au coucher du soleil. Ce n'était pas un soir comme les autres. Vous avez rendu un rapport militaire au Commandant en Chef : « La mission de transporter les restes du Commandant Ernesto Che Guevara et d e4 de ses camarades tombés au combat a été accomplie, » a-t-il dit. Quels sentiments a éprouvé Ramiro Valdés l'homme,le guérilléro ? Comment Fidel se souvient-il de ce jour ?

 

L'amitié qui peut unir les hommes qui ont combattu ensemble dans une guerre pendant des années, dans une guerre juste, pour des idéaux est quelque chose de très profond et de très spécial. Pendant les années pendant lesquelles nous avons été dans tous les conflits de cette étape de nos guerres de libération, une profonde amitié nous a unis, un profond sentiment de camaraderie et de solidarité. Cette sorte de sentiment persiste toujours et va avec le respect et la considération que j'ai toujours eu envers Fidel en tant que guide et chef de notre mouvement et en tant que dirigeant de notre invincible Révolution et envers le Che, en tant que mon chef dans le conflit de l'invasion de l'Occident.

 

Comme beaucoup d'entre nous, j'ai connu le Che au Mexique et à partir de là, nous avons commencé à sentir en lui et à identifier un homme avec des convictions anti-impérialistes profondes et un courage sans limites mais qui avait en même temps une grande culture et un grand humanisme. Ce sont toutes ces qualités qui l'ont amené à se joindre immédiatement à notre mouvement et à être l'un des combattants qui avaient la confiance absolue de Fidel. Sa décision de quitter Cuba pour combattre sur d'autres terres, il l'avait prévue avec sa maturité politique alors qu'il était très jeune.

 

Quand nous avons été désignés par Fidel pour accomplir la tâche de transporter à Cuba les restes du Che et de ses camarades, nous l'avons accepté comme une mission dans un combat décisif qui ne pouvait pas être perdu. Nous avons déjà expliqué le travail de l'équipe qui a accompli cette mission. Nous avions un engagement envers Fidel et Raúl et en même temps envers mon camarade, chef de la colonne d'invasion «Ciro Redondo» qui était tombé sur la terre de Bolivie dans son combat permanent contre l'injustice, une lutte qu'il avait commencée très jeune. Arriver à Cuba et voir Fidel recevoir la mission a été un moment qui a suscité beaucoup de sentiments de toutes nos vies. Pour avoir été accomplie et avoir été très importante, elle n'en était pas moins une mission très douloureuse et, d'une certaine manière, nous avions le cœur triste. Mais nous rentrions en ayant accompli notre devoir et cela nous donnait la force nécessaire, la certitude, la tranquillité d'avoir fait ce que nous avions à faire.

 

Pour diverses raisons, Santa Clara a un sens particulier dans la vie du Commandant Ernesto Che Guevara. A la tête de la Colonne 8, il a libéré la ville, un coup mortel pour la tyrannie de Batista. Sa femme cubaine, la mère de 4 de ses enfants, est de Santa Clara et il est revenu là plusieurs fois en temps de paix. Pensez-vous que Che Guevara aurait aimé reposer pour l'éternité dans la ville qui l'accueille aujourd'hui comme un fils ?

 

Nous pensons que pour le Che, la vieille province de Las Villas, aujourd'hui, Villa Clara en partie et la ville de Santa Clara a été un endroit particulier de la géographie cubaine. Là, il a livré une bataille importante et décisive pour le triomphe du 1° janvier 59 et aussi, il a connu ma camarade avec qui il s'est marié et qu'il a aimée, la mère de 4 de ses enfants. Mais ce n'était pas une personne prédisposée à avoir des sentiments de grandeur ni à penser que le peuple devait lui rendre les honneurs. Il a été capable de faire beaucoup pour le triomphe de la Révolution cubaine et pour beaucoup de démunis dans le monde. Je pense qu'il a été heureux d'avoir été pendant sa vie un homme fidèle à ses idéaux.

 

Quand, après le triomphe de la Révolution, ses parents sont venus le voir à Cuba, son père lui a demandé ce qu'il allait faire de sa vie de médecin et ensuite, après une réponse un peu en forme de plaisanterie, il a dit qu'en vérité, il ne savait pas dans quel endroit du monde il laisserait ses os. Ses idées de lutte et sa disposition à la lutte étaient universelles.

 

L'important, c'est que le peuple cubain, 50 ans après sa mort, s'en souvient et s'occupe avec amour de ce lieu historique qui conserve ses restes et ceux de sas camarades de lutte en Bolivie.

 

L'empreinte du Che, qui était latente en Amérique Latine et dans les Caraïbes, en Afrique et dans le monde entier est très enracinée dans toute Cuba et en particulier à Santa Clara mais les os du Che et de ses camarades ne sont pas venus se reposer à Santa Clara... Fidel les a reçus comme le « détachement de renfort » pour protéger, alimenter et renforcer idéologiquement les générations actuelles et futures de révolutionnaires cubains dans la lutte anti-impérialiste et dans la construction du Socialisme.

 

50 ans après la mort du Che, le Commandant de la Révolution Ramiro Valdés Menéndez, chaque fois qu'il se rend à Villa Clara pour une raison ou pour une autre, finit en rendant visite au Commandant Ernesto Che Guevara dans la niche où reposent ses restes. Est-ce que ce sera un hommage éternel ?

 

Nous nous rendons à cet endroit chaque fois que nous sommes à Santa Clara. Oui, c'est une nouvelle rencontre et nous pensons que c'est un devoir de venir ici. C'est, comme tu dis, une nouvelle rencontre qui nous donne chaque fois plus de force pour continuer notre lutte qui sera éternelle parce que nous sommes tout un peuple et derrière nous, d'autres viendront, c'est pourquoi cette lutte sera éternelle et cet hommage aussi.

 

Source en espagnol :

http://www.radiorebelde.cu/noticia/un-reencuentro-tributo-eterno-20171007/#.WdkaVhZLD7Y.facebook

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