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Cuba-Etats-Unis : Trump, le blocus de Cuba et la contra de la Floride

3 Novembre 2017, 18:16pm

Publié par Bolivar Infos

 

par Carlos Fazio

Mercredi 1° novembre, le vote à l'Assemblée Générale des Nations Unies contre le blocus économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis à Cuba depuis 1960 sera la première défaite de la diplomatie de guerre de Washington sous l’administration de Donald Trump.

 

Après les modestes pas faits par Barack Obama, l'aveuglement et l'obstination de Trump et de sa troïka de généraux (James Chien fou Mattis, secrétaire à la Défense, H. R. McMaster, conseiller à la Sécurité Nationale et John Kelly, chef de cabinet) les empêche devoir qu'ils conduisent les relations bilatérales sur un terrain où les autorités cubaines sont habituées à combattre et sont les plus fortes : l’affrontement sur la base des règles du droit international : outre que c'est un facteur d'unité intérieure qui, loin d'affaiblir le Gouvernement cubain, lui permet d'augmenter son soutien à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

 

Comme la chancellerie cubaine l'a souvent répété à différents présidents étasuniens, toute stratégie destinée à changer le système politique, économique et social à Cuba, que ce soit celle qui prétend y arriver grâce à des pressions et des exigences ou en employant des méthodes de déstabilisation plus subtiles et secrètes sera vouée à l'échec.

 

Depuis 1992, quand Washington a renforcé le blocus en approuvant la Loi sur la Démocratie Cubaine extra-territoriale (aussi connue comme Loi Torricelli), Cuba a encouragé et obtenu un vote de condamnation à l' ONU à 25 reprises consécutives. En 2016, elle a obtenu le soutien de 191 Etats sur les 193 qui font partie de cet organisme. Seuls les Etats-Unis et Israël se sont abstenus. Cependant, dans un défi ouvert envers ce consensus et envers le droit international, Trump a renforcé le blocus en juin de cette année, ce qui pourrait ramener les relations avec Cuba aux pires moments de la guerre Froide.

 

Le 16 juin dernier, après avoir prononcé un discours plein de rhétorique hostile au théâtre Manuel Artime de la Petite Havane de Miami, Trump a signé une directive intitulée « Memorandum Présidentiel de Sécurité Nationale sur le Renforcement de la Politique des Etats-Unis envers Cuba.

 

Le principal objectif de ce memorandum est de revenir sur les avancées faites par le prédécesseur de Tump à la présidence après que le 17 décembre 2014 les présidents Raúl Castro Ruz et Barack Obama aient fait connaître leur décision de rétablir les relations diplomatiques et d'engager un processus vers la normalisation des relations bilatérales.

 

Poussé par la mafia anti-castriste et anti-patriotique composée par les Cubano-américains de Miami, le magnat est revenu à la vieille et maladive obsession qui a déçu 11 administrations successives de la Maison Blanche de Dwight Eisenhower à Obama, en passant par Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Bush père, Clinton et Bush fils.

 

Selon l'expert étasunien Arnold August, la rédaction de ce memorandum destiné à provoquer un « changement de régime » à Cuba est retombé essentiellement sur le conseiller à la sécurité nationale, le général H.M. McMaster et sur le chef de cabinet Reince Prebius, conseillés par le sénateur Marco Rubio et le député Mario Díaz-Balart, 2 membres du noyau dur de l'industrie de la contre-révolution Floride.

 

Marco Rubio, qui a été ridiculisé par Trump aux élections primaires du Parti Républicain, est membre du Comité de Renseignement du Congrès et sous l’administration actuelle, est redevenu un acteur de la politique étasunienne envers Cuba et plaide pour un durcissement du blocus et la rupture des relations. Mario Díaz-Balart, dont le père et le grand-père ont soutenu la dictature de Fulgencio Batista poursuit les mêmes buts.

 

Les 2 politiciens républicains viennent de Floride, un état très disputé où les cubano-américains représentent plus de 5% de l’électorat. Bien que leur influence ait baissé depuis quelques temps, tous 2 ont encore une influence importante sur les principaux médias du sud de la Floride, même sur la radio et la télévision, ainsi que sur El Nuevo Herald, l'édition en espagnol du Miami Herald.

 

Le Gouvernement de Raúl Castro a modifié peu à peu le système politique et économique de Cuba et s'est ouvert à l'investissement étranger et au seul marché qui existe dans le monde. En ce sens, renforcer le blocus va contre les propres intérêts du magnat Trump en tant qu'homme qui a réussi en affaires et montre sa double morale.

 

D'autre part, le blocus affecte directement les intérêts des chefs d'entreprises cubano-américains qui ont voté pour Trump et veulent investir sur l'île car il commet une véritable stupidité politique en renforçant la politique d'isolement au lieu d'y mettre fin.

 

Plusieurs sondages réalisés aux Etats-Unis dont celui du Centre d'Enquêtes PEW (Pew Research Center), un think tank qui a son siège à Washington qui donne des informations sur des problématiques, des attitudes et des tendances caractéristiques des relations de ce pays avec le monde, révèle que 76% des Etasuniens consultés soutiennent le processus de normalisation des relations avec Cuba engagé par Obama. De même, il montre que 65% des républicains, 83% des démocrates y 75% des indépendants interrogés soutiennent ce processus.

 

Un autre sondage de l'Université Internationale de Florida (Florida International University, FIU) montre que que 68% de la population de l'état de Floride soutient le processus de normalisation des relations dont 90% des jeunes et 83% des électeurs enregistrés.

 

Cuba est l'un des pays les plus sûrs du monde. C'est pourquoi les manipulations politiques et médiatiques concernant de soi-disant troubles touchant des étrangers sur son territoire sont insoutenables et font partie des manœuvres de déstabilisation conçues par des secteurs qui tirent les ficelles de la politique envers Cuba comme les susdits Marco Rubio y Mario Díaz-Balart, en plus de Carlos Curbelo, Ileana Ros-Lehtinen, Ted Cruz, Bob Menéndez et Albio Sires, qui dirigent actuellement une coalition de congressistes d'extrême-droite républicains et démocrates qui a intérêt à maintenir le blocus et à faire reculer les relations bilatérales.

 

En laissant la « politique cubaine » dans les mains de cette coalition de législateurs qui font fortune avec l'industrie de la contre-révolution qui a son épicentre à Miami, Trump se heurte aux intérêts d'acteurs étasuniens importants comme Airbnb, neuvième compagnie pour les revenus du tourisme, des secteurs de l'agriculture qui traversent l'une de leurs pires crises depuis 1930 et des producteurs de produits laitiers qui perdent tous les ans les millions de dollars que Cuba dépense pour ce secteur.

 

En guise d'exemple, la récolte de 2016 a atteint un chiffre record aux Etats-Unis mais reste dans les entrepôts pleins de blé, de maïs et d'autres céréales par manque de marchés. Le blé est le second secteur d'importation pour cuba et elle l'achète au Canada, Chine et en France, qui font du profit au détriment des fermiers de l'Union américaine à cause du blocus.

 

Selon les dires du sénateur républicain du Kansas, Jerry Moran, des études sur l'alimentation de la population cubaine montrent qu'à cause des restrictions du commerce avec Cuba, les agriculteurs des Etats-Unis ont perdu 1 000 millions de dollars d'exportations entre 2013 et 2015.

 

Le durcissement du blocus affecte aussi les entrepreneurs privés cubains – les secteur privilégié par Barack Obama comme l'un des outils principaux de sa politique secrète de « changement de régime » à Cuba – directement liés au secteur du tourisme qui pourraient perdre jusqu'à 21 millions de dollars dans les mois qui viennent. Ces entrepreneurs ont hébergé, nourri et transporté une partie importante des 285 000 visiteurs étasuniens qui se sont rendus à Cuba pendant les 5 premiers mois de 2017 et dont on prévoit qu'ils seront les grands perdants de l'application des nouvelles mesures introduites par l’administration Trump.

 

Moralité ? A blocus étasunien contre Cuba durci, plus de portes du marché cubain naissant ouvertes aux investisseurs européens et latino-américains.

 

Le vote contre le blocus de Cuba à l'ONU, mercredi, ira encore une fois en sens inverse de la position de Washington et de son associé privilégié au Moyen Orient, Israël. Cependant, malgré le consensus international, il est prévisible que les généraux qui ses ont approprié le contrôle de la Maison Blanche : James Chien fou Mattis, H. R. McMaster et John Kelly, continueront à appliquer contre Cuba une politique de guerre non conventionnelle et asymétrique qui, dans ses différentes phases et ses différentes modalités, a déjà échoué après le triomphe de la Révolution en 1959.

 

La Jornada

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.lahaine.org/trump-el-bloqueo-a-cuba

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/11/cuba-etats-unis-trump-le-blocus-de-cuba-et-la-contra-de-la-floride.html