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Amérique Latine : Les nouveaux mouvements de droite :

15 Février 2018, 17:48pm

Publié par Bolivar Infos

 

par  Camille Vollenweider

Les nouveaux groupes de droite dans la région constituent un univers politique et sociologique bigarré comme celui de leurs prédécesseurs immédiats. Leur grand point commun est la mentalité libérale dans le domaine économique et, sauf pour de rares exceptions, leur réaffirmation de positions néolibérales dans le domaine moral comme le droit à l'avortement et la consommation de drogues.

 

Mais bon, la jeune droite, au moins dans ses positions publiques, reste conservatrice.

 

Une bonne partie des jeunesses émergentes de la droite reviennent à des personnalités qui se sont ouvert un espace à l'intérieur des partis traditionnels de la dynamique latino-américaine en utilisant de vieilles structures du parti et des parrains politiques qui les contrôlent. Certains de ces « juniors » ont commencé leur vie politique dans ces partis sous la protection de relations personnelles ancrées dans leur tradition familiale – politique ou dans l'entreprise – d'autres (les moins nombreux) sont parvenus à la politique institutionnelle grâce à leur famille mais ont réussi en quelques années à lier avec succès à elle, en particulier à partir des mouvements étudiants d’opposition, aux « populismes » de la dernière décennie. Sans prétendre être exhaustifs, nous présentons à la suite certaines des groupes les plus représentatifs.

 

Les filleuls de la vieille droite

 

Dans le panorama de la jeune droite latino-américaine se détachent ceux qui ont commencé leur carrière politique non seulement dans un parti traditionnel mais dans des familles présentes depuis des décennies dans la sphère publique, pas toujours démocratique.

 

Dans ce groupe se trouvent « Marito » Abdo Benitez (Paraguay, 1971) et Nicolas Massot (Argentine, 1984), tous 2 des personnalités émergentes du Parti Colorado et du PRO respectivement et membres de familles de personnalités bien connues liées aux dernières dictatures militaires dans les 2 pays.

 

Massot, neveu de Vicente Massot, plusieurs fois l'objet d'une enquête pour des crimes contre l'humanité, est actuellement député et président du bloc de députés PRO à la Chambre Basse. Diplômé d'économie de l'Université (privée) Torcuato Di Tella, il a commencé sa carrière politique en utilisant les relations de son oncle et de son beau-père, German Kammerath1, condamné à la prison et inéligible pour administration frauduleuse. Alors que Mauricio Macri (PRO, parti proche des mentors de Massot) était chef de cabinet de la ville de Buenos Aires, il était directeur directeur général de la Réforme Politique et Institutionnelle et ensuite a été directeur de Maisons de la Ville et, étant donné ses liens familiaux avec Kammerath, il s'est implanté dans la province de Cordoba. Il a été élu député national pour cette province et est aujourd'hui l'un des hommes forts de Macri là.

 

Dans le domaine économique, Massot est un libéral de pure souche comme ses coreligionnaires politiques et bien qu'il n'y ait pas d'uniformité dans les jeunesses PRO concernant les positions sur l'élargissement des droits civils, il s'est exprimé contre le droit à l'avortement. Dans les rares occasions où on lui a posé des questions sur son opinion sur la dictature militaire et sur son oncle Nicolas – fidèle à l'argumentation du PRO – il a l'habitude de détourner ses réponses vers un sujet épineux pour le Gouvernement antérieur : « Ma parenté n'a rien à voir parce que nous parlons d'une chose, pour dire le moins, manipulée en vue d'une persécution médiatique comme le Gouvernement précédent nous y habitués (…) Notre génération a été complice tactiquement de violations sans fin des droits de l'homme et de disparitions constantes à cause de la traite de personnes et du trafic de drogues sur lesquels le Gouvernement précédent a fermé les yeux. Il a passé son temps à discuter des droits de l'homme du passé et pas de ceux du présent.

 

« Marito » Abdo Benitez a une trajectoire identique. Fils du secrétaire privé d'Alfredo Stroessner et possédant une importante fortune familiale, Marito a réussi en quelques années à s'ouvrir une voie prometteuse dans le Parti Colorado grâce au petit-fils de « Goli » Stroessner Dominguez. Il y est entré en 2005 et, en 2013, était déjà sénateur national. Actuellement, il est président du Pouvoir Législatif pour le Parti Colorado et c'est l'un de ceux qui rêvent d'être candidats à la Présidence pour le Parti Colorado, un espoir dont la réussite dépendra de la possibilité qu'aura Horacio Cartes – qui dirige une faction opposée à l'ANR-PC – de se représenter ou pas. Pour le moment, un bonne partie de ses actions politiques sont plus destinées à réduire les possibilités de Cartes qu'à faire voir son programme de gouvernement. En tant qu'opposant, « Marito » fait sans arrêt allusion au Gouvernement d'Horacio Cartes comme à une espèce d'association pour faire des affaires à partir de l'Etat, laissant entendre que sa gestion serait à l'opposé bien qu'il soit entrepreneur de profession comme Horacio. Et aussi comme Massot, sa « consanguinité » avec la dictature est détournée par la rhétorique : « Je ne vais jamais justifier uen seule torture mais nous ne pouvons pas dire que cela soit une question purement liée à Stroessner. »

 

Luis Lacalle Pou (Uruguay, 1973) provient d'un autre versant historique et politique familial mais il a aussi fait carrière à l'ombre de son nom et du parti auquel appartient son père, l'ex-président de l' Uruguay Luis Alberto Lacalle (Parti National). Elève de la British School de Montevideo et avocat diplômé de l'Université Catholique de l'Uruguay, Luis (fils) est actuellement sénateur de la République après avoir été 3 fois député et candidat à la présidence en 2014.

 

Combinant le style « frais et de rechange, » Luis Lacalle Pou soutient, bien qu'avec un langage très peu axé sur la l'affrontement et bien plus mesuré, de vieilles recettes libérales comme celles mises en place par son père : ajustement fiscal, réduction des impôts, traités de libre commerce (assouplissement du MERCOSUR) et privatisations.

 

Comme Luis Lacalle Pou, Ivan Duque (Colombie, 1976) est un jeune émergent de la droite qui a fait ses premiers pas en politique en tant que fils d'Ivan Duque Escobar, l’ex-Conseiller National et ministre. Avocat et titulaire d'un master en Droit Economique et Gestion des Politiques Publiques il est entré dans l'arène politique comme conseiller de Juan Manuel Santos quand celui-ci était ministre des Finances. De là, il a été catapulté Conseiller Principal de Colombie au Directoire Exécutif de al Banque Inter-américaine d eDéveloppement (BID). En 2014, il est entré dans la liste fermée du Centre Démocratique au Sénat de la République et depuis lors, il est sénateur pour le parti uribiste.

 

Duque s'est replacé comme candidat à la présidence aux élections de 2018 après la victoire inattendue du Non au plébiscite sur la ratification des Accords de Paix entre le Gouvernement et les FARC.

 

Pour monter dans la carrière politique, il a développé une stratégie de communication caractérisée par son éloignement du discours belliciste tellement tenu par ses compatriotes pour se concentrer sur la « sécurité des investissements, » une chose que l'élite patronale a pris en considération et qui lui a servi pour trouver des soutiens importants dans le parti d'Uribe. Et aussi en dehors, dans une société très mécontente de l’administration Santos.

 

En Equateur, Pablo Arosemena, économiste diplômé à UEES avec un master en Action Politique de l'Université Francisco de Vitoria et un autre de l'Université Roi Juan Carlos, est président de la Chambre de Commerce de Guayaquil. A 35 ans, c'est le plus jeune qui ait été à la tête de cet organisme. Il vient aussi d'une vieille famille : son grand-père maternel, Gustavo Marriott, a été directeur de la Chambre dans les années 70 et un parent éloigné, Eduardo Arosemena Merino, a fait partie des fondateurs de cette Chambre. « Je m'y sens très lié et fier de cet héritage. »

 

Arosemena est un libéral en totale opposition avec le « Socialisme du XXI° siècle. » Il envisage donc, dans le cadre de la Loi sur les Primes l'élimination du paiement anticipé de l'impôt sur le revenu, des sauvegardes « parce qu'elles empêchent la dynamisation de l'économie » et l'élimination de l'impôt sur la sortie de devises.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos


NOTE:

1Affilié à la presque défunte Union du Centre Démocratique (UCEDE).Ex-secrétaire pour les Communications de Carlos Menem et es-intendant de Cordoba. Député national pour cette province. Est aujourd'hui l'un des hommes forts de Macri là.

Source en espagnol :

Banque de Développement Economique et Social du Venezuela (BANDES), 2017, Bulletin el Chilito, 6 février 2018

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/02/amerique-latine-les-nouveaux-mouvements-de-droite.html