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Venezuela : Exode massif ?

17 Février 2018, 18:05pm

Publié par Bolivar Infos

 

Des médias vénézuéliens et internationaux répètent des mensonges sur le Venezuela pour alimenter le chaos et le dossier de la « crise humanitaire. » L'un d'entre eux, celui qui a eu le plus de poids ces derniers mois est le soi-disant « exode massif »  de Vénézuéliens.

 

« Des centaines de milliers, » c'est un mensonge

 

Dans le contexte de la guerre psychologique, des idées sont lancées du Venezuela comme un boomerang vers les Etats-Unis où elles sont validées dans les entreprises de communication et reviennent pour perturber la population pour semer la peur et l'incertitude.

 

C'est la route qu'a parcouru la plus récente « information » sur l'émigration vénézuélienne : dimanche 12 février, le journal colombien El Tiempo publie une interview d'un sociologue vénézuélien qui donne des chiffres faux et tendancieux à propos de l'émigration vénézuélienne : il dit que 4 millions de Vénézuéliens ont émigré, presque la moitié pendant ces 2 dernières années. Il faut noter que ce journal a été vendu récemment par la famille du président Santos à qui il a toujours appartenu mais dans le cadre de l'accord de vente, la direction qui définit la ligne éditoriale est conservée.

 

Le lendemain, la 13 février au matin, The Wall Street Journal (WSJ) reprend le même article, cite les mêmes fausses données mais se concentre sur la comparaison avec la situation de la Syrie. Le récit qui parcourt l'axe Colombie-Etats-Unis arrive au Venezuela grâce aux médias de l'opposition vénézuélienne comme La Patilla qui publie une traduction de la version du WSJ.

 

Mais qui fait les déclarations destinées à provoquer ce récit ? Il s'agit du sociologue Tomás Páez qui s'est consacré, professionnellement, à enquêter sur les entreprises mais qui, ces dernières années, a fait une incursion sur le sujet de la « diaspora vénézuélienne, » évidemment d'un point de vue politique qui commence à devenir évident quand il assure que 97% de l'émigration vénézuélienne s'est faite après la victoire du Commandant Chávez.

 

En outre, ce professeur devenu penseur se présente, lors de cette interview, comme le représentant de l'Observatoire Hannah Arendt. Cette organisation, dirigée par le célèbre prêtre putschiste Luis Ugalde, a remis en 2015 le Prix Heinz Sonntag de la Jeunesse 2015-2017 « en reconnaissance pour sa trajectoire et sa persévérance dans la défense des valeurs démocratiques, de la coexistence et de la paix » à rien moins que David Smolansky, ex maire d'El Hatillo et dirigeant national de Volonté Populaire.

 

Les chiffres dans l'ombre

 

WSJ utilise les chiffres de l'immigration donnés par la Colombie pour simuler « l’exode massif » : selon le Gouvernement colombien, 550 000 Vénézuéliens ont émigré en Colombie, ce qui permet de faire la comparaison avec les déplacés de Syrie et de Birmanie.

 

Ces chiffres sont tellement contradictoires que le gouverneur du département de Bolívar, membre du parti libéral, a dénoncé la semaine dernière leur incohérence. Environ 70% des personnes qui passent la frontière avec la Colombie sont nés dans ce pays, c'est à dire que ce qui se passe en réalité, c'est un retour de Colombiens ou de familles « mixtes », pas une augmentation de l'immigration vénézuélienne comme veut le montre le WSJ.

 

Mais si malgré l'engagement politique évident du porte-parole, on veut considérer les chiffres qu'il donne, certaines remarques s'imposent.

 

Ces mensonges ont évidemment des objectifs économiques et politiques très clairs. Le premier est de montrer faussement – comme le fait le WSJ – qu'un « migrant » et un « réfugié », c'est al même chose, ce qui est une erreur honteuse pour toute personne qui gère la moindre information à ce sujet. La Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (ACNUR) lui-même a appelé instamment à utiliser correctement ces termes si différents dont le mauvais usage conduit à de graves conséquences pour les 2 populations.

 

Par exemple, une différence très importante qui doit mettre en valeur ceux qui demandent l'asile est qu'une fois accordé l'asile, le pays qui l'a accordé ne permet pas de rentrer dans son pays d'origine sans révoquer ce statut. Penser par exemple que les migrants, les milliers de réfugiés de Syrie, de Birmanie ou du Soudan, si ça ne provient pas d'une grand ignorance, montre une caricature insensible et irrespectueuse de populations qui ont été victimes de massacres et même de violations massives des droits de l'homme comme on peut le voir avec plus de sérieux dans les sources apportées par les Nations Unies.

 

La comparaison de l'émigration vénézuélienne avec les déplacés de Syrie ou de Birmanie est destinée non seulement à situer le Venezuela dans une zone de conflit international mais aussi cache une énorme faiblesse d’arguments : les raisons pour émigrer ne viennent pas d'une persécution de l'Etat – ou de groupes mercenaires ou terroristes – contre des dizaines de milliers de personnes pour leur condition ethnique, leur nationalité ou leur appartenance politique, des raisons que les agences de l'ONU utilisent pour qualifier un groupe de personnes de « réfugiés. » Une situation qui entre dans le cadre du conflit syrien où des groupes radicaux financés par les Etats-Unis comme Daesh ou al-Qaida commettent des violations contre la vie de la population parce qu'ils sont syriens et qui, en dernier recours, doivent partir pour rester en vie.

 

Un cas très différent de celui du Venezuela où l’émigration est motivée par le blocus financier induit par les Etats-Unis et par les manipulations du marché des changes qui ont rendu l'inflation du pays plus aigüe, une stratégie qu' en 2017, les porte-paroles de l'opposition vénézuélienne ont réaffirmée comme nécessaire pour le changement de régime.

 

Une autre remarque est mathématique. Monsieur Páez donne des chiffres de Consultores 21 selon lesquels « le pourcentage de familles qui ont un membre qui a émigré est de 29, » ce qui laisse supposer que les 71% restants en ont moins. Mais ensuite, l'éditorialiste d' El Nacional dit que, selon le même institut de sondages, « la moyenne des personnes émigrées par famille atteint 1,97. »

 

En somme, cette idée créée par l’opposition vénézuélienne, publiée par la presse colombienne liée à Juan Manuel Santos, reprise par la presse étasunienne et ensuite rediffusée par les médias d'opposition vénézuéliens est basée sur des mensonges très mal construits qui défient les catégories sociologiques établies par les organismes internationaux et même l'arithmétique de base.

 

Mais il y a plus. Non seulement ils ne font pas la différence entre « réfugiés » et « immigrants » mais ils confondent aussi « immigrants » et ressortissants qui reviennent » : les personnes qui entrent pour s'établir dans le pays qui veulent un travail temporaire pour rentrer quelques jours plus tard dans le pays où elles continuent de vivre – dans ce cas, le Venezuela – ou simplement passer en allant dans d'autres pays moins pauvres ou moins violents que la Colombie.

 

L'utilité de ces idées pour le Gouvernement de Colombie et les plans d'ingérence des Etats-Unis contre le Venezuela a été abordée plusieurs fois sur ce site. Le récit de la soi-disant crise de réfugiés vénézuéliens en Colombie se construit depuis plusieurs mois, est en grande partie basé sur de gros mensonges mais ses objectifs politiques et économiques restent très clairs.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/argumentos-para-desmontar-la-falsa-matriz-de-la-masiva-migracion-de

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/02/venezuela-exode-massif.html