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Venezuela : Henry Ramos Allup

12 Février 2018, 17:20pm

Publié par Bolivar Infos

 

Peu de gens ont pensé qu'Henry Ramos Allup (Valencia, Venezuela, 17 octobre 1943) reviendrait au centre du débat public et avec lui son parti Action Démocratique (AD), la formation qui a organisé les 4 décennies de la IV° République (1958-1999). On lui a demandé récemment comment ils avaient pu revenir et sa réponse a été tranchante : « Nous ne sommes jamais partis. »

 

Il est impossible de comprendre le Venezuela sans l'influence des vieux membres d'AD. Le parti fondé en 1941 par Romulo Bétancourt sous les pré-supposés de l'anti-impérialisme, du progressisme et de l'interclassisme est devenu, après la dictature de Marcos Perez Jimenez (1958) le principal pilier du système démocratique représentatif connu sous le nom de IV° République qui, dans la pratique, a obtenu la caution aux élites, la formation de classes moyennes plus solvables que le reste de l'Amérique Latine grâce au pétrole et laissé la majorité du peuple loin de al répartition de la richesse et du jeu politique.

 

Rapidement, l'adéquisme est devenu synonyme de pratiques clientélistes, de népotisme, de corruption et de soumission des pouvoirs publics aux intérêts privés. S’étendant sur tout le territoire, son influence arrivait même jusqu'aux derniers recoins du pays.

 

L'esprit d'AD est arrivé à configurer la pensée hégémonique de plusieurs générations. 4 présidents qui ont occupé leur charge pendant 25 ans sur les 40 qu'a duré la IV° République ont fait partie d'AD : Romulo Bétancourt, Raùl Leoni, Carlos Andrès Perez (2 fois) et Jaime Lusinchi.

 

Henry Ramos Allup appartient à cette tradition. Ce dirigeant septuagénaire est considéré comme un homme politique sagace, astucieux, plus malin qu'intelligent, avec un sens de l'humour acéré qui l'unit aux classes moyennes et expert dans la plomberie des pactes signés en coulisses loin de la lumière publique.

 

Depuis 1992, il occupe un poste de député au Congrès vénézuélien (sauf de 2005 à 2010 quand l'opposition a décidé en bloc de ne pas se présenter aux élections en considérant que l'impartialité n'était pas garantie).

 

Secrétaire général d'AD depuis l'an 2000, il a toujours cherché à marquer ses distances avec les partis de la droite qui émergent comme Primero Justicia, Un Nouveau Temps ou Volonté Populaire et il a même essayé de se démarquer – sans succès aux yeux de l'opinion publique – du coup d'Etat de 2002 même s'il a soutenu d'autres actions comme le sabotage pétrolier de 2002-2003 et le boycott des élections législatives.

 

Depuis l'avènement du chavisme, aussi bien Ramos Allup qu'AD semblent relégués au second plan sous la poussée d'autres forces et d'autres personnalités comme Capriles Radonski, Leopoldo Lopez ou Maria Corina Machado. En privé, son obsession a toujours été de conserver la cohésion de la Table de l'Unité Démocratique (MUD) comme condition indispensable pour attaquer le pouvoir. Ainsi, il a condamné tout ordre du jour particulier des partis de la MUD parce qu'il considère que cela compromet la cohésion. Dans ses critiques était incluse la stratégie de La Sortie, les mobilisations de rue convoquées par Leopoldo Lopez ou Maria Corina Machado et Antonio Ledezma début 2014 qui ont fait 43 morts.

 

Les élections législatives du 6 décembre 2015 ont changé complètement le panorama. La MUD était tombée d'accord pour que la présidence de l'Assemblée Nationale soit une présidence tournante et que le parti qui avait obtenu le plus de voix l'occuperait en premier.

 

Grâce à sa large implantation territoriale dans des élections avec une sur-représentation des circonscriptions les moins peuplées, Action Démocratique s'est imposée face à des formations dont la présence était circonscrite à de grands noyaux urbains comme Primero Justicia, Un Nouveau Temps ou Volonté Populaire.

 

Henry Ramos Allup a été président du Parlement en 2016. Toute l'attention étant centrée sur sa personne, il a recouru à l'ironie créole traditionnelle, au légalisme officiel exacerbé que les membres d'AD ont toujours affiché, a agi de façon disproportionnée en faisant retirer les portraits de Bolivar et de Chavez de la Chambre. Dès le premier jour, il a choisi pour cibles de ses attaques son prédécesseur dans ce poste, le chaviste Diosdado Cabello, pour mettre en scène l'idée que les temps avaient changé. La presse locale rapporte ses sorties nocturnes pour se rendre à des spectacles et dans des lieux d'oisiveté, ses fils mettent sur les réseaux sociaux des scènes familiales...

 

En définitive, il donne l'impression qu'il construit un profil de président alors qu'il continue à voler la vedette à d'autres dirigeants comme Capriles ou Lopez. Il insiste encore et encore sur des stratégies destinées à élaborer un mécanisme pour destituer Nicolas Maduro, la plus récente étant la déclaration d'abandon de poste du président de la République, un stratagème pour mener à bien une interprétation forcée de al Constitution.

 

Sur ses prétentions présidentielles, il y a des doutes. Le premier est de savoir s'il mobilisera ces 2 millions environ d'électeurs chavistes qui se sont abstenus le 6 décembre, effrayés par le retour de la vieille politique de la IV° République qui a amené tant de souffrance sociale. D'autre part, il reste à voir comment répondraient les centaines de milliers de jeunes qui votent pour la première fois chaque année face à un homme politique qui représente plus le passé que l’avenir et pas seulement à cause de son âge.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

Banque de Développement Economique et Social du Venezuela (BANDES), 2017, Bulletin el Chilito, 6 février 2018

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/02/venezuela-henry-ramos-allup.html