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Amérique Latine : Conséquences du Traité de Libre Commerce entre l'Union Européenne et le MERCOSUR pour les travailleurs d'Argentine

1 Mars 2018, 18:17pm

Publié par Bolivar Infos

 

Il y a presque 20 ans qu'on a commencé à négocier le Traité de Libre Commerce (TLC) entre l'Union Européenne et le MERCOSUR et tout indique que ces négociations sont dans leur phase finale, énergiquement poussées par le Gouvernement de Cambiemos. Face à cette situation, les 3 centrales syndicales : la CTA Autonome, la CTA des Travailleurs et la CGT ont publié récemment une déclaration rejetant la signature du traité et alertant « sur l'impact négatif que cet accord aura sur la production nationale en général et sur certains secteurs stratégiques de la production (…). »

 

Bon, en tenant compte du fait que le TLC est négocié en secret, pouvons-nous connaître d'avance les conséquences qu'il va avoir sur le peuple laborieux en Argentine et sur le MERCOSUR en général ? Nous pensons que oui. Les traités de libre commerce sont des instruments développés par les classes dominantes des pays impérialistes pour maintenir la division internationale du travail et garantir à leurs entreprises une entrée privilégiée sur les marchés et l'accès aux ressources naturelles et à la main-d'oeuvre bon marché des pays de la périphérie. C'est, comme la dette extérieure, une camisole de force qui fait obstacle au développement économique des pays du sud du monde, érode les droits du travail et renforce la compétition entre les travailleurs à l'échelle mondiale puisqu'il provoque une « course vers le bas » des salaires et des conditions de travail.

 

Nous avons plus de 20 ans d'expérience des traités de libre commerce en Amérique Latine qui n'ont pas apporté d'améliorations aux travailleurs de la région. Regardons par exemple le NAFTA/TLCAN entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada qui est entré en vigueur en 1995. Selon la chercheuse mexicaine de l'Institut de Recherches Economiques de l'UNAM, Josefina Morales, le Mexique traverse « une crise sociale avec les chiffres les plus énormes de précarisation du travail, de pauvreté, de décomposition sociale et de misère croissante (…). L'emploi devient très précaire avec 48% de la population qui travaille sans sécurité sociale, 54,7% des 29 millions de travailleurs travaillent au noir. » Selon les données actuelles, le salaire minimum au Mexique est équivalent à 144 dollars par mois. Selon les données du Conseil National d'Evaluation de la Politique de Développement Social (CONEVAL), le pourcentage de la population considérée comme pauvre a augmenté de 10% entre 2008 et 2016 et a atteint cette année-là 53,4% des Mexicains. Morales pense que cette situation est due à ce que « le TLC a constitutionnalisé et imposé une croissance instable, toujours très faible et des inégalités intégrées dans la crise écologique en cours. »

 

Bon, on pourrait dire que signer un traité de libre commerce avec la première puissance du monde n'est pas la même chose que négocier un accord avec l'Union Européenne mais le brouillon du TLC MERCOSUR-Union Européenne qui a été connu en novembre 2017 laisse peu de doutes sur l'impact négatif qu'il aura sur l'emploi puisqu'il implique, entre autres choses, le démantèlement de l'industrie nationale.

 

Parmi les secteurs les plus touchés se trouveraient l'industrie alimentaire puisque l'Union Européenne veut imposer plus de 340 produits qui seraient commercialisés exclusivement par ses producteurs. Il s'agit de ce qu'on appelle « indications géographiques » qui affecteraient surtout les vins et les fromages argentins qui devraient chercher un autre nom pour pouvoir rester sur le marché. Cela pourrait avoir de graves conséquences sur la production et la commercialisation en Argentine et, du coup, menacerait les 60 000 postes de travail directement ou indirectement liés aux 700 industries laitières argentines et à des milliers de travailleurs des caves viticoles.

 

Pourraient se trouver également sans travail les petits et moyens producteurs agricoles qui approvisionnent les tables du pays en fruits et légumes puisque l'Union Européenne subventionne ses agriculteurs avec plus de 72 000 millions d'euros par an, ce qui rend ses produits extrêmement bon marchés. Il est alors possible que nous importions des tomates d'Italie, d'Espagne ou même de Hollande au lieu de es produire en Argentine. La même chose se passe avec les produits agricoles finis comme l'huile d'olive. C'est pourquoi la Fédération Oléicole Argentine a émis un communiqué dans lequel elle demande au Gouvernement d'exclure l'huile d'olive des négociations du TLC MERCOSUR-Union Européenne en alertant sur la perte de milliers de postes de travail dans ce secteur.

 

S'ajoute à cette liste de secteurs économiques en danger d'extinction l'industrie manufacturière. On a connu il y a quelques temps un rapport de l'Observatoire de l'Emploi, de la Production et du Commerce Extérieur (ODEP) qui dépend de l'UMET, qui indique qu'environ 186 000 postes de travail industriels (133 000 enregistrés et 53 000 non enregistrés) pourraient être perdus après la signature de l'accord, ce qui fait 11% de l'emploi industriel actuel. Les secteurs les plus touchés seraient l'automobile et les pièces détachées, la métallurgie et les chaussures, le textile, la maroquinerie et les meubles.

 

Mais les conséquences de l'accord ne se feraient pas sentir uniquement dans l'augmentation du chômage, de la précarisation du travail et par conséquent sur la pauvreté, il réduirait aussi la production de médicaments génériques puisque grâce à des clauses dans le chapitre « propriété intellectuelle » les entreprises pharmaceutiques veulent étendre les droits pour se réserver les données expérimentales. Les médicaments qu'achète le Ministère de la Santé d'Argentine seraient alors 7 fois plus chers, avec tout ce que cela implique pour le secteur de la santé publique et pour ceux qui en ont besoin parmi lesquels nos retraités déjà fortement touchés par la réforme des retraites.

 

Cela affecterait gravement la biodiversité, les biens communs et la souveraineté alimentaire du pays en portant préjudice encore plus à la santé de ceux qui vivent dans les provinces de culture du soja puisque le seul secteur dans lequel l'Argentine pourrait entrer en concurrence avec l'Union Européenne est le secteur agricole, surtout la production d'agro-combustibles et de viande. En signant cet accord, on renforcerait encore plus le modèle agro-exportateur basé sur l'élevage industriel et les monocultures transgéniques avec tout ce que cela implique pour les niveaux déjà très élevés de déforestation, d'expulsion de paysans, de contamination par les toxiques agricoles, etc... En plus, si la proposition de l'UE s'imposait, les pays du MERCOSUR seraient obligés de signer l'Accord International pour la Protection des Obtentions Végétales (UPOV) de 91, ce qui amènerait le brevetage des semences et la mise en application de la loi Monsanto par la fenêtre.

 

Et si ces raisons ne suffisent pas pour rejeter ce traité, nous devons ajouter qu'il y aura probablement une augmentation des prix parce que si les industries disparaissent, nous devrons importer de plus en plus de biens manufacturés dont la valeur ajoutée est plus forte que celle des matières premières que le Gouvernement prétend exporter. Cela demande de plus en plus de devises qu'on peut difficilement obtenir en vendant du soja et de la viande et le cercle vicieux de la dette extérieure et de la dévaluation du peso se poursuivra. Le déficit commercial qui, déjà en 2017 atteignait 8 500 000 millions de dollars, un record historique, s'envolera jusqu'aux nuages. La déstabilisation économique consécutive et les coupes de plus en plus drastiques dans le budget consacré à la santé, à l'éducation et à l'assistance sociale affecteront de plus en plus les classes moyennes et basses. Ce seront les travailleurs, les retraités, les femmes et les enfants qui souffriront le plus de ce retour vers un monde d'inégalités que le Gouvernement de Cambiemos amène.

 

L'Argentine n'a pas besoin de renforcer la libéralisation qu'amènerait l'accord MERCOSUR-Union Européenne mais d'accroître les possibilités d'une perspective s'insertion souveraine dans le système mondial en coordination avec d'autres projets régionaux pour penser l'autre monde possible et agir.

 

Buenos Aires, 27 février 2018

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/02/28/las-consecuencias-del-tlc-entre-la-union-europea-y-el-mercosur-para-losas-trabajadoresas-de-la-argentina/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/03/amerique-latine-consequences-du-traite-de-libre-commerce-entre-l-union-europeenne-et-le-mercosur-pour-les-travailleurs-d-argentine.html