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Amérique Latine : La démission de Pedro Pablo Kuczynski, un revers pour la politique d'ingérence des Etats-Unis

22 Mars 2018, 10:29am

Publié par Bolivar Infos

 

Le président du Pérou Pedro Pablo Kuczynski a démissionné mercredi après qu'ait été diffusée des vidéos sur lesquelles on voyait son Gouvernement chercher à acheter des voix pour empêcher sa destitution par le Parlement.

 

Avant que le Congrès ait pu finir de voter la demande de destitution du président présentée par l'opposition parlementaire, Pedro Pablo Kuczynski (PPK) a démissionné de la présidence après la divulgation de vidéos sur lesquelles on cherchait à acheter les voix des députés.

 

PPK a fait connaître sa démission dans un communiqué au pays, entouré de ses ministres, après la diffusion massive des vidéos révélées par le parti Force Populaire connues sous le nom de #KenjiVideos sur lesquelles on voit des membres du Gouvernement et le législateur Kenji Fujimori chercher à acheter les voix de certains députés en échange de l'exécution de travaux dans leur région.

 

Kuczynski a démissionné après 1 an et 7 mois à la présidence et après avoir esquivé une demande de destitution au Parlement en décembre de l'année dernière à cause des affaires de corruption concernant ses relations avec l'entreprise de construction brésilienne Odebrecht qui a versé des pots-de-vin à plusieurs Gouvernements et candidats de al région. C'est justement le groupe de Kenji Fujimori qui, en décembre dernier, a voté en faveur de Kuczynski et seulement quelques jours plus tard, tous les Péruviens ont vu comment leur président lui a « rendu la faveur » en graciant son père, l'ex-président coupable de génocide Alberto Fujimori.

 

Le Gouvernement de Kuczynski, ex-banquier de Wall Street, ne se caractérisait pas seulement par une situation économique critique mais par son absence de majorité propre au Congrès qui l'obligeait à négocier constamment avec la principale force d’opposition dirigée par Keiko Fujimori, une autre fille d' Alberto Fujimori, ex-candidate à la présidence.

 

Le scandale des pots-de-vin de l'entreprise de construction brésilienne Odebrecht a fini de dynamiter le peu de marge de manœuvre qui lui restait. Même ainsi, Kuczynskia pu jouer une dernière carte en décembre dernier en divisant l'un des blocs de l'opposition aux mains des frères Fujimori en achetant la voix de Kenji en échange de la liberté de son père. Cela ne lui a servi qu'à prolonger l'agonie de 3 mois puisque Keiko Fujimori, déjà séparée politiquement de son frère, a cherche des moyens pour revenir forcer une destitution par le Parlement. Cette session qui devait se tenir jeudi avant l'apparition des vidéos incriminantes que certains attribuent à Keiko, s'est déroulée comme une demande de démission.

 

Un revers pour la politique d'ingérence des Etats-Unis et un miroir pour la droite de la région

 

La démission de Kuczynski a aussi des implications dans la politique des Etats-Unis dans la région et en particulier dans leur politique d'ingérence envers le Venezuela. Lors de la récente visite de l'ex-secrétaire d'Etat Rex Tillerson qui était aussi avec Macri et Santos, le Pérou avait l'importance de serrer les rangs avec ce qu'on appelle le « Groupe de Lima » pour empêcher le Venezuela de participer au prochain Sommet des Amériques pour isoler le Gouvernement de Maduro. Le Groupe de Lima, composé d'une douzaine de pays latino-américains alignés sur les Etats-Unis dans leur politique envers le Venezuela, venait faire du lobbying pour empêcher la présence de Maduro au Sommet des Amériques qui va se dérouler dans la capitale péruvienne les 13 et 14 avril. Mais maintenant, avec la chute de Kuczynski, ils sont plus faibles pour imposer des restrictions à certains des pays de la région comme le Venezuela.

 

Dans le tableau de la région, la chute de PPK est l'expression d'une droite qui n'est pas installée, qui donne de multiples preuves de faiblesse aussi bien dans le domaine économique que parlementaire (beaucoup sont obligés de négocier et n'ont pas de majorité propre) et aussi dans ses ambitions et dans les relations de force qui existent entre les classes sociales, héritées de la période précédente et qu'il ne faut pas sous-estimer.

 

Une nouvelle présidence faible

 

La présidence sera maintenant dans les mains de Martín Vizcarra, le vice-président en quelque sorte exilé comme ambassadeur au Canada. Vizcarra, qui n'a pas de parti ni de groupe propre au Parlement était arrivé à la vice-présidence grâce à Kuczynski mais a dû être envoyé au Canada comme ambassadeur quelques mois après avoir pris ses fonctions après qu'il ait révélé qu'il avait offert de l'argent de l'Etat à une entreprise de construction qui avait en charge les travaux de l'aéroport de Cuzco. L'opposition qui était à la tête de la demande de déplacement de Vizcarra à ce moment-là, accepterait maintenant qu'il soit en charge de la présidence.

 

Si PPK a eu une présidence turbulente, on peut s'attendre à ce que celle de Vizcarra n'ait aucune autorité et dépende totalement de l’opposition parlementaire. Keiko Fujimori est la personnalité politique qui a été le plus renforcée par la chute de Kuczynski. Mais Keiko est aussi impliquée dans les scandales d'Odebrecht et les dénonciations de l'affaire lava jato en provenance du Brésil. On peut s'attendre à quelques mois pendant lesquels il sera impossible de gouverner, traversés par des manœuvres judiciaires et des ré-alignements politiques en pensant à la future et encore éloignée carrière présidentielle.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/03/21/peru-renuncia-de-pkk-es-un-reves-para-la-politica-injerencista-de-eeuu-y-espejo-para-la-derecha-regional/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/03/amerique-latine-la-demission-de-pedro-pablo-kuczynski-un-revers-pour-la-politique-d-ingerence-des-etats-unis.html