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Venezuela : Des procureurs du Ministère Public ont incité à la violence 

8 Avril 2018, 10:23am

Publié par Bolivar Infos

 

Ce 6 avril, il y a 1 an qu'a été assassiné Jairo Ortiz, la première des 142 victimes des guarimbas ou violences organisées par l'opposition en 2017 pour tenter de renverser le Gouvernement de Nicolás Maduro. Dans l'émission La Fenêtre, conduite par Enza García à Alba Ciudad 96.3 FM, la directrice du Réseau de Soutien à la Justice et à la Paix Soraya El Achkar a donné des détails sur le rapport qui a été reis en février dernier à l'Assemblée Nationale Constituante sur les personnes assassinées lors de ces événements regrettables. Elle a signalé que la justice militaire a dû être appliquée à des civils mais pense qu'il n'y avait pas d'autre issue après que de nombreux procureurs du Ministère Public soient restés les bras croisés pendant ces faits, en arrivant à l'extrémité de faire des affiches disant que ceux qui seraient arrêtés n'allaient pas être inquiétés.

 

Interview : La Fenêtre Texte Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa) 

 

Le Réseau de Soutien à la Justice et à la Paix, une organisation non gouvernementale qui, depuis plus de 32 ans s'occupe des victimes d'abus policiers, a remis en février dernier un rapport à l'Assemblée Nationale Constituante (ANC) après avoir rendu visite à de nombreuses familles de victimes mortes pendant les violences de 2017.

 

El Achkar a noté que, selon son rapport, il y a eu 142 morts pendant les violences de 2017 dont « 52 sont morts à cause d'abus de la Garde Nationale Bolivarienne, de la Police Nationale Bolivarienne ou d'un autre organisme, » c'est à dire 37%. Le reste a été de al responsabilité individuelles de personnes : « Certaines par accident de la circulation produits par le barrage de rues, d'autres se sont blessés eux-mêmes, » a-t-elle dit en particulier à propos des personnes qui sont mortes en manipulant des mortiers. « Beaucoup d'autres sont morts par armes à feu actionnées par des civils armés. » Elle a rappelé aussi qu'il y a eu des morts par lynchage et des personnes brûlées vives.

 

Elle a signalé que la société a la responsabilité de ne pas oublier : « Nous, nous pouvons pardonner mais pas oublier pour que jamais cela ne se reproduise (…) Ces choses ne peuvent jamais se reproduire dans une société comme la nôtre qui est une société de bonté et de solidarité. Ce ne sont pas les valeurs des Vénézuéliens. »

 

Elle a indiqué que l'Etat a une responsabilité pour qu'il n'y ait pas d'impunité : « Toutes les affaires doivent être résolues. Dans tous les cas, il doit y avoir la justice parce que sans justice, il ne peut pas non plus y avoir la paix. Il faut faire tous nos efforts et toute la société doit exiger qu'il n’y a ait pas d'impunité, dans aucune de ces 142 affaires. »

 

Dans plus de 40% des cas, les responsables ont été identifiés et il y a même eu des arrestations. « Ce sont des délits et face aux délits, nous ne pouvons pas être complices ni être souples et coulants . Nous devons exiger que justice soit faite et que tous les responsables soient sanctionnés. »

 

Responsabilité d'un groupe politique dans le financement

 

Le rapport du Réseau de Soutien à la Justice et à la Paix signale que beaucoup de groupes politiques d’opposition ont financé les violences de propos délibéré : « Nous, nous avons parcouru tout le pays et nous avons vu avec stupeur des témoignages de la façon dont on finançait des jeunes pour qu'ils barrent des rues, affrontent la force publique, exacerbent la violence, empêchent le passage ou fassent payer des péages. Ils offraient même de la drogue, de l'argent ou de l'alcool,profitant de al misère humaine. Ca, nous ne pouvons pas permettre que ça se reproduise. »

 

Elle a signalé aussi que ces groupes de l'opposition ont montré, surtout à la communauté internationale, qu'au Venezuela, il y avait un Etat en échec. « Par chance, on a pu les contenir et avec beaucoup de patience, on est arrivé à dissoudre tous les épisodes de violence.

 

Elle a signalé que, sur les 142 morts, 46% ne participaient pas aux manifestations. 80% étaient jeunes, 17% étaient des adolescents et 9 étaient des femmes dont aucune n'avait quelque chose à voir avec les manifestations.

 

Pour élaborer ce rapport, le Réseau de Soutien a parcouru tout le pays. « L'épisode de violence n'était pas encore terminé, les blessures étaient toutes fraîches. Cependant, ils nous ont reçus et, avec beaucoup de respect, nous avons reccueilli les témoignages. » Elle a indiqué que le rapport sera mis prochainement sur le site du Réseau de Soutien pour que tut le monde y ait accès.

 

« Ce qui est commun à tous les cas, c'est la douleur pour la perte d'un fils. En second lieu, une revendication unanime de justice, justice et encore justice ! Et les familles d'un côté et de l'autre demandent que cela ne se reproduise plus, elles ne veulent pas cela pour le Venezuela. »

 

Elle a indiqué que les familles de victimes d'opposition sont déçues parce qu'elles sentent qu'on a utilisé leurs fils. « Là, il y a eu remise d'armes non conventionnelles. Il y avait dans la rue des armes pour affronter la police hautement t mortelles et c'est pourquoi il y a eu une réaction de l'autre côté qui répondait à cela. » 

 

Elle a relaté des situations qu'on lui a rapportées : une famille de maîtres dans laquelle une des sœurs est sortie de chez elle pour porter secours à une fillette qui fuyait, la recueillir et elle a pris une balle perdue tirée par un officier de la Police de Lara. « C'était une dame qui avait des médailles olympiques, qui faisait du travail communautaire, une maîtresse du quartier, assassinée » par ces manifestations qui ont laissé beaucoup de douleur dans d'innombrables familles.

 

La justice militaire a dû être utilisée face à l'inaction du Ministère Public

 

Elle a indiqué que de la justice militaire n'aurait pas du être utilisée contre des civils parce que tous les civils doivent être jugés par des tribunaux ordinaires, par leur juge naturel. Cependant, on a dû le faire parce que le Ministère Public restait les bras croisés. « Dans certains états, nous avons eu des témoignages de procureurs participant aux violences avec des petites affiches dans les tribunaux qui disaient : ici, nous vous attendons pour ne pas vous juger, pour ne pas vous accuser. » Elle a dénoncé des ordres directs du Ministère Public à son siège central disant aux procureurs des régions qu'ils avaient l'autonomie pour qualifier les délits : « Vous ne pouvez pas qualifier ni imputer les délits. »

 

Les procureurs régionaux ont reçu des ordres directs pour rester les bras croisés et ne rien faire face à cette situation. « C'était une situation de désolation juridique, on devait faire quelque chose ! »

 

C'est pourquoi on a fait appel à la justice militaire dans le cas de certains civils : « C'est qu'il n'y avait pratiquement pas d'autre solution. Un pouvoir comme le Ministère Public restait les bras croisés » et ne mettait pas un terme à tous les délits qui étaient commis. El Achkar a signalé que plusieurs de ces procureurs ont démissionné dès que l'Assemblée Nationale Constituante s'est installée et Tarek William Saab a été nommé à la place de Luisa Ortega Díaz. « Je ne sais pas si ça a été tous ceux qui avaient été dénoncés, s'ils l'ont été ou si quelqu'un a été soumis à une enquête pour ces faits. Je profite de l'occasion pour demander qu'on enquête sur tous les procureurs » pour combattre cette situation de «  désolation juridique. »

 

Aucune violation des droits de l'homme ne peut rester impunie

 

Plus de 37% des morts ont été provoquées par des fonctionnaires de police ou des militaires. Parmi eux, selon les dernières informations que nous avons, entre 30% et 50% des responsables ont été arrêtés. « Nous avons insisté sur le fait qu'il faut absolument qu'aucune violation des droits de l'homme ne reste impunie. Indépendamment des circonstances, nous, nous devons sentir que, dans les organismes de sécurité, on trouve la certitude qu'ils vont protéger la loi et protéger les citoyens. »

 

Elle a rappelé que le président Maduro a donné des ordres directs pour que des armes à feu non autorisées ne soient pas utilisées dans des manifestations. Certains officiers de police et de la garde en ont utilisé, passant par-dessus un ordre direct du Président de la République. « Les armes de la République ne peuvent être utilisées contre le peuple et les protocoles de contrôle des manifestations sont très clairs là-dessus. Comment peux-tu passer par-dessus le protocole, un ordre donné par le Président de la République, le Code de Conduite des officiers de sécurité, par-dessus la Constitution, par-dessus la Loi Organique sur le Service de la Police et peux-tu utiliser des armes non autorisées pour blesser les citoyens ? Cela n'a aucun sens et ne peut être permis. »

 

« Comment peut-on permettre que des citoyens ordinaires viennent armés et provoquent des foyers de violence, on ne peut pas non plus permettre que les corps de sécurité abusent de leur autorité. »

 

Le Réseau de Soutien à la Justice et à la Paix cherche à se réorganiser

 

Elle a signalé que le Réseau de Soutien à la Justice et à la Paix fonctionne depuis 32 ans, prête ses services gratuitement mais qu'en ce moment, il en fonctionne pas.

 

« En ce moment, le Réseau de Soutien est dans un processus de réorganisation, nos bureaux sont fermés en ce moment, malheureusement, faute de financement. Nous sommes à la recherche de nouveaux apports pour pouvoir réorganiser le Réseau de Soutien. Pour l'instant, le service est minimum et c'est uniquement en diffusant des informations sur son site mais pour le reste, nous attendons de pouvoir réactiver l'organisation. »

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://albaciudad.org/2018/04/guarimbas-2017-el-achkar-red-apoyo/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/04/venezuela-des-procureurs-du-ministere-public-ont-incite-a-la-violence.html