Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Venezuela : Rapport post-électoral

26 Mai 2018, 18:43pm

Publié par Bolivar Infos

 

par Giordana García Sojo

Le second bulletin officiel du Conseil National Electoral (CNE) vénézuélien a annoncé qu'avec 98,78 % des bulletins dépouillés et un taux de participation de 46,02 %, l'actuel Président Nicolás Maduro a gagné les élections présidentielles (avec 6 190 612 voix, suivi de loin par Henri Falcón avec 1 917 036 et Javier Bertucci avec 988 761).

 

Les résultats ont été donnés dans la soirée du 20 mai. Cependant, quelques heures avant leur proclamation, les Gouvernements d'Argentine, du Pérou ont déclaré ne pas les reconnaître en harmonie avec le discours qu'ils ont tenu depuis la création du Groupe de Lima, en août 2017. Pour sa part,le principal candidat de l'opposition, Henri Falcón, a déclaré ne pas reconnaître ces élections quelques minutes avant que le CNE ne publie son premier bulletin. 

 

Le discrédit comme stratégie

 

Le discrédit des élections présidentielles vénézuélienne par ceux qui s'intitulent eux-mêmes « communauté internationale » (le Groupe de Lima et l'Union Européenne, dirigés par les Etats-Unis) a été une constante depuis que leur tenue a été annoncée. A l'intérieur, une opposition qui a de sérieuses difficultés pour se mettre d'accord sur un projet pour le pays qui s'oppose au chavisme sur le terrain politique a joué les cartes de l’interventionnisme international et de l'appel à l'abstention pour « fraude » et « absence des conditions requises pour des élections. » Enfin, les élections ont eu lieu au milieu des sanctions permanentes des Etats-Unis et de l'Union Européenne dans le domaine de l'économie, des attaques des médias et des attaques diplomatiques pour appeler à ne pas reconnaître l'arbitre électoral vénézuélien (avec une action particulière du secrétaire général de l'OEA, Luis Almagro) et d'un appel à l'abstention des groupes d'opposition dirigés par la coalition de partis anciennement Table de l'Unité Démocratique actuellement Front Large Venezuela Libre.

 

Malgré l'appel à l'abstention utilisé comme stratégie de discrédit, plus de 9 millions de personnes ont voté sur tout le territoire vénézuélien. Ils ont voté dans le cadre d'une grave crise économique qui a sérieuses conséquences sur la vie quotidienne de la famille. D'autre part, les élections se sont déroulées dans une ambiance de paix, ce qui est d'autant plus remarquable qu'on se souvient des graves épisodes de violence (“guarimbas”) qui se sont déroulés juste 1 an auparavant.

 

Juste après la proclamation des résultats, le discours de l'aile radicale de l'opposition, ouvertement anti-élections, met en place l'idée de non légitimité sur a base du taux de participation de 46,02 %. Mais si le système électoral vénézuélien n'est pas fiable, on peut se demander comment les chiffres de la participation et de l'abstention peuvent être valides et reconnus... Au moment de comparer le nombre de voix du candidat Nicolás Maduro avec celui de son adversaire e lus proche Henri Falcón, l'écart de 37,8 % entre eux est expliqué par les porte-parole de l’opposition comme la conséquence d'une fraude et de l'absence des conditions requises. Le double standard pout mesurer des situations et énoncer des condamnations a été l'une des façons es plus habituelles utilisées pour attaquer le processus politique vénézuélien dans toutes ses phases.

 

D'autre part, le fait que la faible participation soit utilisée pour déclarer illégitime une élection alors qu'il n'existe aucune loi sur laquelle cette affirmation puisse s'appuyer et que beaucoup des Gouvernements qui ne reconnaissent pas les élections vénézuéliennes ont été élus avec des taux de participation identiques ou plus faibles (comme ceux de la Colombie et du Chili qui ont été élus avec des taux de participation de 40,65 % et 46,7 %, respectivement) attire l'attention. Sans entrer dans les détails concernant le système électoral étasunien, peu direct et participatif, nous dirons que l'élection de l'actuel président Donald Trump a été entachée de nombreuses dénonciations de fraude et d'un écart d'au moins 3 millions de personnes qui ont voté pour le candidat d'opposition. Cependant, cela n'a pas empêché Trump de gagner une élection à laquelle seulement 54,4 % de l'électorat a participé.

 

Dans es affaires concernant les élections vénézuéliennes, il est habituel que des porte-parole de nombreux pays et de nombreux médias s'expriment et fassent des déclarations , ce qui n'est pas le cas quand es élections se déroulent en Hongrie ou en Bulgarie par exemple. Que se passerait-il si l'appel à l'abstention était une constante dans les élections des Etats-Unis, de la France, de la Colombie ou du Chili? Il est douteux que la « communauté internationale » le permette comme ça a été le cas au Venezuela et surtout quelles seraient les conséquences d'un appel à l'abstention sur la participation en tenant compte du fait qu'il frôle déjà ou est très en dessous des 50 % ?

 

L'opposition en pièces

 

Nicolás Maduro a gagné avec 6 190 612 voix, un chiffre important si on considère la situation économique du pays. Henri Falcón a obtenu moins du tiers – un écart de 37,8 points – ce qui montre le peu de capacité du candidat d'opposition à capitaliser les voix. Cependant, si on tient compte du boycott que lui ont fait subir ses propres camarades de la MUD en appelant à l'abstention à tout prix, le peu de force politique qui est resté à Falcón n'a pas été le peu de voix qu'il a eues mais de s'être joint aux voix qui n'ont pas reconnu les résultats, même avant qu'ils aient été annoncés officiellement. La défense constante de la voie politique qui l'a caractérisé pendant les élections est tombée en pièces en quelques minutes à cause de son ambition personnelle.

 

Le pasteur évangélique Javier Bertucci joue un rôle très intéressant pour l'avenir. Il a obtenu la troisième place avec 988 761 voix et a finalement accepté le triomphe de Nicolás Maduro. Bertucci était l'outsider de l'élection. En très peu de temps, il a acquis un soutient important qui peut représenter une base de démarrage pour de prochaines élections. La force politique des organisations pentecôtistes dans la région ne doit pas être sous-estimée. Elles ont triomphé au Guatemala avec l'élection de Jimmy Morales et au Costa Rica, Fabricio Alvarado a été très près d'être élu président.

 

Pour sa part, le Front Large Venezuela Libre s’accroche au discours du discrédit par l'abstention. Dans la dernière déclaration qu'il a faite, quelques heures avant que les résultats du CNE ne soient connus, le porte-parole de Primero Justicia, Juan Pablo Guanipa, a lancé un appel aux Forces Armées pour qu'elles interviennent à cause de la faible participation. Les dirigeants les plus représentatifs de la MUD, Henry Ramos Allup d'Action Démocratique et Henrique Capriles Radonsky de Primero Justicia brillent par leur absence sur le podium. La fragmentation de l’opposition vénézuélienne semble avoir atteint l'un de ses pires moments.

 

Dialogue et récupération

 

Le président Nicolás Maduro dans le discours qu'il a fait après l'annonce des résultats, a insisté sur la nécessité d'un grand dialogue national qui permette de travailler avec divers secteurs de la société pour sortir de la crise économique et avancer vers la récupération du pays. De nouveau, l'appel au dialogue vient du Gouvernement après le refus de l'opposition, à la dernière minute, des tables de dialogue mises en place en République Dominicaine en 2017.

 

Maduro affronte une situation difficile : la hausse continuelle de l'inflation, la pénurie d'argent liquide et les pannes dans les services publics jouent un rôle actif dans le quotidien des citoyens. Même si le vote chaviste lui donne un soutien inédit dans un pays assiégé économiquement et dans le domaine des communications, le président élu doit administrer avec précision la victoire et réussir à résister à l'escalade de sanctions et de blocus (juste le lendemain des élections,Trump a signé un ordre exécutif qui interdit les opérations sur la dette entre les Etats-Unis et le Venezuela) et à la fois répondre par des mesures concrètes qui représentent une preuve qu'il peut gouverner et avancer.

 

Le chavisme a montré qu'il était une force politique qui résiste à l'usure naturelle de 20 ans de gouvernement et d'attaques continuelles. Si l’opposition radicale continue à ne pas vouloir discuter avec le chavisme pour nier son existence, sa fragmentation pourrait s'accentuer. La voie de l’interventionnisme étranger, même si elle est un fait, semble se suspendre au moment où le Gouvernement de Trump se plonge dans le conflit du Moyen Orient. Le spectre international est beaucoup plus large et les Gouvernements de la Russie et de la Chine ont reconnu les élections vénézuéliennes et félicité Nicolás Maduro.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/05/24/elecciones-en-venezuela-informe-post-electoral/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/05/venezuela-rapport-post-electoral.html