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Venezuela : Analyse du discours de Nicolás Maduro à l'Assemblée Générale de l'ONU

28 Septembre 2018, 16:56pm

Publié par Bolivar Infos

 

Le président de la République Bolivarienne du Venezuela, Nicolás Maduro Moros, s'est rendu mercredi à New York dans le cadre de la 73° Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies qui réunit chaque année les présidents et les dignitaires du monde. 

 

Dans ce forum, considéré comme le plus important de la politique mondiale, le Président vénézuélien a fixé les positions clefs concernant le Venezuela et l'état actuel du système-monde.

 

Dans sa présentation presque imprévue dans ce forum et sur le sol étasunien, la visite du Président vénézuélien n'est pas passée inaperçue. A cause de la situation particulière du Venezuela et de la politique mondiale, la présentation que Maduro y a faite a été la plus importante de son mandat. En atterrissant aux Etats-Unis, il a affirmé : « J'apporte la voix de tout mon peuple, je viens, chargé de passion patriotique pour défendre la vérité. »

 

Signification politique de sa présence à New York 

 

Après un attentat contre lui le 4 août dernier, Nicolás Maduro a foulé le sol étasunien en prenant des risques évidents dans un climat de tension palpable. Sa présentation s'oppose à ses détracteurs régionaux qui ont attaqué constamment sa légitimité et fait pression pour qu'il soit isolé.

 

Précédée par une importante visite en Chine et une rencontre avec son homologue Xi Jinping, la présence de Maduro à New York dérange la soi-disant position furtive et évasive face à la communauté internationale que les médias ont tenté d'instaurer.

 

D'autre part, les instances qui, pendant des mois se sont construites en tant qu’organismes parallèles aux pouvoirs vénézuéliens et qui ont fait d’énormes efforts pour faire passer le Président vénézuélien pour un criminel semblent avoir été inutiles, au moins dans leurs objectifs immédiats.

 

Grâce à ce qu'on appelle le « Tribunal Suprême de Justice en exil » et profitant du virage de l'ex-procureur général en fuite Luisa Ortega Díaz, ils ont essayé de faire « arrêter » le Président Maduro par Interpol dès sa sortie du Venezuela.

 

Le Président vénézuélien, d'après les « magistrats » du para-tribunal, a déjà été « jugé » en son absence en territoire colombien et grâce à des actes illégaux transformés en soi-disant « mandat d'arrêt » contre lui qui évidemment, n'a eu aucun effet.

 

De même, les positions de certains pays comme la Colombie, le Pérou, le Canada, le Chili, l'Argentine et le Paraguay qui, hier, ont remis une lettre pour que la Cour Pénale Internationale enquête sur de soi-disant crimes contre l'humanité commis au Venezuela pour essayer de discréditer le Président ont été ébranlées.

 

Face à cela, Maduro s'est présenté comme le plus haut représentant des institutions vénézuéliennes au principal forum de la politique mondiale, ce qui n'est pas un fait symbolique de second ordre étant donné l'immense campagne qui appelle à ne pas le reconnaître.

 

Réaffirmer la position du Venezuela

 

Le Président vénézuélien a présenté la position d'un pays assiégé : « Notre pays est pays harcelé, agressé. Hier, en ce même lieu, le Président des Etats-Unis a menacé une nouvelle fois le peuple du Venezuela, brandissant la doctrine que les Etats-Unis ont créée il y a 200 ans, la doctrine Monroe. »

 

La position du Venezuela face à la politique étasunienne et au Gouvernement Trump a été sous-jacente dans tout son discours. Cela s'est traduit par des références concrètes aux mécanismes de siège et d'asphyxie du Venezuela exécutés directement par la Maison Blanche et secondés par des « pays satellites » de la politique étasunienne sur le continent.

 

Il a ajouté que le Venezuela subit un siège politique, économique, diplomatique et dans le domaine de la communication destiné à « construire un dossier pour légitimer l’intervention au Venezuela. »

 

Il a noté que les raisons auxquelles obéit le siège du Venezuela sont que « nous avons mis en place un projet de société basé sur l'identité et le culture propre à la région » et il a ajouté que le Venezuela possède les réserves de pétrole et d'or les plus importantes du monde.

 

Le Président vénézuélien a dit que la feuille de route d'agressions contre son pays est due au fait que le Venezuela est une référence politique, à ses ressources énergétiques, et au fait qu'il est une référence en politique étrangère pour ne pas avoir respecté le cadre des relations internationales sur le continent qui avaient été construites grâce au Consensus de Washington et à la perte systématique de la souveraineté des pays de la région.

 

Il a évoqué les diverses agressions économiques et politiques que subit le Venezuela, les cycles de déstabilisation, la violence politique et les tentatives de troubles sociaux. Il a aussi évoqué la conjuration d'acteurs à l'étranger qu'ils ont protégé et il a nommé en particulier les Etats-Unis et la Colombie. Il a aussi évoqué le rétablissement de la possibilité de gouverner et de la légitimité de la démocratie et des institutions vénézuéliennes en parlant de sa réélection le 20 mai dernier avec 68% des voix.

 

Le cadre actuel des relations internationales et la politique mondiale

 

L'état actuel d'affrontement et de tension dans l'ordre international en vigueur a également été sous-jacent dans le discours du Président Nicolás Maduro. C'était un discours pensé, de façon très pédagogique, pour un public à l'étranger. Ses allusions aux objectifs du Système des nations Unies, aux conflits mondiaux, aux véritables crises migratoires comme celle de l'Amérique Centrale et du Mexique ou à celles qui se développent depuis la « destruction de la Libye » et « la guerre en Syrie » ont été rapportées avec un sentiment de large reconnaissance des situations du conflit systémique au niveau planétaire dont les principaux responsables sont les puissances occidentales.

 

L'évocation d'un monde en crise a englobé des sujets comme le blocus de Cuba, l'oppression de la Palestine et les menaces de Donald Trump de « diminuer les aides à des pays qui en ont besoin » ou de retirer son pays des instances internationales de soutien et de coopération face à un monde agité à cause de l'inertie même de la politique étasunienne qui a propagé systématiquement le chaos dans le monde pendant des décennies.

 

Les allusions directes à Trump et la nécessité du rapprochement avec les Etats-Unis 

 

Dans la situation du Venezuela, victime des obstacles du blocus, des sanctions et d'autres éléments du siège dont il est l'objet, le fait que le Président vénézuélien ait évoqué la nécessité d'une détente politique avec les Etats-Unis prend tout son sens. En effet, le Président Maduro a tenté de régler un éventuel rapprochement avec le Président étasunien Donald Trump.

 

A seulement quelques heures du discours de Maduro, Trump parlait de la possibilité d'un dialogue direct avec le Président vénézuélien. Bien que les porte-parole de la Maison Blanche aient affirmé qu'un tel rendez-vous n'était pas prévu, le dialogue direct entre les 2 présidents est à présent une possibilité car les 2 ont montré, presque en même temps, qu'ils étaient prêts à le faire.

 

Dans son allocution, le Président vénézuélien a déclaré que malgré les différences politiques, historiques et idéologiques entre le modèle vénézuélien et le modèle étasunien, il serait prêt « à serrer la main » du Président nord-américain et à « discuter de tous les sujets possibles avec un ordre du jour ouvert. »

 

De façon constructive, Maduro a proposé que le Bureau Fédéral d'Enquêtes (FBI) participe à une enquête indépendante des Nations Unies sut la tentative d'assassinat contre lui. Ainsi, il seconde mais aussi donne un tour de vis au gouvernement étasunien lui-même qui, il y a des mois, a suggéré que le FBI participe à l'analyse de cette affaire.

 

Le bilan

 

A première vue, la position politique du Venezuela et du Président vénézuélien lui-même ont été accueillis favorablement lors de cette journée à New York. De nouveaux éléments ont été inscrits à l'ordre du jour, la probable mise en place d'un canal de dialogue entre Caracas et Washington étant le plus important d'entre eux.

 

Maduro, dans son allocution a mis un point d'honneur à expliquer comme il se doit la situation du Venezuela au niveau international, le siège médiatique dont souffre le pays qui a été brisé mercredi avec l’intervention de Maduro en personne à l'ONU.

 

De ce point de vue, il devient plus évident que les difficultés concernant le destin du Venezuela ne peuvent pas vraiment être résolue en territoire vénézuélien. Elles résident aujourd'hui dans les composantes du complot extérieur au Venezuela.

 

Le Président vénézuélien joue aujourd'hui le rôle de haut représentant des agents déterminants de la situation géopolitique. Sa rencontre avec le Président chinois Xi Jinping et l'éventualité d'une rencontre avec Trump, sont des facteurs qui lui redonnent de l'importance. Même si la position de Trump et celle de Xi divergent à propos du Venezuela, les 2 sont déterminantes pour qu'il y ait une détente.

 

L'inutilité d'interlocuteurs de l'opposition au chavisme au Venezuela a aussi été mise en évidence parce que c'est un schéma qui a été épuisé et qui aujourd'hui semble futile. . Maduro acquiert aujourd'hui une meilleure image en tant que représentant de la politique vénézuélienne et les agents anti-chavistes remarquables ne sont déjà plus en territoire vénézuélien. Ils sont à Washington ou ailleurs.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/analisis-y-contexto-del-discurso-de-nicolas-maduro-en-la-asamblea-general-de

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/09/venezuela-analyse-du-discours-de-nicolas-maduro-a-l-assemblee-generale-de-l-onu.html