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Venezuela : Le mensonge des migrants « à pied »

20 Septembre 2018, 17:11pm

Publié par Bolivar Infos

 

Est-il vraiment possible de marcher du Venezuela jusqu'à Bucaramanga en Colombie ou jusqu'à Quito en Equateur? Des images de Vénézuéliens cherchant à le faire ont été habituelles dans la guerre médiatique contre le Gouvernement de Nicolás Maduro.

 

Depuis qu'Hugo Chávez a été élu à la présidence du Venezuela en 1999, les attaques contre le Gouvernement Bolivarien ont fait partie du paysage mais elles se sont renforcées à l'élection de l'actuel président Nicolás Maduro, en 2013 (avec 50,61% des voix).

 

Blocus économiques, protestations violentes, inflation induite et manipulation médiatique ont été mises en place pour déstabiliser le pays et en rendre responsable le Gouvernement.

 

Cependant, après 5 ans de présidence de Nicolás Maduro, les attaques n'ont pas réussi à abattre le processus bolivarien. La droite vénézuélienne et internationale ont alors cherché de nouvelles stratégies et trouvé la migration vénézuélienne comme point d'appui.

 

Les chiffres ont été déformés, les statistiques gonflées et les histoires manipulées par les médias et les organismes internationaux comme l’Organisation des Etats Américains (OEA) ou le Groupe de Lima qui cherchent un nouvel outil politique contre le Gouvernement de Nicolás Maduro.

 

La manipulation des « marcheurs »

 

L'une des informations qui a le plus tourné dans les médias d'opposition à cause de son impact et de sa charge humaine est celle de l'exode à pied depuis Cúcuta, une ville de Colombie sur la frontière avec le Venezuela, vers la ville également colombienne de Bucaramanga et ils parlent même de gens qui marchent du Venezuela jusqu'à Quito (Equateur) ou jusqu'à Lima (Pérou).

 

Les informations sont diffusées sans que les journalistes ne parlent de quelque chose de basique : les conditions géographiques et climatiques ne permettent pas d'arriver en marchant du Venezuela à Bucaramanga. Encore moins du Venezuela à Quito.

 

Cependant, cet éclaircissement leur importe peu puisque le but est, précisément, de créer des histoires de désolation ?

 

La Cordillère de Berlin est au milieu du trajet entre Cúcuta, (ville de Colombie sur la frontière avec le Venezuela) et Bucaramanga (ville colombienne, capitale de l'un de ses principaux départements et destination d'une grande partie des gens qui cherchent à émigrer en Colombie).

 

A propos de cet endroit, le journal El Colombiano a publié ce qui suit : « Le point le plus difficile est la Cordillère de Berlin qui est un passage obligatoire pour aller de Cúcuta à Bucaramanga et là, la situation a empiré ces derniers jours (...) Les habitants parlent de plusieurs morts mais les autorités ne les enregistrent pas. » 

 

Le même article assure que « les paysans parlent d'une femme enceinte morte de froid dans la cordillère. » Le média vénézuélien NTN24 donne le témoignage d'un Vénézuélien qui raconte que « sur la route,on nous a dit que beaucoup de gens sont morts en passant la cordillère. »

 

La chaîne colombienne l'un RED+ a affirmé que 17 Vénézuéliens sont morts dans la Cordillère. « La dénonciation qu'a faite un foyer de passage à Tunja est impressionnante. Là, ils affirment qu'au moins 17 Vénézuéliens qui fuient les mauvaises conditions dans leur pays sont morts en essayant de traverser la Cordillère de Berlin, » assure cette note basée sur des témoignages mais sans données précises sur les morts.

 

Des expressions comme «  les paysans parlent de », « les habitants parlent de », «  un foyer de passage » ou « nous ont dit que » n'apportent aucune preuve ou aucun argument et font partie de ce qu'on appelle les "fake news" (fausses informations) : des mots qui, par leur seule utilisation, passent pour une « vérité » même quand l'information n'est pas soutenue par des données prouvées.

La cordillère de Berlin

La cordillère de Berlin

La Cordillère de Berlin 

 

Le climat de la Cordillère de Berlin se caractérise par un froid extrême avec des précipitations modérées à abondantes, des températures en-dessous de 0 degrés la nuit et des maximales qui dépassent les 35° le jour. Avec une humidité relative de 83% environ qui ne descend jamais en-dessous de 73%, la Cordillère de Berlin reçoit 700 MM de pluie par an, selon la Corporation Autonome Régionale de la Frontière Nord-est (CORNOPOR).

 

Pour le professeur de Géographie et d'Histoire Omar Hurtado, traverser cette zone, qui fait partie du trajet entre Cúcuta et Bucaramanga, à pied est pratiquement impossible à un être humain sans préparation. Il assimile les conditions géographiques et climatiques de cet endroit à celles de la Cordillère de La Culata, à Mérida. 

 

Aller de Cúcuta à Bucaramanga implique « en premier lieu avoir une très bonne santé : toute personne qui voudrait entreprendre cette marche doit avoir l'expérience de la randonnée ou des marathons, être en très bonne santé et avoir beaucoup d'expérience. En second lieu, avoir une bonne base logistique qui comprend de l'eau, des boissons énergisantes, des aliments. Ensuite être préparée aux conditions de logement comme la tente, le réchaud, beaucoup de choses chaudes pour passer la nuit dans cet environnement, » affirme Hurtado.

 

Le passage à pied de Cúcuta à Quito (Equateur) ou à Lima (Pérou) est encore moins réalisable. « Je ne le crois pas. Traverser la frontière avec l' Equateur ou avec le Pérou signifie traverser toute la Colombie. C'est une chose de prendre une carte,s ans rien d'autre à faire et de revoir là les conditions auxquelles s'expose un être humain, » déclare le géographe.

 

Même s'il ne nie pas que les indices des migrations aient augmenté ces derniers temps, il ne pense pas que ce soit à pied : « Je crois qu'il y a une très grande manipulation du nombre de personnes et des circonstances, du type de déplacement, des conditions que montrent les médias, » dit-il. « C'est un manque de respect, de faire croire cela à ces gens, » ajoute-t-il.

 

Le trajet de Cúcuta à Bucaramanga représente 189 km par la route, une distance qu'une voiture parcourt en 4 heures 41 minutes et qu'une personne à pied parcourrait en 47 si elle ne s'arrêtait jamais.

 

Le professeur ne doute pas que, encouragés par les médias, certaines personnes décident de faire le voyage à pied mais il assure qu'en voyant les conditions auxquelles elles seraient exposées, elles prennent d'autres moyens ou abandonnent l'idée.

 

Cependant, les informations ne couvrent pas ces difficultés et, au contraire, les reportages télévisés et écrits sur « les marcheurs » sont nombreux et ils assurent que les gens qu'on voit sur les enregistrements arrivent à destination par une marche dont les médias font l'éloge au prix des mêmes vicissitudes.

 

Le pont Simón Bolívar

 

De même, les images du pont Simón Bolívar – le point terrestre qui marque la frontière entre la Colombie et le Venezuela en reliant la ville colombienne de Cúcuta à la ville vénézuélienne de San Antonio – avec des centaines de personnes qui traversent à pied est le tremplin parfait pour créer l'idée collective qu'ensuite, elles poursuivront leur trajet dans les mêmes conditions.

 

En août de cette année, le média international BBC a assuré qu'une moyenne de 25 000 Vénézuéliens traversaient le pont Simón Bolívar chaque jour en accompagnant ce commentaire d'images qui le soutenaient. Mais ce chiffre ne se retrouve pas dans les autres médias qui diffusent cette information.

 

Les estimations de la population migrante, en utilisant seulement le chiffre des personnes qui traversent le pont pour quitter le Venezuela, ne prouvent pas que la plupart d'entre elle le fasse pour s'installer en Colombie.

 

La Mission en Colombie de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et le Ministère des Affaires Etrangères de ce pays ont réalisé une étude dans le but de mesurer et de préciser le flux migratoire du pont Simón Bolívar, pour savoir qui le traverse et pourquoi.

 

- 67% des personnes qui passent la frontière sont Colombiennes, 33% Vénézuéliennes.

 

Temps de séjour

 

  • 69% des personnes qui vont du Venezuela en Colombie disent le faire pour un séjour de moins de 24 heures et rentrent au pays le jour-même.

  • 23% disent le pour un séjour moyen et rentreront dans leur pays dans les prochains mois.

  • 5% disent le faire pour rester dans le pays.

  • 3% disent vouloir passer par la Colombie pour atteindre une autre destination.

 

Les raisons

 

  • 52% disent le faire pour faire des achats.

  • 17% disent le faire pour rendre visite à leur famille.

  • 14% disent le faire pour le travail.

  • 10% disent le faire pour d'autres raisons.

  • 2% disent le faire pour des raisons éducatives.

Le président vénézuélien et certains de ses ministres ont dénoncé à plusieurs occasions sur les médias d'Etat la manipulation concernant le pont Simón Bolívar.

 

Le 8 septembre dernier, le ministre de la Culture du Venezuela a publié sur son compte Twitter une vidéo provenant de l'une des caméras de sécurité du pont. Sur l'enregistrement, on voit que le flux va dans les 2 directions et pas seulement du Venezuela vers la Colombie comme le montrent les médias d'opposition au Gouvernement de Nicolás Maduro. En fait, l'enregistrement montre que le passage, à ce moment-là, était majoritairement inversé, c'est à dire allait de la Colombie vers le Venezuela.

 

La fausse crise humanitaire

 

Des expressions comme « crise humanitaire, » « politiques d'expulsion, » ou « exilés vénézuéliens » renforcées par les informations sur un exode massif à pied sont destinées à assimiler la situation migratoire que vit le Venezuela aux déplacements de citoyens de pays en guerre comme la Syrie ou le Soudan.

 

Les migrations de ces pays sont provoquées par les persécutions de l'Etat dues à leur ethnie ou à leur idéologie politique ou à des conflits qui mettent leur vie en danger. Les migrations au Venezuela, par contre, sont provoquées par des raisons économiques, par l'augmentation de l'inflation induite dans le pays, ces dernières années.

 

Malgré cela, une étude des médias réalisée par le Ministère de la Communication et de l’Information du Venezuela indique que sur une période d'1 mois, du 3 août au 3 septembre de cette année, sur Twitter, les mots "Venezuela" et "crise humanitaire" ont été reliés par les usagers dans un même tweet, 140 599 fois, c'est à dire que le Venezuela a été associé à une crise humanitaire 4,7 fois plus que la Syrie.

 

Le travail de manipulation médiatique sur ce sujet, en créant l'image collective d'une fausse situation de "crise humanitaire", même pire qu'en Syrie où depuis 2011, 400 000 personnes ont été assassinées par des groupes terroristes et 11 autres millions ont été déplacées – place le Venezuela dans une zone de conflit international qui subit ainsi les pressions d’organismes étrangers et les récriminations de sociétés qui s'informent sur les médias dominants.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.telesurtv.net/news/migrantes-venezolanos-a-pie-caminando-20180910-0019.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/09/venezuela-le-mensonge-des-migrants-a-pied.html