Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Venezuela : Pourquoi la hausse du prix de l'essence au Venezuela inquiète tant la Colombie

7 Septembre 2018, 17:17pm

Publié par Bolivar Infos

Les déclarations concernant la migration des Vénézuéliens et les images de centaines de personnes se dirigeant vers la frontière avec la Colombie ont éclipsé une réalité qui pourrait mettre en échec la stabilité économique de la région sur la poreuse frontière qui relie les 2 pays.

 

A partir de mardi, le Gouvernement du Venezuela met en marche un plan pilote pour commencer à vendre le combustible au prix international à ceux qui ne possèdent pas le « Carnet de la Patrie, » qui garantit les subventions aux Vénézuéliens.

 

Cette mesure est destinée à freiner la contrebande d'extraction vers la Colombie où environ 30 000 personnes se consacrent au va-et-vient de l'essence du Venezuela et à d'autres fuites illégales de marchandises qui causent au Venezuela des pertes annuelles estimées entre 6 000 et 12 000 millions de dollars.

 

Début timide

 

Selon les médias locaux, l'application du nouveau système a été timide. Le mécanisme destiné à ceux qui souhaitent fournir du combustible subventionné, dans les pompes de 8 états frontaliers implique la lecture du code QR du Carnet de la Patrie et la vérification des empreintes digitales. Le reste doit payer le prix international.

 

Le plan pilote sera d'abord testé pendant 15 jours, ensuite, il sera mis en place dans les états considérés comme de gros consommateurs et dans sa troisième phase, il s'appliquera à tout le pays.

 

Dans la situation économique que vit le Venezuela, cette mesure permettra d'économiser du combustible et d'avoir plus de revenus grâce à la vente de carburant pour réduire le déficit fiscal. Au prix actuel, avec un dollar étasunien, on pourrait en acheter quelques 6 millions de litres.

 

La veille de l’application de ce système, le ministre de la Communication, Jorge Rodríguez, a dénoncé le fait qu'en Colombie, les mafias offraient jusqu'à 800 dollars à des citoyens vénézuéliens pour leur acheter un Carnet de la Patrie. Les pièces vendues ont été invalidées et on a ajouté la reconnaissance biométrique aux contrôles déjà existants.

 

Problème de chiffres

 

Cependant, la stratégie vénézuélienne pour redresser son économie peut causer de graves problèmes à la Colombie. Selon les estimations les plus conservatrices, 70 % de l'essence vendue au Nord de Santander viennent de Petróleos de Venezuela (PDVSA).

 

Une loi créée par l'ex-président Álvaro Uribe a rendus légaux les « centres d'approvisionnement » d'essence amenée illégalement du Venezuela sous le nom de « coopératives, » ce qui permet de la distribuer avec un bénéfice de 3 700 %. Même ainsi, ce carburant coûte la moitié du prix que vendent les entreprises colombiennes.

 

Certains contrebandiers qui transportent de l'essence à une plus faible échelle, qu'on appelle “pimpineros”, envoient le combustible de contrebande aux coopératives et celles-ci l'introduisent dans les stations services légalement. D'autres, l'amènent directement aux acheteurs.

 

Il y a 1 mois, le gérant de la Coopérative Multi-active de Pimpineros du Nord (COOMULPINORT), Mario Arévalo, a admis que sur les 12 millions de galons de combustible « légaux » (c'est à dire fourni par le Gouvernement ou « blanchi » par les coopératives) pour l'approvisionnement du Nord de Santander, seulement environ 7 millions de galons sont vendus. Le reste se fournit auprès des pimpineros qui fournissent de l'essence vénézuélienne.

 

Trou fiscal

 

Pour l'activiste des Droits de l'Homme, directeur de l'Association des Colombiens et Colombiennes au Venezuela, Juan Carlos Tanus, la décision de Caracas de vendre l'essence au prix international est la principale raison qui pousse Bogotá à s'agiter au niveau international pour essayer de diminuer le « trou dans ses finances » que lui causera la perte de 12 000 millions de dollars par an.

 

Selon Tanus, la stratégie de Bogotá est d'utiliser la problème migratoire pour exiger plus de ressources dans la zone frontalière. En effet, dans la Déclaration de Quito, signée mardi dernier, la Colombie exprime son désir de demander pus d'argent à des organismes internationaux pour « prendre soin » des Vénézuéliens qui traversent la frontière. 

 

Une autre des difficultés que note l'activiste est que la Colombie n'aura plus de pétrole dans 4 ans comme l'ont reconnu ses autorités elles-mêmes, c'est pourquoi satisfaire la demande de combustible sans « l'approvisionnement » du Venezuela à des prix dérisoires pèsera indubitablement sur son économie.

 

Une note publiée récemment dans « L'Opinión de Colombia » souligne que les autorités espèrent une baisse importante de la contrebande grâce aux mesures annoncées par le Président Maduro. Cependant, les incitations sont juteuses. Le commandant de la Police Fiscale et Douanière (POLFA), Carlos Eduardo Girón, a souligné que l'extraction d'essence est devenu le commerce du siècle à cause de ses énormes bénéfices et de son faible niveau de risque.

 

Ainsi, alors qu'un camion-citerne d'essence coûte 67 000 pesos colombiens ( environ 11 dollars) en Venezuela, en passant la frontière, son prix passe à 56 millions de pesos, c'est à dire qu'il fait un bénéfice qui se multiplie par plus de 1 000. « Beaucoup d'argent gagné sans être suivi par la DEA ou par Interpol, il n'y a pas besoin de cultiver ou de transformer une plante, » comme le note une étude de l'Université Militaire de Nueva Granada de Colombie.

 

Commerces parallèles

 

Dans cette même interview accordée à « La Opinión, » Girón reconnaît que la « culture de la contrebande » est tellement enracinée dans les habitants de Cucuta que bien que ce soit une activité illégale par laquelle « les réseaux criminels sont institutionnalisés et financés, » elle n'est pas mal vue par les habitants.

 

Parmi ces réseaux criminels, il y a aussi le commerce de la cocaïne, note une analyse du site Mission Vérité. La Colombie est le principal producteur de cette substance illégale dans le monde et chaque kilo de pâte requiert 38,5 litres d'essence.

 

L'un des secrets de Polichinelle est que l’augmentation de l'essence au Venezuela aura un impact important sur la structure de production de cette substance illicite, an particulier au Nord de Santander, une des zones dans lesquelles il y a le plus d'hectares de plantations par kilomètre carré.

 

L'année dernière, la Colombie a enregistré une augmentation historique des plantations de coca qui sont passées de 188 000 hectares en 2016 à 209 000 en 2017. Cette situation a failli faire retirer à Bogotá le certificat des Etats-Unis, le principal consommateur au monde. C'est pourquoi le Gouvernement de l'ex-président Juan Manuel Santos a décidé de reprendre la politique d'aspersion de glyphosate, suspendue en 2015.

 

Au Venezuela, cette mesure est encore naissante mais si elle réussit, elle pourrait se traduire par une nouvelle crise sur la frontière entre les 2 pays. Cette fois, avec la Colombie comme principale victime.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://albaciudad.org/2018/09/por-que-preocupa-tanto-a-colombia-el-aumento-de-la-gasolina-en-venezuela/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/09/venezuela-pourquoi-la-hausse-du-prix-de-l-essence-au-venezuela-inquiete-tant-la-colombie.html