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Amérique Latine : L'utilisation des Droits de l'Homme comme arme

12 Octobre 2018, 18:11pm

Publié par Bolivar Infos

 

par Alfred de Zayas

L'utilisation des Droits de l'Homme comme arme a transformé le droit individuel et collectif à l’assistance, à la protection, au respect et à la solidarité basés sur notre dignité et l'égalité entre les hommes que nos partageons en un arsenal hostile envers les concurrents et les adversaires politiques. Dans l'utilisation des Droits de l'Homme comme arme, la technique de « nommer et faire honte » est devenue une espèce de Kalachnikov.

 

Cependant, l'expérience montre que  nommer et faire honte ne soulage pas la souffrance des victimes et ne satisfait que les objectifs stratégiques de certains Gouvernements, certaines organisations non gouvernementales et une industrie des Droits de l'Homme de plus en plus importante qui instrumentalise les Droits de l'Homme pour déstabiliser les autres suffisamment souvent pour faciliter le « changement de régime » indépendamment du fait que ça puisse paraître antidémocratique et malgré le principe du Droit International coutumier de non intervention dans les affaires intérieures des Etats souverains.

 

Cette stratégie se base sur le faux présupposé que « celui qui nomme » possède d'une certaine façon l'autorité morale et que « celui qui est nommé » reconnaîtra cette supériorité morale et agira en conséquence. Théoriquement, cela pourrait fonctionner si « celui qui nomme » pratiquait le « nommer et faire honte » de façon non sélective et n'appliquait pas de doubles standards évidents. Malheureusement, cette technique est souvent contre-productive parce que « celui qui nomme » a ses propres cadavres dans le placard. Cette exemple classique de malhonnêteté intellectuelle renforce généralement la résistance de « celui qui est nommé » qui seront même oins disposés à prendre des mesures pour corriger les violations réelles ou supposées. Ou on peut imaginer que « celui qui nomme, » en réalité, veut que « celui qui est nommé » renforce sa résistance et refuse de faire des concessions pour qu'il puisse être dénoncé avec encore plus de force. Cela s'intègre dans le concept des Droits de l'Homme en tant qu'instrument de la politique étrangère qui ne cherche pas à améliorer la vie des gens mais à faire atteindre plus facilement des objectifs géo-économiques.

 

Un autre technique de la guerre des normes est ce qu'on appelle "lawfare", grâce à laquelle la « loi » est utilisée pour perturber l'empire de la loi, et le Droit Pénal International est instrumentalisé pour diaboliser certains dirigeants et pas d'autres. Un juge qui se respecte en trahira pas la profession en jouant ce jeu mais certains le font et au lieu de sauvegarder l'esprit de l'Etat de Droit, ces juges politisés le corrompent (souvenez-vous du Volksgerichtshof de Roland Freisler!) et ôtent ainsi toute crédibilité à tout le système.

 

L'arsenal des Droits de l'Homme en armes inclut aussi les guerres non conventionnelles, les guerres économiques et les régimes de sanctions apparemment justifiées par les violations supposées des Droits de l'Homme par l'Etat cible. Le résultat est que, loin d'aider les victimes, on prend en otage des populations entières, victimes non seulement de violations de la part de leur propre Gouvernement mais aussi de « châtiments collectifs » de al part des Etats qui sanctionnent. Cela peut conduire à des crimes contre l'humanité quand cela affecte la sécurité alimentaire, provoque une pénurie de médicaments et de matériel médical ou si ceux-ci ne sont plus disponibles qu'à des prix exorbitants. Manifestement, les sanctions économiques tuent. Dans certains cas, « nommer et faire honte » provoque de nouvelles violations des Droits de l'Homme et de l'autorité de la loi, n'est pas conforme aux articles 6, 14, 17, 19 et 26 du Pacte International des Droits Civils et Politiques et pourrait être au bord de ce qu'on appelle le « discours de haine (Art. 20). »

 

Conclusion : Même si dans certains cas, « nommer et faire honte, » en particulier par des ONG, a eu des résultats positifs, ce n'est pas une panacée qu'on peut appliquer à tous les abus contre les Droits de l'Homme. Dans des situations plus complexes, « nommer et faire honte » a aggravé une situation ou a été un outil de changement complètement inefficace. Les Etats feraient bien de relire Mathieu 3-5 et de remplacer la technique obsolète du « nommer et faire honte » par des propositions faites de bonne foi et des recommandations constructives accompagnées par l'offre de services de conseils et d'assistance technique pour aider concrètement les victimes sur le terrain.

 

Semer l'honnêteté et l'amitié est la meilleure façon de récolter la coopération et le progrès en termes de Droits de l'Homme. Ce dont on a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'une diplomatie mûre, de négociations destinées à obtenir des résultats, d'une culture du dialogue et de al médiation au lieu de cette culture arrogante de la grandeur qui n'aide personne.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.telesurtv.net/opinion/derechos-humanos-arma-20181011-0006.html

URL ce cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/10/amerique-latine-l-utilisation-des-droits-de-l-homme-comme-arme.html