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Cuba : La mauvaise mémoire des bons médias

29 Novembre 2018, 17:38pm

Publié par Bolivar Infos

Cuba : La mauvaise mémoire des bons médias

 

Le journaliste de l’agence CNN, Jim Acosta, a fait la une des médias à la suite d’un incident avec le président des États-Unis, Donald Trump, survenu au cours d’une conférence de presse à la Maison-Blanche

 

Iroel Sanchez28 novembre 2018 15:11:59

 

LE journaliste de l’agence CNN Jim Acosta a fait la une des médias à la suite d’un incident avec le président des États-Unis Donald Trump, survenu lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche. Acosta a d’abord interrogé le président Donald Trump sur le fait d’avoir qualifié d’ « invasion » la caravane de migrants d’Amérique centrale qui cherchent à entrer aux États-Unis, l’accusant ensuite de les diaboliser. Au cours de l’échange, une stagiaire a tenté de lui retirer le micro, mais Acosta a résisté et a posé une deuxième question à propos de l’« enquête russe ».

 

À la suite de quoi, Jim Acosta a été expulsé de la conférence de presse et son accréditation à la Maison-Blanche lui a été retirée, ce qui a fait l’objet de milliers de dépêches.

 

Ce qu’aucune de ces dépêches n’a rappelé, c’est que lorsque Jim Acosta est venu à La Havane, « incrusté » dans la délégation conduite par le président étasunien de l’époque, Barack Obama, qui effectuait une visite dans l’Île, il eut également un dialogue tendu, cette fois avec le président cubain Raul Castro, à l’issue duquel personne n’a tenté de lui retirer le micro ni ne l’a expulsé de la salle : Jim Acosta : « Pourquoi avez-vous des prisonniers politiques à Cuba et pourquoi ne les libérez-vous pas ? » Raul Castro : « Donne-moi la liste des prisonniers politiques maintenant pour qu’ils soient libérés. Ou donne-moi une liste avec les noms des prisonniers politiques, s’il y en a.»

 

Inutile de préciser qu’Acosta n’a fourni aucune liste, mais personne ne l’a expulsé de Cuba pour autant.

 

Il s’avère que la préoccupation de la CNN semble un tant soit peu sélective, et en général, celle des médias étasuniens, quand il s’agit de prisonniers politiques et de libertés, de même que leur hostilité envers Donald Trump. Durant sa visite en Israël, qui a coïncidé avec les fortes manifestations violemment réprimées des Palestiniens qui apportaient leur soutien à leurs prisonniers dans des geôles israéliennes, aucune question n’a été posée au président et les médias n’ont rien dit sur les prisonniers politiques en Israël.

 

Quant à l’ « invasion » de migrants d’Amérique centrale, principalement des Honduriens, ni Acosta ni la CNN, ni aucun média étasunien n’a évoqué la responsabilité des États-Unis dans l’état de pauvreté, de crise sociale et de violence à laquelle font face les pays du Triangle Nord (Guatemala, Salvador et Honduras), déchirés par des décennies de guerre sale et de néolibéralisme encouragés par Washington.

 

Dans le cas particulier du Honduras, au moment où ce pays s’engageait dans une voie visant à prendre en charge les besoins sociaux, en s’intégrant aux programmes d’éducation et de santé de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA), en 2009, il subit un coup d’État militaire qui amorça le début de la contre-offensive étasunienne en Amérique latine afin de rétablir son hégémonie dans la région, dirigée par Barack Obama depuis la Maison-Blanche, lequel fut d’ailleurs le président étasunien ayant expulsé le plus grand nombre d’immigrés dans l’Histoire.

 

Au Honduras, 15 journalistes ont été assassinés après ce coup d’État appuyé par les États-Unis. Il existe même une vidéo dans laquelle le meurtre d’un informateur est commandité, à la suite d’une question épineuse posée à un chef d’entreprise puissant lié aux putschistes – elle se trouve sur Internet depuis octobre 2011 –, mais ni les démocrates ni les républicains ne se sont manifestés à ce sujet, et encore moins la CNN, ni aucun milieu professionnel étasunien.

 

Trump, Jim Acosta, Barack Obama, la CNN, ainsi que l’ensemble de la « presse libre », sont d’accord, à l’unanimité, sur le fait que les États-Unis, contrairement à Cuba, sont un pays où règne la démocratie et la liberté d’expression, alors que de plus en plus des événements s’y produisent qui ont cours en général dans les pays qualifiés de « républiques bananières », un terme inventé par l’écrivain étasunien O. Henry dans son recueil de contes Cabbages and Kings [1904] faisant référence à la vie au Honduras. Une situation qui est le résultat des interventions militaires répétées et du pillage économique, outre l’exportation de la violence, des bandes armées et de la corruption depuis Washington.

 

Or, ce qui se passe aux États-Unis de Trump, avec des scandales liés aux relations du président avec des prostituées, aux licenciements de fonctionnaires pour des raisons fallacieuses, et même un propriétaire de maison close élu aux élections après sa mort, éclipsent des romans tels que L’Automne du Patriarche [Gabriel Garcia Marquez] ou Le recours de la méthode [Alejo Carpentier], bien que ces conclusions soient trop profondes pour que Jim Acosta ou la CNN ne nous en fassent part, et s’ils venaient à le faire, ce serait pour dire qu’il s’agit du résultat exceptionnel de la gestion d’un fou irresponsable, jamais d’un système où l’argent règne en maître et grâce auquel un magnat, qui dirige un pays comme si c’était son entreprise, a pu devenir président.

 

http://fr.granma.cu/mundo/2018-11-28/la-mauvaise-memoire-des-bons-medias