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Brésil : Les précédents dangereux de la rencontre Bolton-Bolsonaro 

2 Décembre 2018, 11:32am

Publié par Bolivar Infos

 

Par Plablo Moreira Leite

Le Président élu du Brésil et John Bolton, le principal conseiller à la Sécurité Nationale de Donald Trump, se rencontrent ce 29 novembre pour discuter du destin de Cuba et du Venezuela, des Gouvernements que Washington considère comme des Gouvernements qui défient son hégémonie. Bolton espère que Bolsonaro va l'aider à s'en débarrasser.

 

La puissance de la réthorique ultra-conservatrice de Bolton est connue des diplomates du monde entier même pour sa capacité à dépasser les mots avec les faits. En 2002, il a été l'un des principaux responsables de la diffusion de la thèse jamais démontrée que Saddam Hussein produisait des « armes de destruction massive » utilisée pour justifier une guerre quia fait plus d'un demi-million de morts, a coûté environ 7 billions de dollars et a ouvert l'un des abîmes dans lesquels l'économie mondiale se trouve encore aujourd'hui.

 

Si l'emploi du temps de la semaine qui vient est relativement connu, on peut en dire autant de sa chorégraphie. Les dialogues à ce niveau peuvent varier – souvent- mais la danse des présidents brésiliens devant les Etats-Unis – sauf sous les Gouvernements du PT – est toujours la même. 

 

Dans l'article publié dans le 2° volume du livre « La Pensée Diplomatique Brésilienne, » l'ambassadeur Samuel Pinheiro Guimarães révèle qu'en mars 1961, Jânio Quadros a eu une proposition surprenante : parlant au nom de John Kennedy et se targuant aussi de l'autorité de celui qui avait été à la tête du groupe destiné à renverser Getúlio Vargas en 1945, l'ambassadeur Adolfo Berle Jr a invité Jânio à participer à 3 interventions en Amérique Centrale : la première contre le Gouvernement d'Haïti, la seconde pour envahir la République Dominicaine et enfin, comme plat de résistance, renverser le Gouvernement récemment installé de Fidel Castro, à Cuba. « Jânio a refusé fermement ces invitations, » écrit Samuel Pinheiro Guimarães. L'histoire ne s'est pas achevée ainsi, évidemment.

 

Un mois après la rencontre avec Jânio, la CIA a renforcé sa charge contre Fidel et organisé l'invasion de la Baie des Cochons (Playa Girón) avec le soutien d'un groupe de mercenaires anti-castristes. Echac total. De plus en plus associée à Washington, la mafia qui gouvernait Haïti a été laissée en paix pendant plusieurs années.

 

Mais la République Dominicaine a eu un autre destin. Si le pays montrait déjà une instabilité inquiétante, à partir de l'élection de Juan Bosch, un président aux idées progressistes, Washington a pensé que le risque d'une seconde Cuba était trop grand et a décidé de prendre une mesure immédiate. Cette fois, avec l'aide du Brésil.

 

Après avoir soutenu la conspiration militaire dirigée par Castelo Branco pour renverser le Gouvernement constitutionnel de João Goulart, Washington a reçu une rétribution. Castelo a organisé une troupe de 4 000 hommes dépêchée en Amérique Centrale pour renforcer une Junte Militaire qui affrontait une forte résistance populaire après avoir renversé le Gouvernement de Bosch. Aux côtés de soldats d'autres clients bien connus de la Maison Blanche – le  Paraguay, le Costa Rica, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador – les Brésiliens sont rentrés en 1966, à la fin d'une mission considérée comme un bien pour un mal.

 

Ceux qui, conditionnés par la propagande du Gouvernement de Castello Branco imaginaient qu'ils allaient participer à une guerre comparable d'une certaine façon à la lutte contre le nazi-fascisme en Europa, ont été déçus au retour. Alors que, 20 ans plus tôt, les soldats de al Force Expéditionnaire Brésilienne (FEB) étaient accueillis en héros à leur retour et sont encore fêtés par la population, les membres de la FAIBRÁS (Force Armée d'Intervention Brésilienne) n'ont jamais eu la moindre reconnaissance.

 

« Au lieu de préserver la paix, nous avions du combattre les rebelles, en mettant en danger nos propres vies, dans un climat extrêmement hostile, » a rappelé José Carlos Teixeira, l'un des membres de FAIBRÁS, dans une interview accordée au site BBC Brasil (25/5/2015). Le caractère discutable de la mission s'est traduit sous des formes rituelles et financières. Les vétérans de Saint Domingue n'ont jamais été incorporés dans les rangs des Forces armées comme ce serait naturel ni dispensés de rentrer au pays. Jusqu'à présent, ils ne sont pas invités à défiler lors des fêtes civiques. Ils n'ont même pas le droit de toucher des pensions comme les membres de la FEB.

 

La guerre en Iraq aurait pu être évitée

 

Pendant les mois dramatiques qui ont précédé la guerre en Iraq, John Bolton a eu un combat à mort avec l'ambassadeur brésilien José Bustani, deux fois élu président de l’Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques.

 

Quand j'ai interviewé Bustani en 2013, 10 ans après ces événements, il me dit : « La guerre en Iraq aurait pu être évitée car nous avions fait une inspection dans ce pays. Nos inspecteurs connaissaient l'Iraq et y avaient réalisé des missions antérieures. La plupart des armes chimiques avaient déjà été détruites, les quelques échantillons qui restaient – échantillons – ont été localisés et sortis du pays. Il ne restait que quelques scientifiques qui avaient les connaissances mais aucun moyen pour construire ces armes. » (Istoé, 13/11/2013).

 

Défendant fermement les conclusions de l'entité qu'il présidait, remises en question avec insistance par John Bolton, Bustani affirme qu'il s'est rendu compte que les rapports techniques étaient devenus un obstacles pour d'autres intérêts. « Il était clair que, dans le cas particulier de l'Iraq, nos rapports apparemment, constituaient des obstacles pour un autre plan, celui de l'invasion, » dit-il. Pendant l'interview, il raconte clairement que Bolton lui « a donné 24 heures pour quitter l'organisation (…) Il a dit que Washington exigeait mon départ et qu'il voulait le faire de façon élégante. »

 

Bustani a démissionné de la présidence lors d'une conférence où le mal-être général s'est exprimé en chiffres : 48 voix pour son départ, 7 pour qu'il reste et 43 abstentions. Des pays comme la Russie et la Chine ont voté pour Bustani ainsi que la France et le Mexique.

 

20 ans plus tard, les données du problèmes sont différentes. La thèse que le Gouvernement de l'Iraq était une menace parce qu'il avait des armes de destruction massive est reconnue pour ce qu'elle était : un prétexte pour faire la guerre à un ennemi du Gouvernement des Etats-Unis. Pour des raisons plus que compréhensibles, le prestige du corps technique de l’Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques a augmenté.

 

En 2013, l'entité a obtenu le Prix Nobel pour son travail. Bustani a reçu de nombreuses manifestations de solidarité et de soutien pour son comportement en 2002.

 

Pendant ce temps, John R. Bolton va au Brésil pour discuter avec Bolsonaro sur Cuba et le Venezuela. Y a-t-il un doute sur ce qui va se passer là ?

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2018/11/29/el-encuentro-bolton-bolsonaro-tiene-antecedentes-peligrosos/#.XADqBi17QRE

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2018/12/bresil-les-precedents-dangereux-de-la-rencontre-bolton-bolsonaro.html