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Venezuela : Les Etats-Unis contre le Venezuela au Conseil de Sécurité de l'ONU 

31 Janvier 2019, 16:41pm

Publié par Bolivar Infos

 

Arantxa Tirado y Silvina Romano, CELAG

 

A la demande des Etats-Unis (USA), le Venezuela a été inclus de façon extraordinaire à l'ordre du jour du Conseil de Sécurité de l'ONU qui a eu lieu samedi dernier, 26 janvier, à New York. Sous prétexte de la soi-disant « crise humanitaire » au Venezuela qui « empêche le peuple vénézuélien d'accéder à l'eau et aux aliments, » le secrétaire d'Etat étasunien, Mike Pompeo, a basé l'inclusion de ce sujet sur l'article 54 de l’Organisation des Etats Américains (OEA) et l'a justifiée par la déstabilisation de la région que suppose cette situation. Cet argument a été réfuté, d'entrée, par le représentant de la Russie, Vassily Nebenzia, qui a déclaré que le Venezuela « n'est pas une menace pour la paix et la sécurité. Ce sont les actions des Etats-Unis qui sont une menace pour le Venezuela. »

 

Nebenzia a dénoncé le fait que l'inclusion de ce point viole l'article 24 de la Charte des Nations Unies concernant l'interdiction de l'usage de la force contre l'intégrité territoriale ou l’indépendance publique d'un Etat. Les membres permanents et non permanents du Conseil de Sécurité ont voté l'inclusion du Venezuela  à l'ordre du jour. Le résultat a été 9 voix pour, 4 contre et 2 abstentions, ce qui donne lieu au débat sur la situation du pays.

 

Le Venezuela au Conseil de Sécurité de l'ONU 

 

Pour la première fois de l'histoire, le Venezuela a été acteur au Conseil de Sécurité. A cette session ont participé 30 pays : les 15 membres permanents et non permanents et 15 Etats qui ont demandé à y participer parmi lesquels la République Bolivarienne du Venezuela  (RBV). Bien qu'il n'y ait pas eu de vote final car aucune résolution n'a été présentée, les positions sont restées divisées : 19 pays en faveur du dialogue et de la négociation (20 avec la République Bolivarienne du Venezuela), 17 pour l'ingérence.

 

Les pays en faveur de l'ingérence ont fait appel à « l'exode » de Vénézuéliens, à la déstabilisation de la région, à l'absence de légitimité du Gouvernement de Maduro à cause de la non reconnaissance des élections de mai 2018, à la soi-disant répression de l'opposition politique et du peuple par le Gouvernement et au pari sur une « transition démocratique. » Se sont faits remarquer pour leur agressivité les représentants de la Colombie, du Pérou, du Brésil, du Chili et de l'Argentine. Le Chili a parlé « d'ouvrir un canal humanitaire » et le Pérou a demandé que l'ONU agisse en s'abritant derrière l'article 34 de la Charte. Les pays de l’Union Européenne (UE) membres du Conseil de Sécurité:le Royaume Uni et la France ont soutenu, avec l’Allemagne, la Belgique et la Pologne, l'ultimatum lancé par divers pays de l’Union Européenne donnant 8 jours au Gouvernement de Nicolás Maduro pour organiser des élections « libres. »

 

Les pays qui sont restés du côté du respect du Droit International ont allégué le fait que la communauté internationale reconnaisse un président qui s'auto-proclame constitue un dangereux précédent et ont remarqué qu'il était nécessaire de sortir du conflit par le dialogue et par la recherche d'un accord pacifique. La Russie, qui s'est faite remarquer pour avoir fait une des défenses les plus claires de al légalité vénézuélienne avec Cuba et la Bolivie, a dénoncé, en outre, la déstabilisation que l'ingérence des Etats-Unis au Venezuela  représente pour l'Amérique Latine et les Caraïbes. Nebenzia a qualifié ironiquement les déclarations du conseiller à la Sécurité Nationale, John Bolton, concernant la remise des biens du Gouvernement vénézuélien au gouvernement parallèle de Juan Guaidó de « déclaration bolchevique » car elle suppose l'expropriation des biens du Venezuela.

 

Il a aussi dénoncé l'usage de la « diplomatie préventive » qui ramène à des justifications (défense préventive) utilisées par les Etats-Unis auparavant pour envahir l’Afghanistan.

 

Le représentant de la Bolivie, Sacha Llorenti, a énuméré les 3 axes qui sont derrière la déstabilisation du Venezuela par les Etats-Unis : l'intérêt pour le pétrole, le contrôle géopolitique et la punition des pays qui ne s'alignent pas sur leurs politiques.

 

Le blocus du Venezuela se resserre

 

le secteur public-privé étasunien applique diverses tactiques pour en finir avec le chavisme depuis des années. Après l'échec de la tentative de coup d'Etat contre le Président Hugo Chávez en avril 2002, ces derniers temps, il a parié sur l'implosion du chavisme par la voie de l'étranglement économique grâce à des sanctions et à un blocus financier de fait qui, joint à une guerre économique, explique dans une bonne mesure les problèmes qu'affronte actuellement le Venezuela. C'est une stratégie qui comprend de multiples facteurs et à laquelle participent différents acteurs : elle passe par le discrédit du Gouvernement vénézuélien dans les médias mondiaux et le refus croissant de reconnaître les lois vénézuéliennes face à l'impossibilité que son alliée sur le terrain, une opposition divisée et discréditée parmi la population vénézuélienne, renverse le chavisme dans des élections.

 

Le dernier chapitre de ce mode d'emploi a été d'avaliser un gouvernement parallèle dirigé par Juan Guaidó, président de l'Assemblée Nationale dans l'illégalité. Mais certainement ce ne sera pas le dernier. Face à la récente investiture de Nicolás Maduro, les pressions ont redoublé ainsi que la possibilité de porter plainte contre le président vénézuélien devant la Cour Pénale Internationale envisagée en septembre 2018 par divers pays et ils distordent le Droit International pour qu'il coïncide avec l'imposition d'institutions parallèles sans fondement légal. Malgré leurs mentions de l'article 233 de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela pour justifier l'ascension de Guaidó, ils cachent le fait que « l’abandon de poste » du président Maduro – que l'Assemblée Nationale dans l'illégalité a déclaré en 2017 – n'est pas réel. L'annonce du transfert des actifs du Gouvernement vénézuélien au gouvernement de Guaidó est un pas de plus dans l'escalade. Un autre est la négociation des parallèle Etats-Unis avec le Gouvernement de Maduro pour installer un chargé d'affaires après le départ des diplomates du pays en même temps qu'il reconnaissent un chargé d'affaires parallèle.

 

La tension augmente

 

Dans ce contexte d'extrême tension où les 2 parties jouent à « tout ou rien » à chaque pas, il faudra être attentifs à l’usage qui pourrait être fait de la doctrine de la Responsabilité de Protéger (R2P), adoptée en 2005 et utilisée par le Conseil de Sécurité de l'ONU comme couverture légale pour intervenir en Libye en mars 2011grâce à la résolution 1973. Les Etats-Unis et leurs alliés parient sur l'ouverture d'un « corridor humanitaire » qui servirait à faire entrer les militaires pour des travaux soi-disant humanitaires qui auraient pour but ultime de prendre le contrôle du pays et en particulier des ressources pétrolières qui seraient réparties entre les compagnies étasuniennes qui se trouvent actuellement hors de ce négoce comme ExxonMobil. 

 

A cette répartition participeraient leurs partenaires européens et toute une pléiade d'entreprises sous-traitantes de différents rangs. Quelque chose d'identique à ce qui s'est passé en Irak. Les déclarations de John Bolton, de Marco Rubio et d'autres fonctionnaires étasuniens et l'annonce du gel des paiements et des actifs de PDVSA montrent le grand intérêt pour le but vénézuélien.

 

Un autre point important : les provocations qui peuvent déclencher des étincelles dans les rues que l'opposition n'est pas encore arrivée à prendre. Ces provocations peuvent comprendre une sorte d'attentat contre Guaidó qui favoriserait les intérêts de ceux qui tirent les ficelles et ne verraient pas d'inconvénient à sacrifier leur marionnette pour atteindre des objectifs plus importants reconnus par des milliers de millions de dollars. En ce sens, il est symptomatique que la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) ait pris rapidement des mesures préventives pour protéger Guaidó et sa famille alors que pendant le coup d'Etat contre le Président Hugo Chávez en avril 2002, elle avait refusé de prendre ces mesures pour protéger le président légitime du pays.

 

Le rôle du Conseil de Sécurité 

 

Le Venezuela est l'expression de la lutte géopolitique d'aujourd'hui mais ce ne sera pas la dernière. La réunion extraordinaire du Conseil de Sécurité sur le Venezuela a démontré, cependant, que si les Etats-Unis veulent entreprendre des actions belliqueuses plus importantes contre le Venezuela, ils devront le faire avec l'opposition de la majorité de la communauté internationale. Samedi, à l'ONU, la décadence d'un monde occidental représenté par les Etats-Unis et les pays de l’Union Européenne qui ne respectent même pas les règles qu'ils ont instaurées eux-mêmes après la Seconde Guerre Mondiale pour éviter de futurs conflits a été mise en scène.

 

L'émergence d'une nouvelle hégémonie dirigée par la Fédération de Russie, la Chine et d'autres pays non alignés sue les intérêts des Etats-Unis qui parient sur un nouvel ordre mondial qui soit plus représentatif que l'hégémonie actuelle a aussi été évidente. Pour le moment, ce pole alternatif est en train de gagner la bataille dans les institutions multilatérales et rend plus difficile que les Etats-Unis puissent faire approuver n'importe quelle sorte de résolution qui donne son aval à l'usage de la force envers le Venezuela dans le cadre de l'ONU ou au Conseil de Sécurité (où 2 partenaires commerciaux alliés du Venezuela ont le droit de vote, la Chine et la Russie) ou à l'Assemblée. Nous combien de temps mettront les Etats-Unis pour refuser de la reconnaître afin d'imposer son manuel préconçu pour amener « la démocratie et la liberté » au Venezuela.

 

Source Celag

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2019/01/30/ee-uu-vs-venezuela-en-el-consejo-de-seguridad-de-la-onu/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2019/01/venezuela-les-etats-unis-contre-le-venezuela-au-conseil-de-securite-de-l-onu.html