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Equateur : J. Assange, fondateur de WikiLeaks, arrêté à l’ambassade d’Équateur à Londres

11 Avril 2019, 16:07pm

Publié par Bolivar Infos

Equateur : J. Assange, fondateur de WikiLeaks, arrêté à l’ambassade d’Équateur à Londres

 

Julian Assange a été arrêté à Londres. Sur des images postées par le journal britannique The Guardian, l'Australien âgé de 47 ans, les cheveux tirés en arrière et portant une longue barbe blanche se débat et proteste tandis que plusieurs officiers le font monter dans un car de police.

 

 

Actuellement détenu dans un commissariat, Julian Assange devra apparaître devant Westminster Magistrate Court, l’un des tribunaux londoniens, assez rapidement, raconte notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix. Cette arrestation est le résultat de mois de négociations entre le gouvernement britannique et les autorités équatoriennes alors que les relations entre Julian Assange et l’Équateur s’étaient détériorées depuis plusieurs mois, depuis en fait l’arrivée d’un nouveau président à la tête du pays. Le président Lenin Moreno a décidé de retirer son statut de réfugié à Julian Assange et l’a accusé d’avoir enfreint les conditions de son droit d’asile.

 

L'ONU, via la rapporteur sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, estime que l'Équateur lui fait courir, en l'expulsant « un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux ». Par ailleurs, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit au respect de la vie privée, Joe Cannataci, qui devait rencontrer Julian Assange le 25 avril à l'ambassade d'Équateur à Londres, a de son côté indiqué aux médias qu'il n'entendait pas annuler son voyage et prévoyait de "lui rendre visite et (de) lui parler dans un poste de police ou partout ailleurs au Royaume-Uni où il pourrait être détenu".

 

En 2012, le fondateur du site WikiLeaks trouve asile à l'ambassade d'Équateur dans le but d'échapper à une extradition vers la Suède où il est recherché pour viol et agression sexuelle. Depuis, l'affaire de viol avait été classée, mais un mandat d'arrêt britannique était toujours en cours pour non-respect de ses engagements en matière de liberté conditionnelle. Ce 11 avril, Elisabeth Massi Fritz, la femme qui accuse Julian Assange de viol en Suède en 2010, a fait savoir qu'elle réclamait la réouverture de l'enquête.

 

Cette arrestation de Julian Assange dans les locaux de l'ambassade équatorienne relance la question de son extradition vers les États-Unis où il est poursuivi pour divulgation de nombreux secrets militaires et documents diplomatiques américains. Le site d'information WikiLeaks accuse, dans des tweets, l'Équateur d'avoir « mis fin illégalement » à l'asile politique accordé à Assange.

 

L'ex-président équatorien Rafael Correa accuse son successeur Moreno de « traîtrise ». Dans un message posté sur Twitter, il s'insurge contre l'entrée d'une police étrangère dans l'ambassade d'Équateur et la livraison d'un citoyen équatorien. En accordant sa protection au fondateur de WikiLeaks, l'Équateur, alors présidé par Rafael Correa, avait trouvé une occasion rêvée pour narguer les États-Unis. 

 

« Cela met la vie d'Assange en danger et humilie l'Équateur. Jour de deuil mondial », poursuit-il, accusant son successeur Lenin Moreno d'être responsable de l'arrestation.

 

Dans une vidéo diffusée sur Twitter, le président équatorien depuis 2017 explique point par point les raisons pour lesquelles Quito a permis à la police britannique d'arrêter Julian Assange dans son ambassade londonienne. L'Australien aurait notamment bloqué des caméras de sécurité, agressé des gardes au sein de l'ambassade et accédé à des archives sans permission. Les relations entre les autorités équatoriennes et Julian Assange se sont tendues depuis que ce dernier a été accusé d'avoir fait fuité des informations sur la vie privée du président équatorien. Il n'avait plus le droit de communiquer avec l'extérieur ni de recevoir de visites autres que celles de ses avocats. Lenin Moreno a également précisé qu'Assange ne serait pas extradé vers un pays où il risque la peine de mort.

 

« La main de la démocratie étrangle la liberté », a réagi sur Facebook la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

 

Le lanceur d'alerte Edward Snowden, toujours réfugié en Russie après avoir fait fuiter des documents confidentiels sur la surveillance de masse aux Etats-Unis en 2013, a très vite réagi en dénonçant un «jour sombre pour la liberté de la presse».

 

« Les images de l'ambassadeur d'Équateur invitant la police secrète dans l'ambassade pour traîner dehors un éditeur - que cela plaise ou non - de matériaux journalistiques primés finiront dans les livres d'histoire », ajoute-t-il. 

 

Le ministre britannique des Affaires étrangères lui a souligné que Julian Assange n'était pas «un héros» et que personne n'était «au dessus des lois», estimant que ce dernier avait « fui la vérité pendant des années» et qu'il était « juste que son avenir soit décidé par le système judiciaire britannique ».

 

http://www.rfi.fr/europe/20190411-julian-assange-wikileaks-equateur-police-britannique-londres