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Amérique Latine : Vie, passion et mort rapide du Groupe de Lima 

17 Juin 2019, 16:56pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Sergio Rodríguez Gelfenstein

En 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, s'est constitué un nouveau système qui rendait à peu près compte de la corrélation des forces politiques sur la planète mais qui, en grande partie, était imposé par les Etats-Unis, le grand vainqueur de la guerre surtout parce que son territoire n'a pas été touché par le conflit et que son appareil industriel était intact. La faible quantité de pertes qu'a subi ce pays en comparaison avec l'Europe et la Chine et leur participation de dernière minute (moins d'un an) à la véritable guerre s'est déroulée en Europe bien qu'on ait cherché à glorifier jusqu'à maintenant leurs actions contre le Japon, dans le Pacifique et en Asie ont aussi concouru à créer cette situation.

 

Ainsi, les Etats-Unis ont modelé un monde à leur mesure sans pouvoir éviter que l’Union Soviétique et le Chine jouent un rôle actif, la première à cause de son grand potentiel économique et sa participation décisive à la guerre et la Chine qui, bien qu'elle ait été dévastée par 14 ans d'occupation japonaise, a fait valoir ses 540 000 000 d’habitants (plus de 20% de la population mondiale) pour intégrer la nouvelle instance du pouvoir mondial : le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les Etats-Unis ont ajouté leurs 2 alliés européens la Grand eBretagne et la France. C'est ainsi qu'a été configuré le véritable pouvoir mondial qui a été complété en 1949 par la création de l'Organisation de l'Atlantique Nord (OTAN), bras militaire des Etats-Unis dans le monde, en alliance avec des pays militairement soumis.

 

Rapidement, cette structure a eu son corolaire en Amérique Latine, sauf que dans sa zone d'influence directe, les Etats-Unis n'ont pas eu d'obstacles pour concevoir un « costume sur mesure » qui est devenu effectif après la naissance du Traité Inter-américain d'Assistance Réciproque (TIAR) en 1947 et de l'Organisation des Etats Américains (OEA) en 1948 qui a concrétisé le rêve ancestral panaméricain basé sur la Doctrine Monroe. 

 

L'Organisation des Nations Unies a été créée par 51 Etats, l'OEA par 21 mais Cuba en ayant été expulsée en 1962, le nombre de ses membres s'est réduit à 20. Les processus de décolonisation et le démembrement ont produit une explosion de croissance qui amené l'ONU aujourd'hui, à avoir 193 membres et l'OEA 34 après le départ du Venezuela en avril dernier.

 

Dans le cas de l'OEA, les pays auxquels s'est joint le Canada en 1989 ont accompagné les Etats-Unis dans presque toutes leurs actions interventionnistes et leurs violations du Droit International pendant 5 décennies. Le Mexique a eu le mérite d'avoir été le seul pays à ne pas s'être plié à la décision de l'organisme de rompre les relations avec Cuba.

 

L'OEA a servi pendant des décennies à justifier, apporter son appui, soutenir et coordonner des actions qui ont servi aux Etats-Unis à commettre toutes leurs saloperies dans la région. Aucun pays ayant un Gouvernement correct en peut donner d'argument qui explique les raisons de leur permanence dans cette instance du Gouvernement des Etats-Unis qui a la forme d'une organisation internationale.

 

Cependant, le processus de décolonisation que la planète a vécu à partir des années 60 du siècle dernier est aussi arrivé dans les Caraïbes, de petits pays mais avec une classe politique qui, sauf de rares exceptions, possède une haute formation politique, culturelle et éducative, une grande fierté nationale et un honneur et une dignité à toute épreuve, puissance et a produit une transformation dans la corrélation des forces dans la région en faveur de la démocratie, de la solidarité, de l'humanité, du respect du Droit International et et de la bonne coexistence entre les pays. Les grands pays d'Amérique du Sud se sont rendus compte qu'ils existaient quand il a fallu recourir à eux pour obtenir des voix pour lesquels on avait besoin de certains de leurs représentants pour arriver au poste le plus élevé à l'OEA ou à une autre charge élective dans un organisme international.

 

Avant l'OEA, le TIAR a expiré quand la fausseté de ses soutiens a été mise à jour pendant la guerre des Malouines en 1982 lors de laquelle les Etats-Unis ont oublié opportunément la Doctrine Monroe en se mettant du côté de la puissance extra-continentale agresseuse car il s'agissait de son principal allié, un critère suffisant pour qu'ils donnent leur aval à l'attaque britannique.

 

Ensuite, l'OEA a commencé à s'écrouler, les pays des Caraïbes et d'autres pays qui à ce moment-là avaient des Gouvernements indépendants dans la région, ont fait pression il y a exactement 10 ans, en juin 2009, jusqu'à ce que l'OEA accepte de réintégrer Cuba dans l'organisme dont elle avait été expulsée ignominieusement en 1962. Mais l île de Martí et de Fidel pratiquait une politique étrangère indépendante et souveraine et faire à nouveau partie de cet avorton de l'Empire ne l'intéressait pas. Sa chancellerie a déclaré : «  Cuba n'a pas demandé et ne souhaite pas revenir à l'OEA, pleine d'une histoire ténébreuse et de soumission mais reconnaît la valeur politique, le symbole et la rébellion que suppose cette décision prise par les Gouvernements populaires d'Amérique Latine. »

 

Les Etats-Unis se sont donnés la tâche de chercher un secrétaire général issu des rangs de ceux qui apparemment n'étaient pas leurs alliés pour donner un vernis progressiste à l'institution. Ils l'ont trouvé grâce à la superficialité et à la banalité habituelles de José Mujica qui a proposé son ministre des Affaires Etrangères. Comme d'habitude, les renégats et les traîtres agissent avec plus d'acharnement et de préméditation que les ennemis déclarés. En paraphrasant Silvio Rodríguez, cette sorte d'animaux nuisibles ont besoin « … de se trouve un petit coin sur un piédestal, » c'est à dire sur un piédestal de l'Empire.

 

Almagro s'est rapidement plié à l'idéologie du Gouvernement Trump qui s'est proposé de violer le Droit International et le structure même du système mondial et américain. Dans son désir de détruire le Venezuela, Almagro, ne s'est même pas épargné de malmener la Charte même de l'organisation qu'il dirige pour obtenir une expulsion qui justifierait clairement l'invasion militaire de la République Bolivarienne. Après l'avoir tenté sans succès, il s'est vu obligé d'accepter le fait que son but n'avait pas pu être atteint et a soutenu sans problème la création par les Etats-Unis d'une nouvelle instance qui se chargerait de faire ce que l'OEA n'a pas pu faire. Ainsi est né le Groupe de Lima dans l'idée de la chute imminente du Gouvernement du Venezuela.

 

17 pays, de diverses façons, se sont soumis aux Etats-Unis après que ceux-ci leur aient offert de participer aux rapides qui devaient suivre la chute du Gouvernement du Venezuela. Peu à peu, certains se sont retirés en voyant que la réalité allait en sens contraire de ce que les Etats-Unis leur avaient promis. Les Caribéens qui ont participé à cette méthode inédite de transformer la politique en cartel propre aux organisations mafieuses et aux groupes de délinquants ont fait progressivement marche arrière.

 

Il n'est resté que 12 apôtres qui, à la différence de ceux qui étaient avec le Christ, se comportaient comme 12 Judas écoutant leur rédempteur qui, dans ce cas était le Dieu du Mal, de la Mort, de l’Avilissement, de l'Agression, de l’asservissement et de la Douleur de la majorité des peuples de l'humanité.

 

Il est intéressant d'observer ce qui s'est passé avec eux. Parmi les créateurs de l'avorton, il y avait les Mexicains Enrique Peña Nieto et son chancelier Luis Videgaray. De celui-ci, personne ne s'en souvient, Peña Nieto est le seul qui sort dans les médias à propos de la rupture de l'accord matrimonial avec Televisa qui l'a obligé à se marier avec une actrice de cette entreprise pour que celle-ci le fasse président. Andrés Manuel López Obrador a opéré un revirement dans la politique étrangère de son pays vers son action juridique traditionnelle de respect du « droit de l'autre » pour construire la paix, s'éloignant des actions du Groupe de Lima.

 

L'hôte de l'événement d'août 2017, Pedro Pablo Kuczynski n'a pas pu remplir son devoir même pas avec l'invention d'un Sommet des Amériques contre la corruption pour occulter ses propres actions délictueuses qui aujourd'hui, après moins de 2 ans de présidence, l'ont conduit à la prison préventive pour qu'une enquête soit faite sur ses actions en marge de la loi.

 

Santos, l'ex-président colombien, est aujourd'hui plus préoccupé par son affrontement avec son mentor Uribe que par autre chose. Sa chancelière María Ángela Holguín qui a utilisé sa charge plus pour satisfaire ses aspirations personnelles que pour autre chose, a disparu de la mémoire de la plupart des gens. Souvent leurs « vertus » ne servent à rien en marge de la responsabilité du Gouvernement.

 

A Bachelet, pour services rendus, les Etats-Unis ont offert une charge à l'ONU où elle continue à servir ses maîtres. Son chancelier, le principal activiste du Groupe de Lima, dirige un « parti de merde » dont l'idéologie est basée sur l'opportunisme politique pour obtenir des charges publiques. Après avoir tenté de se transformer en champion de la guerre contre le Venezuela et du libre commerce sur ordre de ses mentors de Washington, il s'agite sans succès dans les promenades que fait la putride classe politique de son pays.

 

Il est certain que Bachelet et Santos ont été remplacés pour des satrapes identiques dans leurs propres pays mais les nouveaux chanceliers font peine. Le Colombien Carlos Holmes Trujillo s'est ridiculisé en demandant le soutien de la Russie, de la Chine et de Cuba pour renverser Maduro qui, comme l'a reconnu publiquement le président Duque en personne, est une obsession personnelle qui le poursuit. Holmes Trujillo en est même arrivé à se rendre à Moscou pour convaincre son collègue Sergueï Lavrov de la nécessité de changer le Gouvernement du Venezuela par des voies différentes de la voie électorale. La réponse négative de la Russie a été ferme. Le président Poutine n'a pas perdu son temps et n'a pas reçu l'uribiste.

 

Pour sa part, Roberto Ampuero, qui s'est tant démené pour mettre le Chili à l'avant-garde de la conspiration anti-Venezuela a été amèrement expulsé du cabinet du président Piñera et de son poste de chancelier. Ampuero et 5 autres ministres ont été rendus responsables de la chute de popularité abrupte de Piñera qui, au dernier sondage, n'est plus que de 26%, 15 points de moins qu'au sondage précédent. Le président attribue à Ampuero l'échec de l'opération Cúcuta, le 23 février alors que celui-ci lui affirmait qu'après l'entrée de l'aide humanitaire au Venezuela, les forces armées allaient se diviser et qu'on pourrait installer Guaidó au Gouvernement.

 

Piñera s'est impliqué personnellement dans dans une telle absurdité et n'a pas pu surmonter le ridicule que lui a fait subir son chancelier. La visage de circonstance qu'il montrait avec Duque et Guaidó le lendemain de l'invasion ratée du Venezuela exprimait clairement sa conviction qu'Ampuero était un incapable qui devait être renvoyé, il n'y avait qu'à attendre le meilleur moment pour que ça passe inaperçu. Et ce moment est venu cette semaine. Ampuero s'en est allé avec plus de chagrin que de gloire.

 

Pendant ce temps, comme l'a dit un important dirigeant de l'opposition vénézuélienne : « … su quelqu'un appelle Miraflores au téléphone, celui qui répond, c'est Maduro. »

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2019/06/14/vida-pasion-y-pronta-muerte-del-grupo-de-lima-opinion/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2019/06/amerique-latine-vie-passion-et-mort-rapide-du-groupe-de-lima.html