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Amérique Latine : L'UNASUR a toujours été vue avec hostilité par les Etats-Unis

26 Septembre 2019, 15:15pm

Publié par Bolivar Infos

 

Le 17 septembre, l'Assemblée Nationale de l'Equateur, à une large majorité, a décidé de se détacher de l'UNASUR, l'Union des Nations sud-américaines. Cette majorité est la produit d'alliances entre les secteurs alignés actuellement sur le président Lenín Moreno et des partis qui ont été dans l'opposition au président Rafael Correa, l'un des promoteurs de l'UNASUR. L'Argentine, le Brésil, la Colombie, le Chili, le Paraguay et le Pérou ont suspendu leur participation à cet organe régional mais l'Equateur est le premier à s'en détacher officiellement après l'approbation du Parlement. Pour comprendre la portée de cette décision, NODAL a consulté Guillaume Long, chancelier de l'Equateur en 2016 et 2017 et ex-représentant du pays aux Nations Unies, à Genève.

 

Quelle réaction avez-vous, en tant qu'ex-chancelier de l'Equateur, face à la dénonciation du Traité Constitutif de l'UNASUR par l'Equateur ?

 

Cela me rend très triste. Il est difficile de comprendre la myopie et la haine ou les 2 choses, qui sont derrière une décision de cette nature. C'est, en réalité, un groupe d'acteurs qui s'est prêté à ce chapitre honteux de notre histoire. Tout d'abord, il faut regretter la décision du Gouvernement de Lenin Moreno d'engager ce processus. Ensuite, la résolution de la Cour Constitutionnelle qui a dû donner son aval mais, apparemment, sans avoir lu notre Constitution qui établit dans son article 423 que « l'intégration, en particulier avec les pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, sera l'un des objets stratégiques de l'Etat » et que « dans toutes les instances et dans tous les processus d'intégration, l'Etat équatorien s'engagera à stimuler l'intégration. » Et enfin, le vote de 79 législateurs à l'Assemblée Nationale en faveur de la dénonciation du du Traité Constitutif de l'UNASUR.

 

Il est important de souligner que l'Equateur avait été un Etat particulièrement actif dans la constitution de notre Union. L'Equateur avait fait de gros efforts en 2009 et en 2010, quand il exerçait la présidence tournante de l'UNASUR, pour obtenir la ratification de ce même Traité Constitutif qu'il dénonce à présent, par les parlements sud-américains. Non seulement le Gouvernement équatorien et son chancelier, mais le pouvoir législatif aussi. Je se souviens que même le président de l'Assemblée Nationale parcourait toute la région pour encourager les parlements des différents pays à approuver cet instrument, ce qui a joué un rôle déterminant pour l'entrée en vigueur du Traité en 2011.

 

Ensuite, l'Equateur a été choisi comme siège du Secrétariat Général de l'UNASUR...

 

Exactement. Quito semblait être une sorte de capitale de cette intégration sud-américaine étant donné qu'on avait décidé d'implanter l'organe exécutif de l'UNASUR, le Secrétariat Général, en Equateur. C'était très important pour l'Equateur. Cela signifiait que l'Equateur et Quito, sa capitale, se situaient au centre de l'intégration sud-américaine, que Quito devenait une sorte de « Bruxelles » de la nouvelle organisation régionale, un grand pari stratégique qui a été accompagné par une infrastructure voyante dans un lieu connu comme la Moitié du Monde qui était clairement le début d'un complexe plus important dans l'avenir. C'est justement à cette époque que Quito a construit son nouvel aéroport et a modernisé son infrastructure routière entre autres choses. Il y avait un projet très important lié à l'implantation de l'UNASUR dans notre pays. C'est pourquoi la décision des membres de l'Assemblée de dénoncer le Traité Constitutif est incroyable.

 

Comment expliquez-vous alors cette décision ?

 

Je pense que l'explication importante se trouve sans la haine irraisonnée des nouvelles élites gouvernantes pour ce qu'elles perçoivent comme du « corréisme. » Cela fait partie d'une série d'actions, plusieurs tout à fait nocives, destinées à gommer l'héritage de la « Révolution Citoyenne. » Mais je pense aussi qu'il y a d'importants calculs géopolitiques. Il ne faut pas oublier que ce Gouvernement est en train d'accomplir une liste de tâches exigées par l'étranger. Nous en avons déjà vu certaines se réaliser : le retour du FMI, une piste d'atterrissage dans les Iles Galapagos, la fin de l'asile accordé à Julian Assange ou la reconnaissance du président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó. L'UNASUR est un point de plus sur cette liste.

 

Pensez-vous que es pressions des Etats-Unis seraient derrière le départ de l'Equateur de l'UNASUR ?

 

Je ne saurais dire si ça a été une demande ou une insinuation particulière des Etats-Unis mais il est évident que cette décision de l'Equateur favorise ce que les faucons traditionnels étasuniens perçoivent comme leurs intérêts en Amérique Latine. Enfin, la dénonciation du Traité fera beaucoup pour rendre le Gouvernement de Lenín Moreno encore plus la sympathie au Gouvernement Trump. Il faut comprendre que, tout au long de notre histoire, les Etats-Unis ont toujours été hostiles à toute forme d'intégration latino-américaine qui se mette en place hors de la présence – je dirais même de la direction - de Washington. Le MERCOSUR a toujours été vu avec suspicion et même boycotté, par les Etats-Unis. Dès la fin des années 90 du siècle dernier, en plus, les Etats-Unis ont cherché activement une solution sur le modèle du NAFTA avec le Mexique pour l’appliquer à toute la région. Cette proposition a été connue sous le nom de ZELA jusqu'à ce que finalement, elle soit vaincue en 2005 au Sommet des Amériques, à Mar del Plata, en Argentine. Avec beaucoup plus de raisons, l'UNASUR a toujours été vue, par l'establishment de la sécurité nationale et de la politique étrangère des Etats-Unis, avec une certaine hostilité.

 

Vous avez parlé du rôle stratégique de l'UNASUR. Pourquoi est-elle si importante pour notre région ?

 

L'union sud-américaine et latino-américaine est une condition nécessaire pour atteindre notre développement et je dirais même la souveraineté de nos pays. Si nous unissons les efforts de chacun de nos pays sud-américains, il est évident que nous serons plus efficaces pour résoudre nos problèmes. Si nous joignons la capacité financière, technique, de production de chacun, nous pourrons mener à bien des projets de bien plus grande envergure pour nos peuples. Nous pourrons, en outre, et c'est très important, générer les économies d'échelle1dont nous avons tant besoin.

 

Peut-être l'aspect le plus important est-il le pouvoir d'établir peu à peu un cadre de régulation propre qui nous permette d'homogénéiser nos cadres vers le haut : plus de droits, plus de protection de la nature, plus de contrôle social. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons agir ensemble face aux grands défis du développement, de la démocratie, de la sécurité, de la santé publique, de l'environnement, de la science, de la technologie, de l'innovation et de la connaissance.

 

Comment peut-on expliquer cette équation « unité égale souveraineté » ?

 

Nous pensons à ce qu'implique par exemple le fait de cesser d'envoyer nos soldats se former dans des pays qui ne cherchent par nécessairement notre intérêt mais peut-être une façon de rester présents ou d'avoir un haut degré de lien avec nos appareils de sécurité. Evidemment, nous devons avoir un calendrier de recherches et d'innovation propre dans tous les domaines et nous devons coordonner nos efforts pour affronter ensemble les défis qui sont les nôtres en matière de santé publique. C'est l'unité destinée à agir de façon souveraine pour défendre des intérêts de nos peuples. 

 

Il faut rappeler que la création de l'UNASUR, en 2008, a été le fruit de la nécessité d'éviter la fragmentation des décisions et des actions des Gouvernements sud-américains envers les agents extra-régionaux. La construction de l'UNASUR s'est justifiée par conséquent sur la base d'un diagnostic important : la politique étrangère des pays sud-américains avait été, tout au long de l'histoire, excessivement dépendante du bilatéralisme avec le reste du monde et surtout avec les grandes puissances. Le résultat était que nous étions toujours désavantagés. Il est évident que la fragmentation des relations extérieures des pays sud-américains amène essentiellement à « une route vers le bas » entre voisins pour attirer le capital et chercher à être plus compétitif que le voisin. Elle implique, en outre, un renforcement du patron primaire-exportateur de nos pays, de cette dépendance historique de l'Amérique Latine envers les matières premières et du rôle périphérique que jouent nos pays dans le système-monde.

 

Pensez-vous que l'on puisse sauver l'UNASUR ou reconstruire, à un moment donné, l'intégration latino-américaine ?

 

Je pense que le moment que nous vivons détruit tout ce qui a été construit en Amérique Latine ces dernières années. Même si ces Gouvernements sont de passage, il est évident qu'il y a des choses qui sont faciles à défaire mais qui prendront de nombreuses années et coûteront beaucoup d'efforts pour être reconstruites. Je pense aussi que les Gouvernements qui mettent en œuvre cet ordre du jour de haine et de revanchisme sont stupides et qu'ils l'ont fait sans grand soutien du peuple, pire, en prenant nos peuples par surprise Amérique Latine qui, dans plusieurs cas, ont été comme atterrés. Mais leur stupidité et leur caractère arbitraire pèsera lourd, par exemple la façon dont les choses ont été faites en violant les lois ou la Constitution et en persécutant les opposants politiques. Les antécédents politiques et juridiques de ces abus, je parle des abus du néolibéralisme autoritaire ou semi-autoritaire actuel, nous servirons sans aucun doute à reconstruire un projet d'intégration fort et légitime. Ainsi, je garde l'espoir que ces durs revers serviront à la fin de fertilisant à la renaissance de notre unité.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

NOTE de la traductrice:
1L'expression économie d'échelle désigne les situations dans lesquelles une augmentation de la production d'une entreprise engendre une diminution du coût unitaire moyen d'un produit ou d'un service. 

 

L'un des principaux facteurs d'économie d'échelle est la répartition des coûts fixes [1] incompressibles (machines, bâtiments, structure administrative, etc.) sur un plus grand nombre d'unités produites. (http://www.toupie.org/Dictionnaire/Economie_echelle.htm)

Source en espagnol :

http://www.correodelorinoco.gob.ve/guillaume-long-unasur-siempre-fue-vista-hostilidad-por-la-politica-exterior-de-eeuu/

URL de cet article : 

http://bolivarinfos.over-blog.com/2019/09/amerique-latine-l-unasur-a-toujours-ete-vue-avec-hostilite-par-les-etats-unis.html