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Bolivie : 5 points pour comprendre les élections

27 Septembre 2019, 19:46pm

Publié par Bolivar Infos

 

Le 12 octobre 2014 se sont déroulées les dernières élections générales en Bolivie. Le Mouvement vers le Socialisme (MAS) d'Evo Morales y a obtenu 61% des voix.

 

Mais moins d'un an et demi plus tard, le 21 février 2016, la possibilité pour Evo Morales de se présenter à nouveau obtenait 48,7% des voix face à l'opposition qui défendait le « non » et obtenait 51,3% des suffrages.

 

Que s'était-il passé ?

 

2 raisons peuvent expliquer ces résultats. D'un côté, comme dans la majorité des processus en Amérique Latine qui ont dépassé la barrière des 10 ans, il y a un épuisement ou au moins une perte d'image du processus et de sa capacité à séduire certains secteurs. D'autre part, comme cela arrive aussi dans d'autres pays, la guerre des médias contre l'image d'Evo représentée par l'affaire Zapata, a eu une forte incidence sur l'imaginaire des électeurs, en particulier dans les classes moyennes urbaines.

 

Mais ces 2 raisons n'expliquent pas tout. En ce qui concerne les prochaines élections du 20 octobre, nous allons essayer d'analyser 5 points importants dans la lecture du scénario électoral dans lequel, pour la première fois en 13 ans, Evo et le MAS ne sont pas certains de gagner.

 

Les chiffres

 

Il n'est plus possible d'atteindre les 61% comme en 2014,maintenant le maximum est de 49%, le pourcentage obtenu par Evo au referendum.

 

Il est très probable qu'ils obtiendraient entre 40 et 45%, ce qui leur permettrait de gagner au premier tour à condition d'avoir 10 points d'avance sur le second. Le problème est qu'un second tour serait catastrophique. Ce serait un nouveau 21 février, toute l'opposition s'unissant contre Evo, ce qui provoquerait la défaite du Mouvement vers le Socialisme.

 

Les nouvelles classes sociales

 

En 2005, l'extrême pauvreté était de 38,2% (presque 4 Boliviens sur 10) et en 2018, elle était de 15,2% alors que la pauvreté modérée était passée de 60,6% à 36,4%. Ce qui est bon : les personnes à revenus moyens sont passées de 3 300 000 en 2005 à 7 000 000 en 2018. Ce qui est mauvais : Cette augmentation de presque 4 000 000 n'a pas été obtenue parmi des citoyens critiques, conscients que s'ils vont mieux, c'est grâce à certaines politiques sociales et économiques mises en place par un Gouvernement populaire. Il s'est créé 4 000 000 de nouveaux consommateurs.

 

Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas non plus une classe moyenne traditionnelle mais une classe moyenne d'origine populaire dont l'existence, comme l'explique le vice-président Álvaro García Linera, soit être constatée non seulement par ses revenus mais aussi par son capital social, culturel et ethnique. Cette classe moyenne se dispute avec la classe moyenne traditionnelle le même espace d'opportunités. Ces 2 secteurs de la classe moyenne seront, très certainement, déterminants dans les élections d'octobre.

 

L'opposition

 

Pourquoi avec un noyau dur du MAS qui ne baisse pas en-dessous de 30% et un noyau dur de droite qui frôle aussi les 30% et dont une partie soutiendra Oscar Ortiz, le candidat de Rubén Costas et la droite «  cruceña, » la possibilité de séduire ces classes moyennes déçues par le processus de changement reste aux mains de Carlos Mesa, ex vice-président de Gonzalo Sánchez de Lozada, et elle pourrait perdre au premier tour avec moins de 10 points de différence, ce qui lui donnerait de fortes chances au second.

 

Les projets

 

Pour affronter le MAS, le projet de l’opposition a changé de forme mais pas de fond car il serait idiot de prendre position contre les politiques de redistribution et d'inclusion mises en œuvre par le Gouvernement bien que la réalité soit que ce projet est plus proche de celui de l'Argentine de Macri que de celui de la Bolivia d'Evo.

 

Le problème est que le projet politique du MAS ne représente plus le changement mais la continuité et que la gestion n'est pas sexy, pas attrayante à un moment d'élections. Il n'est pas possible que les gens qui ont voté « non » au referendum votent pour Evo aujourd'hui mais en même temps s'ouvre une fenêtre d'opportunité avec les nouveaux électeurs jeunes qui voteront pour la première fois.

 

Le rôle des médias

 

Il y a longtemps que les médias sont le principal parti d'opposition en Bolivie. Le referendum du 21 février l'a prouve en construisant une gigantesque fausse information intitulé Affaire Zapata et seront probablement à nouveau déterminants dans cette campagne, avec les réseaux sociaux.

 

Mais une autre faiblesse du parti au Gouvernement est que les médias publics (gouvernementaux pour être plus précis) sont très faibles et n'ont pas réussi à construire un vrai récit du processus de changement. Pendant la campagne de referendum, on n'a pas réussi à communiquer pour que, 14 mois après la victoire aux élections, la possibilité de se représenter soit acceptée. La réponse est simple : pour finir ce qui a été commencé en cette année 2006 de nationalisation des hydrocarbures et d'Assemblée Constituante.

 

Et la façon dont de nouveaux imaginaires se construiront et se déconstruiront pendant les mois qui nous séparent de ces élections, en particulier sur un sujet aussi sensible que la corruption pour les classes moyennes, sera un autre point important du résultat final du 20 octobre.

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2019/07/07/bolivia-cinco-claves-para-entender-el-escenario-electoral/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2019/09/bolivie-5-points-pour-comprendre-les-elections.html