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Amérique Latine : Les derniers jours de Luis Almagro à l'OEA?

15 Janvier 2020, 16:59pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Álvaro Verzi Rangel

Même si les médias hégémonique transnationaux essaient d'imposer l'idée que Luis Almagro sera réélu en mars secrétaire général de l'Organisation des Etats Américains (OEA), les nombreuses critiques que son action a suscitées font douter de la permanence à la tête de l'organisme panaméricain qui comprend les pays d'Amérique Latine et des Caraïbes en plus des États-Unis et du Canada.

 

Les 33 Etats de l'OEA désigneront le nouveau secrétaire général le 20 mars et il y a 3 concurrents dont les candidatures ont été déposées avant le 15 décembre 2019, date fixée par le Conseil Permanent de l'Organisation. Les règles permettent qu'un candidat se présente jusqu'au jour de l'élection mais c'est peu probable.

 

Les candidats sont le secrétaire actuel, Luis Almagro, Hugo de Zela, actuellement ambassadeur du Pérou aux États-Unis et María Fernanda Espinosa, la seule femme, qui a été récemment présidente de l'Assemblée Générale des Nations Unies. 2 pays des Caraïbes, Antigua et Barbuda et Saint Vincent et les Grenadines, ont proposé Espinosa, la Colombie a proposé Almagro et le Pérou, De Zela.

 

Luis Almagro a été souvent mis en cause ces derniers mois à cause de son alignement systématique sur les intérêts de Washington, surtout dans des cas exemplaires comme l'ingérence des États-Unis au Venezuela et le coup d'Etat qui a chassé Evo Morales et a débouché sur une dictature que l'OEA n'a jamais condamnée.

 

Son vocabulaire belliqueux, sa diatribe permanente contre les Gouvernements progressistes de la région, son intervention directe en parlant d'une fausse fraude dans les élections boliviennes, son désintérêt et son ignorance des problèmes et des revendications des pays des Caraïbes se sont exprimés ouvertement aux derniers conseils permanents de l’organisme.

 

Almagro a une vision du continent propre à l'époque de la Guerre Froide. En novembre 2019, il a fait partie du Comité d'Organisation du 30° anniversaire de la chute du Mur de Berlin célébré par l'association « Victimes du Communisme, »une organisation qui participe à des actes organisés par l' USAID pour diaboliser la coopération médicale de Cuba sur le continent.

 

De plus, pendant qu'il était secrétaire général, il a exacerbé l'activité de dénonciation du Gouvernement légitime du Venezuela grâce à des actes organisés par les délégations du Canada, de la Colombie, des États-Unis et le représentant de Juan Guaidó, avec la coopération de la France.

 

Les représentants de la Communauté des Etats des Caraïbes (CARICOM) se sont déjà prononcés contre la réélection d'Almagro et ont décidé de voter pour l'ex-chancelière équatorienne et ex-présidente de l'Assemblée Générale des Nations Unies, María Fernanda Espinosa.

 

La position controversée d'Almagro a suscité l'inquiétude de nombreux pays et cela semble évident depuis que le Pérou, un des pays fondateurs du Groupe de Lima, un groupe non officiel de pays de l'OEA qui suit les orientations de Washington, a décidé de présenter de Zela qui a une longue expérience de l'OEA, contre lui.

 

Mais les pays qui pensent que l'OEA doit être réformée pour s'ajuster aux nouveaux défis de l'hémisphère et les respecter sont nombreux. Etant donné qu'une grande partie du soutien d'Almagro provient du Groupe de Lima dont de Zela est actuellement le coordinateur, ils se battent tous 2 sur le même terrain.

 

Ce qui est sûr, c'est que les pays des Caraïbes n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour présenter un candidat de leur communauté, parfaitement qualifié et prêt à participer à une compétition qui serait soutenue par tous ouvertement et totalement. 

 

Espinosa, pour sa part, a impressionné beaucoup de chefs de Gouvernement et de chanceliers lors qu'elle était présidente de l'Assemblée Générale des Nations Unies par sa façon de rechercher le consensus et l'inclusion : justement ce dont a besoin l'OEA. L'entourage peureux d'Almagro a voulu imposer l'idée qu'Espinosa a été proposée par ceux que Cuba et le Venezuela influencent.

 

Le Mexique et l'Argentine

 

Il faut tenir compte du fait que déjà 2 puissances de la région, le Mexique et l'Argentine, ont annoncé qu'elles n'accepteraient pas la réélection de l'x-chancelier de l'Uruguay parce qu'il ne respecte pas les principes de l'OEA, renforcer la paix et la sécurité, promouvoir la démocratie, résoudre les conflits pacifiquement.

 

Ses interventions, disent les Argentins, ont favorisé les ruptures, prenant parti pour certains secteurs politiques des pays membres et mettant en place un ordre du jour de conflits, loin du rôle de médiateur que doit avoir un organisme multilatéral. 

 

La chancellerie argentine a signalé qu'elle travaille à construire une candidature alternative avec d'autres pays comme le Mexique, le Pérou, le Panamá, Antigua et Barbuda et Saint Vincent et les Grenadines.

 

Lors de la relance de la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC) au Mexique, le chancelier argentin Felipe Solá a rencontré Fernanda Espinosa avec qui il a convenu de « la nécessité de renforcer le multilatéralisme latino-américain jusqu'à une véritable représentation de tous les pays d'Amérique», a fait savoir la Chancellerie argentine. Il a aussi rencontré l'autre candidat, l'ambassadeur du Pérou aux États-Unis, Hugo de Zela.

 

La bagarre caribéenne

 

Sir Ronald Sanders, ambassadeur d'Antigua et Barbuda aux États-Unis et devant l'OEA, a souligné l'état de désordre de l'organisation qui s'est aggravé pendant ces 4 dernières années. Il a ajouté que l’un des faits qui a provoqué l'interruption de son fonctionnement systémique est l'abandon de la création de consensus dans la prise des décisions pour l'imposition par de puissants Gouvernements de leur volonté grâce à la coercition ou au trafic d’influence.

 

L'autre fait est la façon dont Luis Almagro a utilisé l'OEA comme plateforme pour des déclarations qui en reflètent que ses positions étroites et pas celles des membres de l'OEA en tant que corps collectif.

Sander a dénoncé le fait que si Almagro avait pris le temps et la peine de s'intéresser aux défis qu'affrontent les pays des Caraïbes et à leurs priorités, il aurait pu devenir un défenseur des pays les plus petits qui composent presque la moitié des membres de l'OEA.

 

Il a rappelé qu'en février 2015, quand il cherchait à être élu, Almagro avait annoncé 3 initiatives dans le domaine du développement. 2 d'entre elles : un fonds d'urgence pour les désastres naturels visant particulièrement l'Amérique Centrale et les Caraïbes, un fonds d'Interconnexion pour les Caraïbes « qui puisse surmonter les faiblesses structurales que ce soit en termes de logistique et de technologie de l'information et des communications et augmenter le potentiel d'emploi pour les jeunes. »

 

La troisième proposition était une initiative inter-américaine sur le changement climatique « qui peut obtenir un consensus sur la position de l'hémisphère avant Paris 2015. »

 

A part un fonds insignifiant destiné à fournir une somme symbolique après les désastres, rien ne s'est passé.

 

« Nous vivons dans un monde d'incertitude dans lequel le pouvoir s'exprime des façons les plus diverses et de moins en moins conventionnelles, dans lequel nous devons avancer dans un ordre du jour positif pour aider l'OEA à être à la hauteur des circonstances et à éviter que l'Hémisphère retombe dans la Guerre Froide, des pratiques que nous devons éviter par tous les moyens, » a signalé Sanders.

 

Un décompte totalement officieux montre qu'Espinosa pourrait avoir les voix du Mexique, de l'Argentine, du Panamá, du Nicaragua, d'Antigua et Barbuda, des Barbades, de la Dominique, de la Grenade, du Guyana, de Haïti, de la Jamaïque, de Montserrat, de Sainte Lucie, de San Cristóbal et Nieves, de Saint Vincent et les Grenadines, du Suriname, de Trinidad et Tobago et des Bahamas.

 

Almagro, pour sa part, pourrait avoir les voix des Etats-Unis, de l'Equateur, de la Colombie, du Canada, du Brésil, du Paraguay, de la Bolivie, du Chili, de Belize, du Honduras, du représentant de Guaidó, du Guatemala, du Salvador et peut-être de l'Uruguay (qui n'a pas présenté de candidature). Et De Zela, la voix de son pays, le Pérou.

 

Quelles surprises vont nous préparer les Etats-Unis ? C'est la question que se posent les ambassadeurs devant l'OEA à Washington.

 

Álvaro Verzi Rangel est sociologue, coordinateur de l'Observatoire en Communication et en Démocratie et du Centre Latino-américain d'Analyse Stratégique (CLAE).

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2020/01/13/los-ultimos-dias-de-luis-almagro-en-la-oea/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/01/amerique-latine-les-derniers-jours-de-luis-almagro-a-l-oea.html