Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Venezuela : Pourquoi les élections législatives sont nécessaires

26 Février 2020, 18:45pm

Publié par Bolivar Infos

 

Depuis que la l'opposition vénézuélienne a gagné les élections législatives en décembre 2015, elle n'a cessé de se battre pour le changement de régime à partir de l'Assemblée Nationale (AN). Le Parlement a été pris comme fer de lance pour en finir avec le chavisme d'une façon ou d'une autre.

 

Il faut rappeler : ces élections ont été prise par l'anti-chavisme comme une sorte de plébiscite du Gouvernement de Nicolás Maduro, juste pendant les années où la guerre économique augmentait son intensité sur la population vénézuélienne. En effet, le principal capital politique de l'opposition a été le mécontentement des gens ordinaires à cause de la situation difficile qui commençait déjà à redoubler. 

 

La situation actuelle d'échec des institutions dans laquelle l'AN, d'organe législatif qu'elle était est devenue un organe à prétentions de destitution, sape la stabilité politique du pays engourdie par la situation combinée de chaos politique, économique, financier et gouvernemental.

 

Ce dernier s'est installé avec le choc des pouvoirs favoris épar l'opposition qui a profité des capacités institutionnelles du Parlement pour s'ériger en adversaire des autres pouvoirs du Venezuela: le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Judiciaire, le Pouvoir Citoyen et le Pouvoir Electoral.

 

Une AN destinée à attaquer les autres pouvoirs

 

Henry Ramos Allup, le dirigeant historique du parti Action Démocratique, a été le premier à prendre la tête de cette offensive lorsqu'il a été président de l'Assemblée Nationale avec des points névralgiques qui ont marqué la feuille de route dès le début : la Loi d'Amnistie destinée à effacer le passé immédiat (les appels à la sédition et la tentative permanente de destitution) et à instaurer une nouvelle histoire, l'autonomie de l'Assemblée Nationale comme ressource d'affrontement et la destitution du président Maduro grâce à un procès politique pour soi-disant « abandon de poste » sans que rien ne soit prévu dans la Constitution pour cela.

 

La facture ce niveau d'affrontement entre les pouvoirs s'est particulièrement marquée dans l'orgueil personnel des dirigeants de l'anti-chavisme. Ramos Allup ( et toute l'opposition, en réalité) a prétendu donner des ordres contraignants aux autres pouvoirs publics au bénéfice des intérêts putschistes pendant toute l'année 2016, enhardi par la victoire électorale inattendue pendant la Révolution Bolivarienne.

 

Mais tout ne pouvait pas être un chemin pavé de fleurs pour les acteurs de la destitution, comme ils le prétendaient : l'AN est entrée dans l'illégalité face aux ordres de la Cour Constitutionnelle du Tribunal Suprême de Justice (TSJ) étant donné que la Table de l'Unité Démocratique (MUD) n'a pas voulu exclure les députés dénoncés pour fraude lors des élections législatives dans l'état d'Amazonas.

 

Ensuite, la MUD a prétendu destituer les magistrats du TSJ mais le vide des institutionnel du Parlement n'a pas permis à cette action de devenir contraignante.

 

Ça a été le premier affrontement entre les pouvoirs, au cours duquel l'autorité consacrée par la Constitution pour défendre ses bases statutaires (le TSJ) a été rejeté par la direction avec à sa tête Ramos Allup, une politique qui allait être poursuivie par Julio Borges en 2017, Omar Barboza en 2018 et Juan Guaidó en 2019.

 

C'est ainsi que l'opposition, totalement soutenue par les Etats-Unis (sous les mandats de Barack Obama et de Donald Trump), a cherché à déplacer la ligne qui détermine si les institutions sont démocratiques ou non sous les yeux de tout le pays.

 

L'accord voté par la majorité d'opposition à l' AN en janvier 2017 qui déclarait « l'abandon de poste de président » par Nicolás Maduro Moros sous des prétextes ridicules a été la conséquence directe de la démesure de l'opposition. A ce moment-là, on l'a vu comme un symptôme du désespoir de la MUD qui n'avait pas atteint les objectifs fixés au début de 2016.

 

Du choc des pouvoirs au blocus économique et au Gouvernement parallèle

 

Aujourd'hui, on peut apprécier nettement l'évolution des événements concernant la « destitution » du Président en 2017: un tel acte, bien qu'anticonstitutionnel et sans base institutionnelle (à cause de l'illégalité face au TSJ qui persiste jusqu'à présent) ouvrait la voie à la consécration de la personnalité qui ferait à l'avenir fonction de « président en charge ou président par intérim) dans le panorama politique vénézuélien.

 

Nous avons vu comment un « Gouvernement de l'ombre » a été formé au ralenti, entre le chaos induit par la révolution de couleur ratée de 2017, les tentatives de coup d'Etat et d'assassinat du Président en 2018 et le blocus économique, financier et commercial qui commençait à donner le ton de l'instabilité du pays. Le tremplin de ces agents a été l'AN dans l'illégalité.

 

Julio Borges, pour sa part, a été le visage le plus visible des appels aux sanctions contre le Venezuela. Il a fait toutes les démarches possibles pour créer un instrument de caractère politique qui demande aux différents banques que l’État vénézuélien utilisait pour faire des transactions sur le marché international de bloquer les ressources financières vénézuéliennes. 

 

Ensuite, ce fut le tour du blocus qui, avec l'installation de l'Assemblée Nationale Constituante (post-révolution de couleur) a déjà été défini officiellement par l'ordre exécutif signé la 25 aout 2017 par le président Trump.

 

Cette action, qui devait être le point de non retour dans la stratégie de changement de régime des Etats-Unis contre le Gouvernement chaviste, a réuni publiquement (et déjà pas de façon voilée) les différents éléments de l'ordre du jour de l'intervention à visages multiples encouragé par l'opposition vénézuélienne mais certainement planifié à Washington.

 

Les voyages de Borges et d'autres personnalités de la MUD à l'étranger ont montré qu'en matière de coups d'Etat,ils ne pouvaient pas concrétiser leurs projets sans l'aide explicite d'agents étrangers. La plateforme de l'AN a donné une apparence institutionnelle à l'ordre du jour de l’opposition, très importante pour que le Gouvernement Trump reconnaisse la pouvoir législatif comme « la seule institution légitime du Venezuela. »

 

C'est ainsi qu'un pouvoir politique de la République Bolivarienne du Venezuela, totalement déphasé par rapport à la structure de l'Etat, a commencé à s'appuyer sur la soi-disant légitimité que lui prodigue le pouvoir (financier et paramilitaire) étasunien.

 

La perte d'autonomie de l'AN est entrée dans son étape difficile avec l'arrivée de Juan Guaidó à la présidence de l'Assemblée Nationale. L'homme de Volonté Populaire (VP) est passé de total inconnu dans la sphère politique vénézuélienne à principal show man du dangereux ordre du jour du coup d'Etat qui a été mené à bien pendant toute l'année 2019. Son auto-proclamation comme « président en charge » du Venezuela, basée sur le mensonge de l'abandon de charge par Nicolás Maduro depuis 2017, a été la confirmation de l'effondrement institutionnel de l'AN.

 

Mais l'échec des objectifs étasuniens et de VP, les scandales de malversations des fonds de « l'aide humanitaire, » l'usurpation criminelle des actifs vénézuéliens par les Etats-Unis grâce aux sanctions, le mécontentement de la base de l'opposition elle-même envers ses dirigeants et la très mauvaise gestion des ressources et des temps politiques pour combler les attentes anti-chavistes ont fini par l'impasse institutionnelle actuelle du Parlement.

 

Le Parlement, de tribune législative d'affrontement entre pouvoirs est devenu une scène à rebondissements de vide institutionnel avec Guaidó & Cía, un groupe qui disposait des espaces du Palais Fédéral Législatif comme d'un lieu permanent pour faire des essais de gouvernabilité sans fondement constitutionnel. En fait, les médias ont été très importants pour que ce décor ne s’effondre pas du tout.

 

Mais la « rébellion des suppléants, » dirigée par Luis Parra et José Brito (expulsés de Primero Justicia, le parti de Julio Borges) est arrivée . Ils ont affronté la direction du putschisme et ont décidé de ne pas reconnaître la feuille de route imposée par les Etats-Unis.

 

Selon Parra et les « rebelles, » son élection à la présidence de l'AN marque le début d'un dialogue politique avec le chavisme, tout d'abord pour sortir de la situation actuelle d'illégalité du Parlement et deuxièmement pour conclure une soi-disant réconciliation entre les parties. 

 

Aux yeux de la population vénézuélienne, il y a une AN parallèle dirigée par Guaidó et une autre dirigée par les « suppléants » qui chercheraient à faire rentrer dans la légalité l'organe législatif toujours sur sa position traditionnelle d'opposition au Gouvernement de Maduro.

 

Il serait possible de sortir d'une telle impasse politique et institutionnelle par un dialogue réel entre les différents secteurs, le respect des ordres de la Cour Constitutionnelle du TSJ par la nouvelle direction du Parlement et la célébration des élections législatives prévues pour 2020.

 

En pleine année électorale, la bande de VP et PJ continuera à chercher des voies pour déstabiliser le pays alors que le Gouvernement de Maduro cherche par différents moyens à renforcer un nouvel équilibre économique et financier dans la situation de blocus et d'embargo que vit le pays. Dans ce contexte, l'AN est un terrain inculte qui doit encore être rendu à l'institutionnalité vénézuélienne. 

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2020/01/18/venezuela-por-que-es-necesario-que-haya-elecciones-parlamentarias-opinion/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/02/venezuela-pourquoi-les-elections-legislatives-sont-necessaires.html