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Bolivie : La Bolivie en temps de pandémie 

23 Avril 2020, 17:51pm

Publié par Bolivar Infos

 

Le processus de changement a été brutalement interrompu en novembre 2019 par un coup d'Etat civil, militaire et policier. L'auto-proclamation de la sénatrice Jeanine Añez, après que tout ce que prévoyait la Constitution ait été violé, a ouvert la voie à une période d'incertitude, d'instabilité et de persécution politique des dirigeants et des sympathisants du Gouvernement précédent.

 

Les protestations du peuple ont été réprimées et des massacres, à Sacaba et Senkata, ont fait de nombreux morts, blessés et disparus. Les militaires et les policiers qui avaient été une pièce maîtresse du coup d'Etat ont agi sous la protection d'un décret présidentiel qui leur accordait l'impunité s'ils tuaient au nom de la pacification du pays. Non seulement, ils ont trahi leur serment de « La Patrie ou la Mort » mais ils ont accompagné les forces putschistes dans leur campagne de terreur et de démantèlement du processus de changement. Depuis lors, l'Etat Plurinational de Bolivie vit sous la direction malencontreuse de Jeanine Añez et de son cabinet controversé et incompétent.

 

C'est dans cette situation que s'est déclarée, dans les premiers jours dl 2020, la pandémie du COVID-19 dans le monde qui a mis à nu la fragilité des systèmes de santé et dans de nombreux cas, l'absence de volonté politique de beaucoup de pays pour affronter la pandémie. En Bolivie, le premier cas positif a été détecté le 10 mars et aujourd'hui, le nombre de personnes infectées est de 564 et le nombre de morts de 33.

 

Comment le Gouvernement putschiste a affronté la pandémie

 

De façon inefficace, irresponsable et dans certains cas, irrespectueuse. On peut affirmer que les 2 principales causes de la crise actuelle, compte tenu de la pandémie et de la situation alarmante qui s'approche sont : la retard dans la prise de mesures pour la contenir et la caractère électoraliste de ces mesures.

 

On connaissait déjà l'existence du virus dans les pays voisins et le protocole de sécurité destiné à détecter les voyageurs qui présentaient des symptômes dans les points d'entrée du pays pour les isoler et éviter la contagion n'ont pas été mis en place à temps. Les mesures nécessaires pour préparer les institutions de santé n'ont pas été prises non plus.

 

La déclaration par le Tribunal Suprême Electoral du report des élections à cause de la situation sanitaire a ouvert un éventail d'opportunités dans le cadre de al crise, en particulier pour la présidente autoproclamée Jeanine Añez qui souffrait déjà, comme le reste de la droite bolivienne, des résultats des sondages d'intentions de vote qui plaçaient le Mouvement Vers le Socialisme (MAS) en tête et le situaient tout près de la majorité nécessaire pour gagner au premier tour. Il fallait une stratégie pour modifier ces résultats et malheureusement, Añez et ses conseillers ont trouvé là l'occasion de continuer à faire campagne. Cela les préoccupait pus que la santé du peuple.

 

La quarantaine a été décrétée presque par surprise, laissant peu de temps aux gens pour s'y préparer. La présidente a déclaré, en annonçant cette mesure : « Chers Boliviens, je vous demande de nous rejoindre dans une prière permanente. Ce dimanche commence la quarantaine totale et je vous demande de faire un jeûne de prière, de contrition et de foi pour que ce soit notre meilleure arme de lutte contre cette maladie. Que Dieu bénisse la Bolivie ! »

 

Habilement, Añez, ou plutôt ceux qui écrivent ses discours, ont utilisé des éléments symboliques cor al confiance en Dieu et en même temps la contrition pour simuler un climat de tranquillité dans une situation qui empirait. Demander au peuple, aux humbles, à ceux qui vivent au jour le jour, de prier et de se repentir rappelle cette scène du film Titanic où la mère qui voyageait en troisième classe, face à l'impossibilité de sauver ses enfants du naufrage, les couche et leur raconte des histoires pour détourner leur attention du dénouement fatal. Deux choses étaient claires : le Gouvernement putschiste n'était pas prêt à affronter la pandémie et il avait besoin de gagner du temps.

 

A ce moment-là, Luis Arce Catacora, candidat du Mouvement Vers le Socialisme, a demandé à Añez de laisser de côté ses positions politiques, de penser à la santé des Boliviens et de demander au Gouvernement cubain d'envoyer des médecins et des médicaments produits sur l'Ile pour combattre le COVID-19 mais sa proposition fut rejetée et Arce l'accusa d'avoir des visées électorales.

 

Le vice-ministre de la Santé de l'époque, Erwin Viruez, a déclaré : « Les médecins boliviens ont toutes les capacités pour répondre à cette situation ou à toute autre. » Sa déclaration était totalement hors de propos étant donné qu'au mois de février, le directeur du Service Départemental de la Santé de Santa Cruz, Marcelo Ríos, avait prévenu que l'épidémie de dengue dans le pays était hors de contrôle. Ses paroles avaient été confirmées par l'ex-ministre de la Santé, Aníbal Cruz, qui avait ajouté que cette situation serait sous contrôle en juin mais pas à cause de l'efficacité de son ministère, à cause de l'arrivée de l'hiver.

 

Il n'est pas difficile d'imaginer que le Ministère de la Santé qui, après le coup d'Etat, a été remis comme butin au Collège Médical, n'était pas prêt à affronter le COVID-19. Là a commencé une longue histoire d'improvisations et d'erreurs au détriment de la santé du peuple.

 

Les mesures de Jeanine

 

Le 17 mars, dans les principaux médias, Jeanine annonçait 4 mesures. La première était la création du Bon Famille de 500 boliviens, équivalent à environ 72 dollars pour chaque enfant fréquentant les écoles primaires paroissiales. Il y avait aussi une aide pour les familles et les petites entreprises qui payaient des crédits dont les échéances étaient repoussées à la fin de la période de dette. Le paiement de l'impôt sur les bénéfices était repoussé à fin mai et il était aussi possible de les payer avec des délais. Enfin, il était interdit de couper les services d'eau et de gaz aux foyers pendant la quarantaine et la crise sanitaire.

 

Ces premières mesures à portée limitée étaient clairement destinées à conquérir les voix de certains secteurs en laissant sans protection un nombre considérable de Boliviens et des protestations sociales s'achevant par des arrestations se sont déroulées dans les quartiers de Trinidad, Riberalta et dans d'autres localités du pays. Dans ce contexte, le Centre d'Etudes Juridiques et d'Investigation Sociale a dénoncé le fait que les peuples originaires qui n'ont pas accès aux aliments et à d'autres besoins essentiels, étaient exclus des mesures contre la pandémie.

 

Le pression sociale a obligé le Gouvernement à élargir les aides avec le panier de la ménagère, un nouveau bon d'une valeur de 400 boliviens destiné aux femmes enceinte, aux retraités et aux handicapés, et l'extension du Bon Famille à tous les étudiants des écoles paroissiales. Parallèlement, on a annoncé la mise en place d'un bon universel pour les personnes majeures de 18 à 60 ans qui ne bénéficient pas d'autres mesures. 

 

Même s'il est certain que le nombre de personnes protégées par l'aide économique a augmenté, ce n'est pas encore suffisant et les réactions des secteurs sociaux et des forces politiques montrent une société divisée. Les critiques concernant la mauvaise gestion de la crise se sont faites entendre par la voix de diverses forces politiques.

 

Les dirigeants des organisations sociales du MAS qui font partie du Pacte de l'Unité sont d'accord sur le fait que le Gouvernement gère la crise avec des intentions électoralistes. Le sénateur Omar Águila a déclaré : « En tant que mesure économique, elle me semble correcte parce qu'elle injecte des ressources dans l'économie mais la façon dont on l'a annoncée a une composante politique. » Pour sa part, l'ex-ministre de la Communication, candidate à la présidence pour l'alliance Creemos, Roxana Lizárraga, a critiqué le fait qu'on donne un bon d'Etat au lieu de doter les hôpitaux de matériel.

 

Mais sur les réseaux sociaux, les partisans d'Añez, en plus de critiquer les protestations des secteurs les plus humbles en les qualifiant de « sauvages » et de « bêtes, » publient des messages élogieux pour la gestion de la présidente. Nous en avons trouvé un exemple évident dans le twitt publié le 18 mars par Erick Foronda – le secrétaire particulier d'Añez: « L'action de la Présidente Añez fait l'histoire en Bolivie. Il est clair que la même fermeté est utilisée pour cette dure bataille contre le coronavirus que pour pacifier. Merci, Présidente, merci à Dieu, que Dieu sauve la Bolivie ! »

 

Pour l'alliance Juntos qui présente le binôme Jeanine-Doria Medina, la crise sanitaire constitue une opportunité et, avec une totale impunité pour ses partisans, a consacré certaines matinées à inonder de propagande électorale les rues. Ils distribuent même des masques avec le logo de leur formation politique. La santé du peuple n'est pas le point important pour ce Gouvernement de fait, ils continuent à s'occuper de leurs intérêts dans des différentes directions.

 

La double morale de la présidente, qui a affirmé dans une allocution au peuple au milieu de la pandémie : « Je suis une mère et je sais qu'il est difficile de finir le mois, je suis une mère et je sais qu'il est difficile d'aller se coucher avec une boule dans la gorge parce que ce jour-là, nous n'avons pas pu amener ce dont nos enfants ont besoin » devient évidente et pendant beaucoup croient à son émouvant discours, elle grossissait son patrimoine. 

 

Selon le média local La Estrella de Oriente, Jeanine, le 9 mars dernier,au milieu de la crise, a acheté un appartement pour un montant supérieur à celui qu'elle a déclaré dans sa Déclaration sous Serment de Patrimoine : un actif total de 133 300 boliviens (19 275 dollars). C'est pourquoi les 544 700 boliviens restant, c'est à dire plus de 78 000 dollars ne sont pas justifiés par l'acquisition de l'immeuble.

 

La ministre de la Communication,Isabel Fernández, a essayé d'apaiser le scandale en montrant une lettre de la Banque Nationale de Bolivie qui justifie un crédit accordé à Añez pour l'achat de cet appartement mais les incohérences dans les conditions nécessaires pour l'obtenir qu'elle ne remplit pas ont causé le mécontentement de la population confinée dans ses foyers par une quarantaine stricte.

 

La démagogie a été une composante essentielle du discours de Jeanine Añez qui, sur un ton dramatique, a affirmé publiquement : « Aujourd'hui, la cause de nous aider les uns les autres pour sauver la vie nous unit et la vie n'a pas de parti ni de couleur politique. » 

 

Il faudrait alors lui demander comment elle expliquerait, à partir de sa déclaration si inclusive, le fait d’abandonner à leur sort sur la frontière avec le Chili environ 700 Boliviens à qui elle a refusé l’entrée dans le pays, alors que d’autres citoyens sont entrés en territoire bolivien dans des avions frétés pour des « raisons humanitaires » en alléguant que ceux-ci avaient payé eux-mêmes leurs frais de transport. 

 

Serait-ce que la vie des personnes bloquées sur la frontière n’est pas si importante que cela car, étant d'extraction humble, ce sont probablement des partisans du MAS.

 

Le double critère qui a caractérisé le Gouvernement de fait s'est manifesté librement au moment du COVID, la persécution politique continue et ce sont les militants du MAS les plus touchés.

 

Le 7 avril dernier, Andronico Rodriguez, Vice-président de Fédération du Tropiques de Cochabamba, a coordonné la distribution de produits de la région à des familles de l’axe métropolitain de ce département. L’aide consistait en 16 camions contenant plus de 150 tonnes de fruits. Les forces armées ont essayé d’arrêter la distribution mais les habitants de la zone sont sortis pour défendre le dirigeant cocalero.

 

La quarantaine a été de plus, la situation rêvée pour justifier l’autoritarisme et diminuer encore plus la liberté d’expression. L’organisation Human Rights Watch (HRW) a critiqué le caractère ambigu de certaines mesures adoptées par le Gouvernement de fait face à la pandémie qui laissent aux autorités une marge considérable pour s’en prendre à la liberté d’expression. Selon José Miguel Vivanco, directeur de HRW pour l’Amérique : «Le Gouvernement de fait de Bolivie profite de la pandémie pour s'approprier le pouvoir de sanctionner pénalement ceux qui publient des informations que les autorités considèrent incorrectes et ceci viole le droit à la liberté d’expression. »

 

En Bolivie, ce sont le ministre du Gouvernement, Arturo Murillo et le ministre de la défense, Fernando López qui apparaissent le plus souvent dans les médias en ces temps de crise sanitaire. Le Gouvernement utilise la répression et la peur, en criminalisant et en politisant la protestation. Les droits des citoyens sont violés, ceux qui osent protester à cause du manque d’aliments sont emprisonnés pour avoir violé la quarantaine.

 

À cette situation s’ajoute l’absence de transparence concernant la gestion des fonds et des dons qui sont arrivés en Bolivie pour affronter la pandémie. A ce sujet, le président de la Chambre des Députés membre du MAS Sergio Choque a déclaré : «Le Gouvernement national doit nous dire comment est dépensée toute cette aide qui est arrivée. L’Italie a donné 20 millions d’euros, le Japon 30 millions de dollars, l’Europe 5 millions d’euros, le FMI 300 000 000 de boliviens, la Banque Centrale de Bolivie 15 millions de dollars. »

 

Y a-t-il corruption ? Les ressources arrivent-elles où on en a réellement besoin ? S'agit-il d'en faire un usage efficace ? Ce ne sont que quelques questions qu’on peut se poser en particulier en voyant d’un côté des journalistes et des membres du cabinet avec des équipements de biosécurité et de l’autre des médecins et des infirmiers avec une protection insuffisante qu’ils se sont souvent procurée eux-mêmes.

 

Les conditions sanitaires dans le pays ainsi que la préparation du personnel ne sont pas à la hauteur du défi qu’elles affrontent. Selon l'ex-ministre de la Santé Anibal Cruz qui a démissionné le 7 avril dernier, « si les choses continuent ainsi, les personnes atteintes du COVID-19 seront 900 dans 4 jours et 48 000 dans 4 mois et il y aura 3840 morts … Malheureusement, quand on fait de la politique partisane, la vie n’a pas de prix. Eux, rien ne les intéresse. La Bolivie doit avoir un moment de réflexion humaine. »

 

Il y a assez d'arguments pour remettre en question le Gouvernement de fait à cause de sa gestion déficiente de la crise, y compris la nomination récente de Marcelo Navajas comme nouveau ministre de la Santé. Ce monsieur, patron de cliniques privées à La Paz, s’est opposé fermement à l’application du Système Unique de Santé en Bolivie pendant le Gouvernement d’Evo Morales et à la construction des 47 hôpitaux prévus dans le programme. Il a participé activement à la grève des médecins en Bolivie qui a provoqué de nombreux préjudices dont la mort de 16 personnes.

 

Le résultat de ses premiers jours de gestion a été le communiqué du Ministère de la Santé du 19 avril 2020 dans lequel il est dit qu’on ne fera un test pour déterminer si une personne a été contaminé par le Coronavirus qu'aux personnes qui présentent des symptômes. La justification est l’arrivée de la période hivernale et avec elle, des maladies de saison qui peuvent être confondues avec le virus.

 

Cette décision, en plus d’être irresponsable, est inacceptable. Selon ce qu'on sait du comportement du COVID–19 dans le monde, les cas de patients positifs asymptomatiques augmentent tous les jours. Le but obscur du Gouvernement de fait est bien clair : il cherche à occulter son inefficacité après avoir donné un chiffre plus faible de personnes contaminées et faire croire au succès de sa gestion du combat contre la pandémie bien que cela implique de dangereuses conséquences pour la santé du peuple.

 

Les jours prochains, dans l’Etat Plurinational de Bolivie, seront sans doute compliqués. Le pays souffre des attaques de deux dangereuses forces. D’un côté la pandémie qui touche le reste du monde et de l’autre la capacité de provoquer des désastres d’une présidente plus concentrée sur ses thèmes de campagne électorale que sur les besoins du peuple, qui suit les instructions de Washington pour diriger un cabinet avec la mission de poursuivre le démantèlement des réussites du processus de changement.

 

Le Gouvernement de Janine Añez répète les mauvaises pratiques du passé, suit la voix de l’endettement du pays, sous le bouclier de la crise sanitaire et engage la souveraineté économique gagnée en 14 ans de gouvernement du MAS. Selon notre expérience, les privatisation et les concessions sur les ressources naturelles qui appartiennent au peuple viendront ensuite. Alerte, Bolivie ! Non seulement la santé des Boliviens est en jeu mais il est grandement possible que lorsque la crise du Coronavirus sera surmontée, les mots d’Eduardo Galeano deviennent réalité : « ils sont venus. Ils avaient la Bible et nous avions la terre. Et ils nous ont dit de fermer les yeux et de prier. Et quand nous avons ouvert les yeux, ils avaient la terre et nous avions la Bible. »

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos 

 

Source en espagnol : 

http://www.cubadebate.cu/especiales/2020/04/21/bolivia-en-tiempos-de-la-covid-19/#.Xp_0hS3pN_8

URL de cette article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/04/bolivie-la-bolivie-en-temps-de-pandemie.html