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Brésil : La Cour Suprême enquête sur les manifestations pro-dictature auxquelles Bolsonaro a participé

24 Avril 2020, 21:26pm

Publié par Bolivar Infos

Le ministre de la Cour Suprême du Brésil, Alexandre de Moraes, a décidé mardi d'ouvrir une enquête sur une éventuelle violation de la Loi de Sécurité Nationale lors de manifestations en faveur de l'Acte Institutionnel 5 (AI-5) et de la fermeture des institutions républicaines auxquelles a participé le président Jair Bolsonaro (sans parti) dimanche.

 

Le AI-5, émis par la dictature civile et militaire brésilienne en 1968, 4 ans après le coup d'Etat, consistait en une série de pouvoirs exceptionnels : le président pouvait décréter la suspension du Congrès, des Assemblées Législatives des états et des Conseils municipaux, intervenir dans les états et les municipalités « sans les limitations prévues dans la Constitution, suspendre les droits politiques de tout citoyen pendant 10 ans et révoquer les mandats électifs fédéraux, des états et des municipalités. » Il était aussi possible, par décret, de licencier, destituer, mettre à la retraite les fonctionnaires, les employés des municipalités, des entreprises publiques et des entreprises mixtes, de licencier, de mettre dans la réserve ou de mettre à la retraite les officiers de l'Armée et les membres de la police militaire. Le Gouvernement pouvait aussi décret un état de siège et l'étendre. La garantie de l’habeas corpus était suspendue « en cas de délits politiques, contre la sécurité nationale, l'ordre économique et social et l'économie populaire, » entre autres.

 

« La décision de Moraes conclut : « La vérification de l'existence d'organisations et de schémas de financement des manifestations contre la Démocratie et de la divulgation massive de messages portant atteinte au régie républicain, de ses formes de gestion, de sa direction, de son organisation et de sa propagation destinées à blesser ou à mettre en danger les Droits Fondamentaux, l'indépendance des Pouvoirs constitués et de l'Etat démocratique de Droit qui conduisent à la pratique d'un pouvoir discrétionnaire et à la dictature est indispensable, » dit le texte publié par le Tribunal Suprême fédéral sur cette décision.

 

La Loi sur la Sécurité Nationale fixe des peines de 3 à 15 ans de prison pour ceux qui essaient de changer le régime en vigueur ou l'Etat de Droit par la violence ou une grave menace. Des peines de 1 à 5 ans de prison sont aussi prévues pour ceux qui intègrent un groupe qui aurait pour objectif le changement du régime en vigueur par la violence ou en employant une grave menace.

 

Moraes a pris en considération la demande du Procureur Général de la République, Augusto Aras, qui a demandé lundi 20 l'ouverture d'une enquête sur ces faits suspects impliquant l'organisation de manifestations contre le régime de démocratie participative brésilien.

 

Dimanche 19, Bolsonaro a fait un discours devant un groupe important de partisans qui s'étaient rassemblés devant la Caserne Générale de l'Armée à Brasilia. Sur certaines pancartes, il y avait des slogans de soutien à une intervention militaire et à un nouvel Acte Institutionnel 5.

 

Juché sur une camionnette, Bolsonaro a fait un discours bien du goût de ses partisans. Plusieurs fois interrompu par la toux, il a dit : « vous êtes ici parce que vus croyez dans le Brésil. Nous, nous ne voulons rien négocier. Ce que nous voulons, c'est une action pour le Brésil. Ce qu'il y avait de vieux doit être abandonné. Nous devons faire avancer un nouveau Brésil. Tous, sans exception, vous devez être patriotes et penser que vous devez faire votre part pour mettre le Brésil à une place de direction où on e remarque. C'est fini. L’époque des bêtises est finie. Maintenant, c'est le peuple au pouvoir. »

 

Dans sa décision, le ministre Alexandre de Moraes signale que « les conduites et les manifestations qui auraient la finalité évidente de contrôler ou même d’annihiler la force de la pensée critique, indispensable au régime démocratique sont anticonstitutionnelles et ne peuvent être confondues avec la liberté d'expression. Elles offensent aussi les principes constitutionnels et les institutions républicaines qu'elles cherchent à détruire en prônant la violence, l'illégalité, le non respect des Droits Fondamentaux. En somme, en plaidant pour la tyrannie. »

 

Isolement

 

La participation de Bolsonaro (sans parti) à la manifestation de dimanche a été condamnée par des dizaines d’organisations et de dirigeants politiques du pays et l'a isolé encore plus.

 

Face à ces déclarations, le Procureur Général de la République, Augusto Aras, a affirmé dans une note qu'il faut faire attention aux « extrêmes » qui « affaiblissent notre démocratie participative. »

 

« Que le Ministère Public brésilien, en tant que voie de l'Etat, soit fort, présent et uni. Dans son unité, nous trouvons la force qui émane de la Constitution et nous donne confiance en tant que gardiens de l'Etat de Droit que nous sommes, » a-t-il affirmé.

 

D'autres ministres du Tribunal Suprême Fédéral (STF) ont aussi condamné l'attitude du président. Luís Roberto Barroso a qualifié cette protestation « d'intimidation. » Citant Martin Luther King,il a affirmé que défendre la Constitution et les institutions démocratiques fait partie de son devoir. » 

 

« Le silence des bons est pire que le cri des méchants. Seuls ceux qui ont perdu la foi dans l'avenir et rêvent d'un passé qui n'a jamais existé peuvent souhaiter une intervention militaire. Les dictatures vivent de la violence contre leurs adversaires, de la censure et de l'intolérance. Les gens de bien qui aiment le Brésil ne souhaitent pas cela, » a posté Barroso.

 

Après avoir pris la même position que son collègue, partagée publiquement sur son profil sur Twitter, Gilmar Mendes a affirmé qu'invoquer Acte Institutionnel 5, « c'est rompre l'engagement envers la Constitution et envers l'ordre démocratique. Plus jamais de dictature ! »

 

Son collègue Marco Aurelio Mello a laissé un message aux « nostalgiques malvenus : « Les institutions fonctionnent. » Et il a ajouté que c'est « une époque étrange ! Il n'y a pas d'espace pour le retour en arrière. Le vent est démocratique et ça continuera ainsi. La vision totalitaire mérite la pire excommunication, » a-t-il affirmé.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/04/23/brasil-corte-suprema-investiga-actos-pro-dictadura-con-participacion-de-bolsonaro/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/04/bresil-la-cour-supreme-enquete-sur-les-manifestations-pro-dictature-auxquelles-bolsonaro-a-participe.html