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Bolivie : Le Président pendu et la corde de l'Empire

16 Août 2020, 16:50pm

Publié par Bolivar Infos

Par Miguel Pinto Parabá

Pour montrer que son Gouvernement n'était pas « nazi-fasciste, » Villarroel, le 10 janvier 1946, a invité à le rencontrer les directeurs des journaux El Diario, La Razón, Última Hora, La Noche, La Calle, Pregón et les correspondants d'AP, UP, Reuter, Noticia Bolivianas et American Metal Market. Mais cela n'a rien changé : les médias libéraux ont continué leur campagne. Le 21 juillet, le Président fut pendu à un lampadaire.

 

74 ans après, certains « chroniqueurs » libéraux partisans d'Alcides Arguedas voudraient utiliser à nouveau la corde de l'empire pour liquider l'héritage historique de Gualberto Villarroel, assassiné alors qu'il était président, pour avoir défendu les plus pauvres. Néanmoins, cette tentative n'a pas réussi. Son apport politique est trop énorme pour ces analyses « romancées » dans de confortables bureaux.

 

Avec la défaite dans le Chaco (1932-1935), l'Etat libéral, construit par la bourgeoisie minière après la guerre fédérale (1899), est entré en crise. Son modèle économique n'a pas réussi à sortir le pays de son retard. Face à cela, la rébellion ouvrière et populaire de mai 1936 a fait tomber le libéralisme et ouvert la voie aux premiers régimes nationalistes.

 

Les Gouvernements du lieutenant-colonel Germán Busch (1937-1939) et du major Gualberto Villarroel (20 décembre 1943 – 21 juillet 1946), dans ce cadre, ont été le résultat de cette insurrection qui allait s'achever par la révolution de 1952.

 

Nationalistes

 

Avec sa plume acérée dans la « formation de la conscience nationale, » le sociologue René Zavaleta a souligné qu'à la différence du régime de Busch, le mandat de Villarroel a eu le grand mérité d'intégrer 3 secteurs sociaux « stratégiques » : les classes moyennes, les jeunes officiers de l'Armée et la classe ouvrière.

 

Le secteur de la petite bourgeoisie qui était composé par les « parents pauvres de l'oligarchie et ne croyaient plus à l'oligarchie, » s'est regroupé dans le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR).

 

Les militaires nationalistes que faisaient partie de la « tradition » révolutionnaire des guérillas de l'indépendance ou « petites républiques anti-espagnoles » (1809-1825), se sont organisés dans la loge Raison de la Patrie (RADEPA), une solution militaire pour en finir avec la « clique. »

 

ainsi s'entendent, à la différence de ce qu'affirment les  chroniqueurs  libéraux, « les exécutions de Chuspipata et de Caracollo quand, pour une décision votée (les membres de RADEPA) décident d'éliminer sélectivement des membres importants de l'oligarchie, » dit Zavaleta, pour ensuite expliquer que ces événements « n'ont pas obéi aux instigations d'une rancune fortuite » : « Historiquement, les exécutions sont la réponse nationaliste au massacre de Catavi” du 21 décembre 1942.

 

Libéraux

 

Le troisième secteur qui s'est joint au projet anti-oligarchique est le prolétariat minier qui s'est structuré en tant qu'acteur politique important dans l'avenir historique avec le massacre de Catavi, la fondation de la Fédération syndicale des Travailleurs des Mines de Bolivie (1944), l'approbation de la Thèse de Pulacayo (1946) et la prise du pouvoir par les armes (1952). Cette maturité de classe allait arriver à son apogée en 1971, avec l'organisation de l'Assemblée du Peuple.

 

Opposé à ce bloc tricéphale, le groupe libéral, selon Zavaleta, s'est rassemblé autour des grands capitalistes des mines avec une mentalité « pré-capitaliste. » Ainsi, pendant la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945) qui a opposé les pays « alliés » et les pays « fascistes », les propriétaires de mines et de grandes propriétés, leur « grande presse » et les militaires oligarques qui représentent la « tradition » des anciens “chapetones” (colons) « ont stigmatisé » Villarroel en tant que « nazi-fasciste. » Le Gouvernement des Etats-Unis a mis 6 mois pour le « reconnaître. »

 

Dans cette logique, la proposition d'augmenter le prix de l'étain « a été habilement convertie par les services de renseignement étasuniens et anglais en « complot pro-allemand. » Le Parti de Gauche Révolutionnaire (PIR), suivant les directives de Moscou, s'est joint au Front Antifasciste et a participé au “complot”.

 

La corde

 

Après avoir expliqué que Villarroel est « l'exemple typique » des militaires patriotes, victimes d'un harcèlement médiatique et impérialiste systématique, le journaliste Gerardo Irusta a démontré dans « Journalisme et Révolution Nationale » que ce Gouvernement « a été accusé d'être nazi et de servir l'Axe » mais que le fond du problème était différent : « Les Etats-Unis, l'oligarchie minière de la Bolivie et les grands propriétaires terriens étaient épouvantés parce qu'avec Radepa étaient arrivés au pouvoir les dirigeants du MNR qui, à ce moment-là, luttaient déjà contre Patiño, Hochschild et Aramayo. »

 

Ainsi, plusieurs historiens s'accordent à dire que la « presse de l'Empire » et ses journalistes ont joué un rôle important dans la pendaison de Villarroel. Mais pour neutraliser cette stratégie, le « Président diffamé, » le le 10 janvier 1946, a décidé de parler avec les directeurs des journaux El Diario, La Razón, Última Hora, La Noche, La Calle, Pregón et les correspondants d'AP, UP, Reuter, Noticia Bolivianas et American Metal Market. Cette conversation a été transcrite par le journaliste Augusto Céspedes dans « Le Président pendu. »

 

Après avoir défendu ses mesures en faveur des indigènes, les ouvriers et les « plus pauvres, » le Président nationaliste leur a lancé que les publications de presse « avaient crée une ambiance qui donnait la sensation qu'on vivait sous un régime nazi-fasciste : » « Nous connaissons les régimes totalitaires. Ils n'acceptent pas les partis d’opposition, mais en Bolivie, l'opposition existe. Mieux : elle s'est regroupée dans un Front Anti-fasciste. »

 

La presse

 

Il note, en outre, que « le fascisme n'admet pas la liberté de la presse » mais qu'en Bolivie, nous avons une presse politique, universitaire, « celle qui défend les intérêts des entreprises » et même des journaux qui ont financé des révolutions. »

 

Nous, sans prétendre à la dictature du prolétariat, nous défendons cette classe et nous cherchons sa libération. C'est notre drapeau et si je dois tomber pour cela, je suis prêt à tomber, » a-t-il souligné.

 

Le dialogue n'a rien changé à l'action des journalistes. Ils ont continué leur campagne radicale. 6 mois plus tard, le 21 juillet, le Président fut pendu à un lampadaire. Et les journaux La Calle et Pregón ont été fermés furieusement.

 

« La pendaison de Villarroel a été la victoire finale de la propagande de l'oligarchie qui a vaincu le journalisme révolutionnaire, » conclut Irusta.

 

Malgré la cruelle répression exercée contre les nationalistes, le train de la Révolution était déjà en marche. Le bloc de l'oligarchie et son Armée ont été emportés en avril 1952.

 

Source : Rebelión

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/08/03/bolivia-villarroel-y-la-soga-del-imperio/

URL de cet article :

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