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Ce qu’il reste du Che

10 Octobre 2020, 17:20pm

Publié par Bolivar Infos

Ce qu’il reste du Che

Par Geraldina Colotti

 

Pendant un séminaire qui a eu lieu à l’Université Internationale de la Communication (UICOM), Aleida Guevara, la fille du Che, a rappelé une image de son père qu’elle a gardé en elle avant que celui-ci parte à nouveau pour d’autres foyers de la guerre de guérilla : sa main  qui caressait la petite tête de son dernier né avec un regard plein de tendresse. « Jamais, nous ne nous sommes sentis abandonnés, a dit Aleida, parce que nous savions qu’il luttait pour nous tous. »

 

C’étaient des temps de révolution. Les années du Grand XXe siècle, pendant lesquelles il était normal de risquer sa vie en la mettant au service d’un idéal supérieur. en partant au Congo et ensuite en Bolivie après avoir occupé diverses charges de gouvernement, Ernesto Che Guevara abandonne la trousse du médecin pour les balles une seconde fois.

 

Recherché par toutes les forces de police du monde, il a été assassiné en Bolivie par les soldats de la CIA, le 9 octobre 1967. Et il reste gravé dans la mémoire pour le « scandale éthique » de la démission du pouvoir institué, pour le sacrifice sans compensation, pour la ténacité avec laquelle il a poursuivi ses idéaux révolutionnaires jusqu’à la fin : prêt à être inflexible mais « sans perdre sa tendresse. »  Des valeurs qui, cependant, meurent difficilement. Même en ces temps de philistéisme effréné.

 

Mais comment le mythe du Che s’est-il transmis aux pays capitalistes dans lesquels non seulement le révolution mais aussi un changement de gouvernement basé sur les intérêts du peuple semble hors de portée ?

 

L’histoire est l’histoire des luttes de classe et la façon dont elle est racontée dépend de l’équilibre du pouvoir, de l’hégémonie exercée par une classe sur l’autre. La bourgeoisie, quand elle gagne, tente par tous les moyens d’effacer la mémoire historique du prolétaire pour conjurer la peur ressentie à chaque victoire du mouvement ouvrier. Ainsi, du siècle de Lénine et des révolutions, on nous a transmis une histoire de conspirations, de massacres et de dictatures.

 

La figure du Che, dans le monde occidental, a été progressivement vidée de sa substance. son mythe varie, dans sa perception et ses motifs, tout au long des années et selon le contexte. En Italie, cela a commencé immédiatement après sa mort, un an avant 1968 qui allait enflammer les rues et les consciences.

 

Dans les années 70, elle s’ajoute à celle d’autres révolutionnaires qui luttent et meurent comme Newton, des Panthères Noires aux Etats-Unis ou Ho Chi Minh au Vietnam pour créer deux, trois, de nombreux Vietnam, disait Guevara. L’esprit de sacrifice, la lutte pour la prise du pouvoir étaient alors des éléments communs qui alimentaient aussi les guérillas communistes en Europe. Ils ont alimenté aussi les Brigades Rouges en Italie et le mouvement 77.

 

L’exemple qui venait du Che était clair : il avait renoncé au pouvoir obtenu, à l’exercice du  pouvoir administratif pour étendre la révolution dans le monde ou, si on veut, pour éduquer d’autres masses pour qu’elles prennent le pouvoir et qu’elles le fassent par une révolution, par conséquent par les armes, dans un contexte où les classes populaires faisaient pression pour transformer radicalement les choses.

 

Cette phase terminée, débute un processus progressif d’anesthésie et de sanctification du mythe, de médiatisation de l’aspect de don Quichotte, de jacobin désincarné. Et là, nous trouvons le Che réduit au saint suaire, aux T-shirts de ceux qui, dans les années de désengagement des militants, souvent vont au Mexique mais porter ce saint suaire signifie peut-être qu’ils ne se sentent pas bien dans ce monde.

 

Mais c’est dans les années 90 que s’est diffusée la transformation du mythe du Che en une falsification unidimensionnelle : Guevara est devenu l’emblème du renoncement au pouvoir peut-être accompagné par Marcos, le héros le plus télématique.

 

Les traits de sa cohérence ne s’expliquent plus alors par une motivation totalisatrice qui découle de sa foi en la nécessité historique du communisme et en celle de l’action subjective.

 

Le Che devient même une icône pacifiste dans un kit aphasique même pour ceux qui crachent de toutes leurs forces sur cette éthique du sacrifice qui l’avait transformé en un splendide fanatique du stakhanovisme consensuel.

 

Pendant ce temps, nous passons du militant au volontaire, à « l’activiste » et à a diffusion d’une dépolitisation du monde. La perspective du communisme passe de celle du moindre mal à la réduction des dégâts » comme dans le cas des drogués. Ils tentent même de jouer Guevara contre Fidel Castro en faisant de l’un un don Quichotte attardé et de l’autre un sinistre caudillo totalitaire.

 

Plus tard, même ce Che désincarné et domestiqué devient trop pour ceux de gauche qui réclamant une attitude « raisonnable » de la part des secteurs populaires et essaient de réconcilier hypocritement dominants et dominés. Dans une inversion générale du sens, le Che devient un mythe inoffensif pour toutes les gares : même pour les centres sociaux de droite qui, en Italie, cherchent à s’emparer de l’icône pour le retourner.

 

En Amérique Latine, par contre, le Che vit dans la résistance de Cuba et dans ses idéaux qui se renouvellent au Venezuela: dans la lutte des peuples pour une seconde indépendance par rapport au colonialisme et pour le socialisme bien qu’ils cherchent des formes différentes de celles de Guevara. Le Che vit comme un drapeau de rédemption et de dignité. Il vit dans la construction de l’homme nouveau et de la femme nouvelle.

 

Le Che vit dans les nombreuses questions ouvertes laissées par le communisme du XXe siècle qu’il n’avait pas éludées. La critique radicale de l’économie bourgeoise. La nécessité d’affronter les multiples attaques de l’impérialisme à présent plus subtiles mais toujours féroces et d’agir avec adresse mais ouvertement.

 

Aujourd’hui, le Che aurait soutenu la révolution bolivarienne au Venezuela comme l’a fait la Cuba de Fidel et comme le fait la Cuba de Díaz-Canel. D’autre part, avant d’aller en Bolivie, il avait pensé aller au Venezuela où avait éclaté le première lutte armée du continent après le triomphe de la révolution cubaine, pas contre une dictature mais contre une « démocratie déguisée, » celle du pacte Punto Fijo, apprécié par les £Etats-Unis et l’Europe.

 

Qu’une certaine gauche italienne célèbre le mythe du  Che et en même temps soutienne les putschistes vénézuéliens ferait se retourner le révolutionnaire argentin dans sa tombe.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/10/09/pensamiento-critico-lo-que-queda-del-che/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/10/ce-qu-il-reste-du-che.html