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Chili : Un plébiscite pour effacer Pinochet

25 Octobre 2020, 21:21pm

Publié par Bolivar Infos

Ce dimanche, les Chiliens iront aux urnes pour décider s’ils changent la Constitution  de 1980 mise en place par la dictature civile et militaire d’ Augusto Pinochet qui a permis d’instaurer un système économique qui a privatisé la santé et l’éducation, basé sur le pillage de l’Etat par quelques monopoles d’entreprises et a facilité l’extraction des ressources naturelles qui a gravement endommagé l’environnement.

 

Il y aura 2 bulletins : le premier avec « J’approuve » et « Je rejette » (le changement de Constitution) et le second avec la façon de faire en cas de victoire du « j’approuve. »

« Convention constitutionnelle » (155 citoyens élus par l’ensemble des citoyens) contre « Convention mixte » (86 parlementaires et seulement 86 citoyens élus).

 

A cause de la pandémie qui a fait 18 313 morts attribués au coronavirus, la polarisation classique de la société chilienne n’a été visible que sur les réseaux sociaux. Entre memes, fils de twitter et discussions, les groupes évangéliques qui soutiennent le « rejet » et et en sont venus à dire que « Satan est derrière ce processus de refondation du Chili » comme des dirigeants comme Kevin Valenzuela (une espèce de Miley mêlé d’Agustín Laje) attirent l’attention. en plus de provoquer la terreur, cela a provoqué des plaisanteries à cause d’un discours qui, sans arguments sérieux, rappelle beaucoup celui des intégristes chrétiens qui soutiennent Jair Bolsonaro ou Donald Trump.

 

Dans les rues, au moins ce vendredi, avec la fin de la campagne pour le plébiscite, l’ambiance était calme en partie à cause du printemps venteux avec des températures moyennes de 25 degrés et du processus de déconfinement qui a déjà autorisé l’ouverture des restaurants qui ont des terrasses et des petits magasins.

 

Etat d’urgence

 

Il y a 1 an, Santiago a été en « état d’urgence » pendant 1 semaine. Celle-ci a été décrétée le 18 octobre après une escalade d’incidents entre policiers et manifestants dirigés par des étudiants qui avaient décidé d’envahir le métro après une hausse des prix qui s’ajoutait à d’autres hausses et à des déclarations de ministres appelant  à  « se lever de bonne heure » pour profiter des bas tarifs. tout cela s’est achevé avec des stations de métro brûlées (dans un cas sans qu’on sache par qui), des barricades et des bombes lacrymogènes lancées à gogo par les Forces Spéciales.

 

La façon dont les forces armées se déplaçaient à nouveau dans la capitale mais affrontaient de nouvelles générations qui n’avaient pas peur bien que ces journées aient fait 5 morts qui se sont ajoutés à 10 provoqués par les carabiniers est impressionnante.

 

On ne parlait pas de changer la Constitution mais de signer un « nouveau pacte social, » le discours presque transversal de l’élite politique. Cela a dû être du à l’organisation de la société civile , en particulier à des conseils municipaux auto-convoqués dans lesquels on discutait et qui produisaient des documents sur la nécessité de changer le modèle politique et économique. La protestation du 25 octobre a amené 1 000 000 de personnes seulement dans la capitale du Chili et la grève générale du 4 novembre a accéléré les choses. Le 15 novembre, on a annoncé après une session marathon du Congrès National un « plébiscite pour uen nouvelle Constitution. »

 

Au réveil, la place Baquedano/d’Italie rebaptisée par les manifestants « Place de la dignité » était couverte de blanc, un fait curieux et qui contrastait avec les voix critiques qui alertaient sur un accord signé dans le dos des citoyens  qui, évidemment, n’ont jamais cessé de protester jusqu’en mars de cette année.

 

Pour l’historien, spécialiste en histoire contemporaine du Chili Marcelo Casals, le système politique institutionnel a été obligé de réagir face à l’ampleur de la crise et à engager un processus constituant, une question qui, étant donnée l’histoire récente du Chili, est assez radicale. « Le  dernier processus constituant a eu lieu dans le cadre d’une dictature contre-révolutionnaire qui s’est arrogé le pouvoir souverain pour construire un nouvel ordre inaccessible à tout changement important. La Constitution de 1980 comprend une série de pièges constitutionnels qui ont rendu le système rigide jusqu’à le faire exploser. Sans la rue, sans  la protestation, en réalité, nous n’en serions pas là.

 

La fin du fantôme de Pinochet?

 

Tous les sondages sans exception donnent gagnant le « j’approuve. » Selon le récent sondage de Data Influye 69% devraient voter pour la premier choix et 18% pour le rejet. « Convention constitutionnelle » devrait obtenir 61% des voix.

 

Pour Casals, on ne pourrait rien affirmer au-delà de ces données : « C’est la grâce d’un processus constituant : il n’y a pas de paramètres préétablis qui définissent le nouvel ordre institutionnel qui sort de tout cela. Pour ceux qui ont une sensibilité plus conservatrice, c’est une raison suffisante pour pencher pour le rejet mais pour la majorité de la société qui a cessé de croire aux soi-disant avantages du néo-libéralisme en économie et dans le modèle de démocratie semi-souveraine aux dires de Carlos Huneeus en politique, c’est une occasion de faire pencher la balance en sa faveur.

 

Casals explique qu’il ne peut pas faire d’autres prédictions.  « Il existe un consensus sur les fondements de l’ordre politique chilien qui datent de longtemps et qui obéissent à un imaginaire républicain fortement partagé. Ce consensus a aujourd’hui une expression plus concrète que nous pourrions appeler social-démocrate également largement diffusée entre ceux qui sont sortis protester en octobre de l’année dernière. en bref, on exige de l’Etat probité, égalité de traitement, la garantie des prestations de base dignes et égalitaires surtout dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la sécurité sociale, la protection de l’environnement, des politiques de reconnaissance  du genre et des ethnies et le contrôle de la féroce accumulation du grand capital grâce à une nouvelle structure d’imposition progressive et de lois efficaces contre le long abus des patrons.

 

Ce plébiscite est une action « d’entrée. » ensuite, viendront les élections des membres de la Convention (qu’elle soit mixte ou constituante), le 11 avril 2021 qui ouvrira la voie à la rédaction de la Constitution dans un délai de 9 mois renouvelable 3 fois. enfin, il y aura un plébiscité qu’on appelle « de sortie » en 2022. Si le « rejet » gagne, la Constitution de 1980 restera en vigueur.

 

(Extrait de Página 12)

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2020/10/24/un-plebiscito-para-borrar-a-pinochet/#.X5UmYS17Rjs

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