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Venezuela : Trump, Chávez et la peur du communisme

23 Novembre 2020, 18:31pm

Publié par Bolivar Infos

Par Geraldina Colotti

 

Cette information, nous l’avons tous lue, elle fait partie de celles pour lesquelles il faut mettre un cordon autour des kiosques pour éviter que les lecteurs avides de complots et de vérités révélées ne les prennent d’assaut : Hugo Chávez et Fidel Castro, depuis l’au-delà, auraient piraté le système électoral nord-américain en produisant un logiciel spécifique pour aider Biden à gagner, le perfide «dictateur Maduro» agissant en leur nom. Tu ne t’arrêtes pas de rire parce que tu ne crois pas aux ânes qui volent mais seulement aux madones qui pleures dans les processions ?

 

Cela signifie que tu ne prends pas en compte al force matérielle qui prennent certaines théories dans le vacarme provoqué par l’anarchie du capitalisme. Pendant qu’elle disait des bêtises, l’avocate de Trump a continué à pleurer à chaudes larmes et une bonne partie des Etasuniens, en particulier les Blancs, les suprématistes, et la classe moyenne, s’est identifiée avec elle et ont promis le feu et les flammes contre l’ennemi de toujours :  le communisme. La stratégie des émotions fait partie de la propagande de guerre et fonctionne à merveille dans les guerres nouvelles, présentées à distance et sous forme de jeu vidéo.

 

L’image de la victime méritante qui a remplacé celle du héros confond les termes de la lutte des classe : au niveau politique, elle couvre les coupables et les responsabilités, au niveau social, elle transforme le cours d’une maladie en phase terminale ou le rétablissement d’un accident de la route en exemple mythique à suivre. Et maintenant, elle jour en faveur de Trump.

 

Comme l’écrit l’essayiste française Anne-Cécile Robert dans « La stratégie de l’émotion, » le regard sur la victime, simpliste par définition, nous empêche de nous demander la raison des faits, de déchiffrer leur déroulement. Il élimine la délicate et épineuse question de la responsabilité, mais pas le sentiment de faute, de celui qui est au Gouvernement ou de ce qu’on appelle la « communauté internationale » dans les agressions impérialistes.

 

Prenons une mère qui court sous les bombes avec un bébé dans les bras. Une image forte qui produit une empathie immédiate : ce qui suffit pour approuver la thèse du « dictateur assassin » même si les très démocratiques européens ou les « libérateurs » nord-américains lancent les bombes. L’utilisation de l’émotion, la transformation de n’importe quel voyou en ange pour le fait même de mourir dans un accident de voiture coïncide avec ce qu’on appelle « la fin des grands récits politiques » que ce soit le marxisme ou les épopées nationales qui ont constitué des référents idéaux de peuples opprimés. Cela rejoint ce qu’on appelle « la fin de l’histoire » en faveur due l’ éternel présent de la pos vérité (la vérité des posts sur les réseaux sociaux) auquel a laissé la place la pire des idéologies, celle de la fin des grandes idéologies. La larme remplit le vide laissé par la réflexion, par la pensée.

 

En outre, imaginer des complots, signaler des ennemis imaginaires, fait bouger des masses de gens troublés aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Même imaginer des conspirations, éviter de se remettre en question  et de se sentir responsable pour admettre sa part dans la comédie.

 

Trump sait ce qu’est une conspiration étant donné que, par exemple, il a réussi à faire élire la patronne Marjorie Taylor Greene à une large majorité. La patronne, qui a triomphé en Georgie et gagné un siège à la Chambre pour les républicains, est le visage le plus connu de la secte QAnon, un groupe conspirationniste  digital pour lequel Hitler et le ku-klux-klan  font figure de chérubins. Elle avait gagné les primaires républicaines avec le slogan : « Sauver l’Amérique, arrêter le socialisme » et sur les pancartes électorales, on la voyait armée d’un fusil semi-automatique avec lequel elle menaçait les « terroristes d’Antifa. »

 

Une version 2.0 du maccartisme traditionnel qui remonte aux années 50 du siècle dernier. Sauf qu’à ce moment-là, le « péril rouge » venait d’une grande partie du monde, ce qui indiquait qu’il était concrètement possible de se libérer du capitalisme. Aujourd’hui, 30 ans après la chute de l’Union Soviétique, les pays qui se réclament du socialisme sont seulement quelques-uns mais la grande peur que ressent la bourgeoisie se renouvelle dans la résistance des peuples qui, comme le peuple cubain ou le peuple vénézuélien, ont résisté à n’importe quelle sorte d’agression : depuis1959  pour  le peuple cubain et 1998 pour le peuple vénézuélien.

 

Où il échoue avec les mercenaires, les drones explosifs, ces véritables bombes silencieuses que sont ce qu’on appelle les « sanctions, » l’impérialisme utilise la stratégie des émotions et la construction d’une réalité 2.0 dans laquelle il fait bouger de fausses institutions internationales et des personnalités qui n’existent pas dans leurs propres pays mais sont présentes dans les médias internationaux. Le Venezuela est, en ce sens, un cas d’école.

 

Le président par intérim auto-proclamé Juan Guaidó, est une construction identique à l’obscur « observatoire libre syrien » aussi incohérent que néfaste au moment de l’attaque de la Syrie. La diabolisation de Nicolás Maduro dépeint en même temps comme incapable de gouverner son propre pays mais omniprésent et omnipuissant dans chaque défaite électorale des gouvernements néo-libéraux est la chose la plus énorme que peut digérer un cerveau humain. Mais cela fonctionne même pour le palais ultra suspicieux des députés européens et du vieux « centre-gauche » : ceux-là même qui, tandis qu’ils faisaient l’éloge de Biden et se détachaient de Trump à cause de sa gestion « populiste » après les élections présidentielles, se sont réunis avec l’auto-proclamé que personne n’a élu au Venezuela.

 

Pire. L’Union Européenne a prorogé pour 1 an de plus les mesures coercitives unilatérales de Trump contre le Venezuela et est sur le point de « ne pas reconnaître » la 25ème élection qui aura lieu le  6 décembre au Venezuela. Pendant ce temps, pas un mot que le massacre quotidien des dirigeants sociaux et des ex-combattants des FARC en Colombie, sur le massacre perpétré par la police à Lima, Pérou, où l’une des institutions internationales artificielles créées contre le Venezuela bolivarien, l’infâme Groupe de Lima, a son siège.

 

Un sabbat de malfaiteurs avec lequel l’Union Européenne a des relations indépendamment du fait que, dans ses propres foyers, il y a des pays qui refusent de donner les fameuses garanties concernant les droits de l’homme que l’Union Européenne cherche à imposer dans les foyers des autres. Alors qu’elle s’apprête à ratifier l’accord néo-libéral avec un MERCOSUR privé du Venezuela socialiste, l’Union Européenne conclut un accord partiel lucratif avec des pays d’Amérique Latine qui préfèrent consacrer leur argent à al répression. Après avoir exporté le lawfare, après avoir exporté  les grandes firmes de sécurité privée, maintenant, c’est le tour des accords policiers.

 

De quel droit, avec quelle arrogance néocoloniale, l’Union Européenne prétend-elle empêcher le développement de la vie démocratique au Venezuela ? De quel droit le £Sénat français, en pleine pandémie, suit-il la ligne italienne et reçoit-il, le 2 décembre, un auto-proclamé criminel qui voyage à travers le monde pour voler l’argent du peuple vénézuélien ? Pourquoi ce monsieur, s’il est tellement sûr qu’il a du soutien dans son pays, ne se présente-t-il pas aux élections comme le fait la grande majorité de l’opposition vénéuzléienne ?

 

Des questions que la simplification du message impose dans les médias hégémoniques aussi grâce à l’image de la victime méritante, dans ce cas l’auto-proclamé voleur transformé en chérubin persécuté interdit de se poser des questions. Le fait que tomber dans le piège de considérer la révolution bolivarienne comme un système autoritaire tout en étant aussi des camarades qui habituellement sont tellement sensibles au moment de dénoncer des injustices dans d’autres parties du monde ne peut cesser d’inquiéter.

 

(…)

 

En ce qui concerne les déclarations de Trump, le chancelier vénézuélien Jorge Arreaza a répondu ironiquement : « Il y a plusieurs niveaux : le mensonge, l’absurde et la tromperie. Sans doute, rendre responsable le commandant Chávez de la défaite de Trump est ridicule au dernier degré. Une telle démonstration de faiblesse, par contre, a un côté savoureux, on dirait une blague. » Le chancelier cubain, Bruno Rodríguez, en revanche, a réagi par un laconique : « Cuba ne se mêle pas des affaires intérieures des autres pays. »

 

Mais l’imagination des internautes s’est déchaînée. Une caricature a circulé avec un commentaire du Pape Bergoglio: « S’il est prouvé que c’est Chávez qui a fait tomber Trump, il faut commencer dès à présent le processus de canonisation. Hugo Chávez saint, maintenant ! »

 

 traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/11/21/venezuela-trump-chavez-y-el-miedo-al-comunismo-una-peticion-a-la-union-europea/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/11/venezuela-trump-chavez-et-la-peur-du-communisme.html