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Amérique Latine : Changements en vue à l’OEA?

17 Décembre 2020, 18:17pm

Publié par Bolivar Infos

Par Sergio Rodríguez Gelfenstein

 

Bien qu’elle ait été vendue comme une grand victoire, la résolution approuvée par l’Organisation des Etats Américains  (OEA) le 8 décembre par laquelle l’organisation ne reconnaît pas le résultat des élections législatives au Venezuela, est en realité l’expression de la profonde crise que traverse l’institution. Que cette résolution ait été présentée par les Etats-Unis, le Brésil et la Colombie fait de ce pamphlet un trophée qui honore la nation bolivarienne.

 

Composée de 33 pays après le départ officiel du Venezuela en 2019 et l’expulsion de Cuba en 1962, plus d’un tiers de ses membres n’a pas soutenu cette résolution qui montre une organisation divisée et une absence d’autorité morale. Sa direction, dans la pratique, fonctionne comme une alliance de Gouvernements de droite dirigée par les Etats-Unis et destinée à maintenir et à renforcer leur domination sur la région.

 

Même son action traditionnelle en tant que « ministère des colonies » s’est limitée presque exclusivement à l’organisation de fraudes électorales et de coups d’Etat. En ce sens, elle a obtenu des réussites en imposant Juan Orlando Hernández au Honduras en 2017 et Jeanine Añez en Bolivia en 2019, mais elle a échoué. lamentablement au Nicaragua (2018) lorsqu’elle a soutenu l’insurrection putschiste contre le Gouvernement du commandant Daniel Ortega, à Saint Vicente et les Grenadines et au Guyana  où elle a essayé, cette année, de salir les élections pour qu’on déclare qu’il y avait eu fraude et pouvoir imposer ses candidats.

 

Sans parler du Venezuela où depuis son élection en tant que secrétaire général,  Luis Almagro, cherche à renverser le Gouvernement du président Maduro en utilisant toutes sortes de subterfuges cachés ou non ainsi que les divers instruments que Washington a mis à sa portée à cette fin. Elle ressemble au Groupe de Lima, son fils putatif, bâtard contre nature, qui a également échoué.

 

Si nous nous en tenons au mépris que le président Donald Trump a manifesté contre le multilatéralisme au point que faire partie du Groupe de Lima na même pas réussi à « salir sa réputation, » nous devrions conclure  qu’Almagro  a agi de sa propre initiative et par intérêt personnel à servir les Etats-Unis pour prolonger sa présence au secrétariat général, ce comportement ayant atteint son paroxysme en septembre 2018, quand il a annoncé qu’on ne pouvait pas écarter une intervention armée  contre le Venezuela, en passant par-dessus la Charte de l’ONU.

 

Mais il semblerait que le coup d’Etat contre Evo Morales en 2019 qu’Almagro a revendiqué comme sa propre action dans un livre publié en novembre dernier intitulé « Luis Almagro ne demande pas pardon » ait dépassé les bornes même pour ceux qui l’ont organisé et soutenu.

 

Evidemment, tout se produit quand Trump s’en va. Pendant les 4 dernières années, certaines forces et certaines personnalités ont gardé un silence complice face aux excès et aux abus de l’ex-ministre des affaires étrangères du Gouvernement de José Mujica. L’ex-président colombien Juan Manuel Santos qui a affirmé récemment : « L’OEA ne fonctionne pas » est l’une d’entre elles. Selon le journal “El Espectador”, Santos a fait cette déclaration le 10 décembre dernier, lors d’un forum virtuel organisé par le think tank Dialogue Interaméricain qui a son siège à Washington auquel participaient aussi les ex-présidents Ricardo Lagos du Chili, Ernesto Zedillo du Mexique et Laura Chinchilla du Costa Rica.

 

Santos a affirmé que les pays de la région ont été incapables de s’accorder sur une vision de base ou sur un objectif  pour cette institution dans le monde actuel et a achevé en disant qu’il pensait que l’OEA  n’avait aucune autorité et il a déploré la situation de l’organisation panaméricaine construite sous les auspices de Washington qui affirmait : « Il est très triste de le dire mais c’est la réalité : maintenant, l’OEA n’aborde même pas les problèmes qu’elle devrait aborder. »

 

 

Santos pense qu’il fart créer une nouvelle sorte de direction pour « revitaliser » ces organisations pour qu’elles puissent respecter leurs objectifs de base. Il e repris son intervention en disant : « Si nous en le faisons pas, ces organisations vont continuer à ne pas avoir de sens » parce que « les institutions internationales sont ce que les pays membres veulent qu’elles soient. »

 

Pour sa part, Ricardo Lagos, qui fut le premier président du monde à exprimer son soutien au coup d’Etat contre le président Hugo Chávez en 2002,  a appelé à « repenser »le système. Lagos a déclaré qu’il lui semblait que le moment d’une « révision » du système interaméricain puisque son « architecture est un peu désuète.»

 

Lagos, le président qui avait protégé Pinochet pendant qu’il était en prison à Londres a fait une proposition qui lui est propre mais qui est aussi celle des derniers présidents du Chili qui agissent « en lançant la pierre et en cachant la main » : un système identique à celui du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN),  « mais sans caractère militaire. » Difficile à comprendre et encore plus à faire mais qui pourrait être compris comme la fusion de l’OEA et du Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR). Según Lagos: « … ce serait beaucoup plus important au lieu d’être un système interaméricain extrêmement désuet. »

 

Pour lui, le moment est venu de « repenser » quelle sorte d’institution est nécessaire pour obtenir une entente entre les pays d’Amérique Latine  et des  Caraïbes et les Etats-unis et il a souligné que pour cela, le  rôle du Canada est “extrêmement important. »

 

Dans le cas de Santos, il est clair qu’il ambitionne de se mettre dans l’objectif de Biden au cas où celui-ci, pour rendre réelle sa doctrine multilatérale d’agressions et d’interventions coordonnées, commencerait à penser à remplacer Almagro, de moins en moins présentable et contraire à la stabilité dont les Etats-Unis – véritables électeurs et mentors de l’OEA – ont besoin pour garder leur « arrière-cour. »  Il faut rappeler que le Gouvernement d’Obama dont Biden fut le vice-président, a eu d’excellentes relations avec Santos à l’époque où il était président de son pays. Obama avait :même soutenu Santos tout au long des négociations de paix avec la guérilla    des FARC qui se sont achevées à la Havane en 2016 et ont été une pièce maîtresse pour l’attribution du Prix Nobel de la Paix qu’ils lui ont acheté à Oslo.

 

Une destitution éventuelle d’Almagro équilibrerait d’une certaine façon les institutions régionales après la nomination de Mauricio Claver-Carone par Trump  à la présidence de la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Cet américain d’origine cubaine a été « lancé » par Trump  à ce poste en se moquant de la tradition qui veut que celui-ci soit occupé par un Latino-américain.

 

Par cette nomination, Trump honorait ses engagements envers le républicain Marco Rubio et les exilés cubains de Miami. La Floride et  Miami ont voté pour Trump et Biden pourrait vouloir s’en écarter en sortant du jeu Almagro qui est devenu une pièce solide du terrorisme cubain et vénézuélien installé au sud de la Floride. Ainsi,  Biden pourrait vouloir chercher à mettre à l’OEA un pion plus « digeste » dans son désir de construire la « diplomatie coercitive » qu’a soutenue le futur secrétaire d’Etat Anthony Blinken.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/12/16/vientos-de-cambio-en-la-oea/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/12/amerique-latine-changements-en-vue-a-l-oea.html