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Bolivie : Chakana et plurinationalité

28 Février 2021, 17:37pm

Publié par Bolivar Infos

Par Ollantay Itzamná

 

Il y a quelques jours, suite à la divulgation par le Gouvernement plurinational de son logo en forme de Chakana, des secteurs ayant participé au dernier coup d'Etat ont poussé des cris contre les symboles de l'Abya Yala et accusé le Gouvernement Arce-Choquehuanca de remplacer, de façon anticonstitutionnelle, le Bouclier sacré de la Bolivie par la Chakana.

 

Oui, ceux-là même qui ont brûlé la Wiphala et massacré des indigènes qui arboraient ce symbole patriotique il n'y a pas si longtemps.

 

Qu'est-ce que la Chakana?

 

La Chakana est un code qui a la forme d'une croix grecque étagée qui, pour les peuples des Andes, exprime ou symbolise la totalité. En quechua chaka signifie pont qui unit les extrêmes. La Chakana représente 2 ponts imaginaires qui unissent le nord et le sud, l'orient et l'occident. Elle exprime la communion entre toutes les dimensions de la coexistence cosmique.

 

La Chakana symbolise ou fait la synthèse de la communauté cosmique et à l'intérieur de celle-ci, de la communauté humaine. C'est l'expression de l'équilibre et de al communion entre la nuit et le jour, l'homme et la femme, le fini et l'infini, la matière et l'esprit, le soleil et la lune... C'est un code de l'équilibre et de la communion dans et avec la totalité cosmique.

 

Ce code n'est pas réservé aux civilisations andines. A Chichinitzá, les mayas ont incrusté une importante Chakana (non échelonnée) à quelques 3 mètres de haut sur l'une des plus grandes constructions de l'endroit. Ainsi, des Chakanas sont présentes dans diverses civilisations du monde, ce qui met en évidence le fait que ce code, même s'il ne signifie pas nécessairement la même chose pour tous les peuples, n'est pas réservé aux peuples des Andes. Et qu'il est encore moins la représentation rupestre d'une doctrine chrétienne.

 

Que représente le Bouclier bolivien ?

 

C'est l'imitation du mauvais goût de la virilité espagnole que les créoles ont essayé de matérialiser en un insigne du pouvoir plein de fusils et de pointes de couteaux comme si c'étaient des phallus violents, ornés de tissus de 3 couleurs (rouge, jaune et vert). Qu'est-ce que les républicains créoles ratés ont voulu exprimer exactement ? Personne ne le sait de façon certaine.

 

2 siècles après la République et après 5 siècles de colonialisme repris et perpétuel, des secteurs colonisés (des croyants républicains) disent s'identigfier à ce bouclier bolivien dont les fusils phalliques ont violé et massacré leurs grands-parents pour les soumettre. C'est la dure réalité de la colonisation. Les victimes colonisées finissent par aimer et défendre rien de moins que l'arme grâce à laquelle on a décimé et détruit leurs ancêtres.

 

Cette condition de colonisé dont les apologistes ont défendu les insignes du pouvoir des colonisateurs créoles n'est pas une exclusivité et ne se limite pas aux secteurs boliviens. Des niches sociales du Pérou, du Chili, de l'Equateur, de l'Argentine, du Mexique, du Guatemala, en souffrent.

 

Et la plurinationalité ?

 

Le plus ridicule chez les détracteurs de la Chakana en Bolivie est qu'ils se reconnaissent comme des citoyens de l'Etat Plurinational de Bolivie. Peut-être ne comprennent-ils pas la portée de base du concept de plurinationalité qui implique nécessairement la coexistence factuelle des différents symboles, des insignes ou des institutions des peuples/nations qui font partie de cet Etat Plurinational.

 

Plus de 10 ans après la création de l'Etat Plurinational de Bolivie et face à l'effervescence du racisme ou de l'arrogance créole métisse, on constate que l'erreur qu'ont commise les constituants de cet Etat Plurinational est de ne pas avoir discuté le cadre symbolique de la plurinationalité et obtenu un consensus.

 

Créer un Etat Plurinational a laissé presque intacts les symboles créoles républicains et même le nom, l'hymne, les héros, etc... Ce fut une grosse erreur pour la Bolivie. Nous en subissons encore les conséquences.

 

Repenser les symboles patriotiques dans les états de plus de 200 ans

 

Les symboles patriotiques, parce que ce sont des insignes du pouvoir, ne sont pas innocents. Ils ont une charge idéologique forte importante pour les citoyens. Ils sont conçus pour représenter des sentiments, former des volontés, autour du projet politique de leurs concepteurs.

 

C'est pourquoi dans des pays comme la Bolivie, pour empêcher l'autodétermination des peuples, on a imposé un seul Bouclier national plein d’armes menaçantes pour ceux qui oseraient penser contre les intérêts des oligarchies. C'est pourquoi maintenant, le bouclier national repousse la Chakana multi-civilisatrice.

 

Dans un pays plurinational comme la Bolivie dont la Constitution Politique définit l'Etat comme pacifiste, il est contradictoire d'arborer un Bouclier d'armes comme plus haut et unqiue symbole patriotique. Pire, ce Bouclier d'armes qui n'a pu défendre le pays d'aucun de ses ennemis extérieurs n'exprime ni la volonté, ni les aspirations ni les couleurs des peuples de la Bolivie. C'est pourquoi, pour matérialiser la plurinationalité d el'Etat, il est urgent de discuter et d'obtenir un consensus sur les nouveaux symboles patriotiques plurinationaux.

 

Ce défi : repenser et trouver un consensus sur les symboles patriotiques concerne aussi les autres Etats bicentenaires du continent. Nous sommes des pays plurinationaux, dans bien des cas,n de plus en plus, nous aspirons à la plurinationalité. C'est pourquoi il est urgent de prendre au sérieux le débat ou la bataille du récit concernant les nouveaux symboles qui représenteront ces Etats plurinationaux dans l'Abaya Yala.

 

2 siècles d'échec permanent des républiques créoles et de leurs Etats-nations racistes et monoculturels doivent nous inciter au moins à nous demander ; Pourquoi devons-nosu continuer à chanter ou à marcher au rythme de la Marseillaise française ? Pourquoi continuer à arborer des boucliers qui, à part qu'ils ne nous ont défendu de rien, ont été et sont utilsiés pour briser nos aspirations de légitime autodétermiantion en tant que peuples ? Pouruqoi continuer à défendre comme des zombis le remède de l'Europe d'antan qui se matérialise dans les symboles de la Patrie des créoles ?

 

Ollantay Itzamná, défenseur latino-américian des Droits d ela Terre Mère et des Droits de l'Homme. 

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/02/27/bolivia-chakana-y-plurinacionalidad-2/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/02/bolivie-chakana-et-plurinationalite.html