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Amérique Latine : Les Etats-Unis et leur soutien aux coups d'Etat

14 Mars 2021, 19:01pm

Publié par Bolivar Infos

Par Renán Vega Cantor

 

«  Trujillo est un fils de pute mais c'est notre fils de pute : » ce sont les mots de Cordell Hull, Secrétaire des Etats-Unis, à propos du dictateur de la République Dominicaine.

 

Le titre de cet article peut sembler d'emblée injurieux et déplacé mais il prend un sens parce qu'il paraphrase les dires récurrents de hauts fonctionnaires des Etats-Unis quand ils parlent en privé des dictateurs d'Amérique Latine qu'ils soutiennent. C'est Cordell Hull qui, le premier a prononcé le mot «  fils de pute » pour parler de l'un des dictateurs soutenus par Washington, en 1938.

 

Ensuite, le président des Etats-Unis en personne, Franklin Delano Roosevelt, l'a repris pour parler du dictateur du Nicaragua Anastasio Somoza qu'il considérait aussi comme « notre fils de pute. » Cette dernière référence est celle qu'on ale plus l'habitude de citer parce qu'elle est apparue dans un numéro de la revue Time de 1948. Le mot grossier était utilisé pour indiquer la véritable envergure criminelle des dictateurs soutenus par Washington, une chose qui intéressait peu finalement les Etats-Unis dans la mesure où ils leur étaient soumis inconditionnellement. Que ces dictateurs tuent, torturent, fassent disparaître des milliers de personnes dans leurs pays respectifs intéressait peu les Etats-Unis à condition qu'ils le fassent sans toucher aux intérêts du capital étasunien. En d'autres termes, cela voulait dire : oui, ce sont des assassins et des criminels mais ils nous servent et nous en avons besoin, c'est pourquoi s'il faut tuer et torturer pour conserver nos intérêts intacts, peu importe ces méthodes si peu raffinées. Et pour les camoufler un peu, et que le sang n'éclabousse pas le territoire des Etats-Unis, des hommes politiques et des médias de désinformation qualifiaient ces dictateurs de champions de la liberté et d'amis du monde libre.

 

Ce terme outrageant , surtout pour les pauvres mères des dictateurs Rafael Trujillo et Anastasio Somoza, est revenu dans l'actualité après l'absolution de Donald Trump lors de son second procès politique au Sénat des Etats-Unis, suite à la prise du Capitole le 6 janvier dernier.

 

Certains libéraux, admirateurs des Etats-Unis ignorants, naïfs ou candides qui ont tant applaudi l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et font l'éloge de son nouveau locataire, Joe Biden (le brave homme qui bombarde) n'en sont pas revenus en apprenant le résultat de ce procès éclair dont Trump est sorti indemne bien qu'il ait été l'organisateur d'une tentative de coup d'Etat destinée à se maintenir au pouvoir et qui a fait 5 morts.

 

Mais les questions sont différentes : De quoi s'étonnent-ils ? Sans doute pensaient-ils qu'ils allaient accuser Trump d'être un putschiste, le condamner à la prison à vie ou à la peine capitale immédiatement ou qu'ils allaient l'emprisonner ? Si les Etats-Unis ne l'ont jamais fait avec les dictateurs qu'ils ont fabriqués parce qu'ils leur étaient utiles, ils allaient encore moins le faire avec l'un des leurs. Si le Congrès des Etats-Unis avait condamné un putschiste, il aurait rompu avec la tradition qui fait partie des principes fondamentaux de la politique étrangère des Etats-Unis : soutenir le fils de pute qui est utile à l'American way of life, un axiome « théorique » mais surtout pratique qui a caractérisé l'action des Etats-Unis dans le monde et en particulier en Amérique Latine depuis la fin du XIXème siècle.

 

Souvenons-nous que sur la liste interminable des coups d'Etat et des dictatures que les Etats-Unis ont soutenus se trouvent des criminels de l'envergure de Rafael Leónidas Trujillo et Anastasio Somoza auxquels il faut ajouter Augusto Pinochet (Chili), Jorge Rafael Videla (Argentine), Efraín Ríos Montt (Guatemala), Maximiliano Hernández Martínez (Salvador), Tiburcio Carias (Honduras), François Duvalier (Haïti), Alfredo Stroessner (Paraguay),Ferdinand Marcos (Philippines), Hahi Moamaed Suharto (Indonésie), Mobuto Sese Seko (Zaïre) et une interminable chaîne d'autres fils de mauvaise mère de l'Empire du monde entier dont la liste est tellement longue qu'il faudrait de nombreuses pages pour la faire.

 

La nouveauté du cas de Donald Trump n'est pas que les Etats-Unis aient des fils mal nés chez eux parce que la presque totalité des présidents et des hauts fonctionnaires de ce pays en sont, sans aucun doute, mais que l'un d'entre eux ait osé leur porter atteinte. C'est à dire que le grand crime de Trump n'est pas dans les multiples crimes qu'il a commis hors des Etats-Unis, ce qui est parfaitement normal sous n'importe quel président de ce pays, mais qu'il ait commis à la maison ce qui se fait et qu'on applaudit à l'étranger. A ce sujet, il est cynique que Nancy Pelosi, du Parti Démocrate et présidente de la Chambre des Représentants, l'une des plus acharnées contre Donald Trump pour sa tentative de coup d'Etat au Capitole soit la même qui a applaudi furieusement et reçu personnellement le putschiste vénézuélien Juan Guaidó, un autre fils de pute Made in USA.

 

Bien qu'on ne pardonne pas à Donald Trump ce qu'il a fait le 6 janvier, cela ne pouvait même pas amener le Parlement des Etats-Unis – une institution criminelle, tachée du sang du reste du monde jusqu'à la moelle – à la dangereux extrémité de la condamner. Cela aurait crée un précédent funeste et d'une certaine façon aurait fermé les portes à de futurs coups d'Etat dans lesquels se trouve la main assassine de Washington, qui auraient été discrédités d'avance et n'importe qui pourrait oser juger les putschistes. Non, on ne peut pas ouvrir la boîte de Pandore en condamnant un putschiste qui a été président des Etats-Unis. Non, maintenant, il faut agir dans la politique domestique des Etats-Unis comme on l'a fait avec les putschistes et les dictateurs que créent les Etats-Unis à l'étranger (et Juan Guaidó est l'un des plus récents), dire à voix basse, « c'est un bâtard » mais affirmer en public que c'est un démocrate, un vrai combattant de la liberté, pour la justice et mille mensonges dans ce style.

 

Pour mieux dire, comme doivent le murmurer des personnalités politiques, des journalistes et des enseignants de l'establishment aux Etats-Unis, « c'est un fils de pute mais du début à la fin, c'est notre fils de pute, » et nous l'avons eu à la maison, en paline Maison Blanche.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/03/12/pensamiento-critico-estados-unidos-y-su-apoyo-a-los-golpes-de-estado-y-a-los-dictadores/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/03/amerique-latine-les-etats-unis-et-leur-soutien-aux-coups-d-etat.html