Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Equateur : De l'horreur au débat électoral 

2 Mars 2021, 18:45pm

Publié par Bolivar Infos

Par Marco Teruggi

 

La campagne pour le second tour des élections prévu le 11 avril se déroule entre dénonciations et accusations.

 

Bien que les regards soient fixés sur le bilan tragique des émeutes dans lesprisons, la campagne électorale continue.

 

Quito. L'Equateur est passé du débat électoral au décompte des morts et à la douleur. Cela s'est produit mardi soir et s'est reproduit jusqu'à vendredi : plusieurs émeutes dans 4 prisons du pays ont fait 78 morts. Mais ça n'a pas été seulement de la violence : personnes décapitées, brûlées, démembrées à la tronçonneuse, broyées, avec des parties du corps arrachées. L'horreur, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux.

 

Avec des images d'une violence qui rappelle celle à laquelle on est habitués dans des pays comme la Colombie avec le para-militarisme, les écrans ont montré jour après jour des familles désespérées, en larmes, en prières et dénonçant l'inefficacité de l'Etat. Le Gouvernement, habitué à réagir tard face aux crises a fait ce qu'il a l'habitude de faire : refuser toute responsabilité et accuser le corréisme d'être derrière ces événements.

 

« Ca a été organisé de l'extérieur des prisons et orchestré à l'intérieur par ceux qui se disputent la direction et le trafic de drogues sur tout le territoire national (…) La coïncidence avec la récente dénonciation du financement de campagnes politiques en Equateur par l'ELN - d' Andrés Arauz – faites par la presse colombienne n'est pas due au hasard. Il est très grave qu'il y ait de 'argent du trafic de drogues dans la politique du pays, » a affirmé le président Lenin Moreno dans un message.

 

Moreno qui a signalé que la surpopulation dans les prisons était une conséquence de son combat contre la délinquance n'a pas mentionné un fait que la plupart des acteurs politiques, des analystes et des spécialistes a souligné : la réduction du budget destiné au système pénitentiaire et toutes ses conséquences, l'élimination de ministères comme celui de la sécurité et les massacres précédents dans plusieurs prisons du pays.

 

Ces événements ont fait les gros titres de tous les journaux dans un système de chaînes de télévision qui diffusent peu ou rien de ce qui se passe dans le pays. Mais bien que les regards soient fixés sur les événements traumatisants pour les prisonniers, les membres de leur famille et la pays, la campagne électorale se poursuit. Il y aura un second tour le 11 avril entre Andrés Arauz, le candidat de la révolution citoyenne, et Guillermo Lasso, le candidat de l'alliance CREO et du Parti Social Chrétien.

 

Le résultat du premier tour continue à être contesté par Yaku Pérez, troisième, arrivé mardi dans les environs du Conseil National Electoral (CNE), à Quito, accompagné d'une mobilisation. Là, il a annoncé qu'il présenterait au pouvoir électoral 16 000 procès-verbaux à problèmes – sur un total de 39 000 – un chiffre qu'il a ensuite élargi à 20 000. Selon Pérez et le parti Pachakutik, la fraude réalisée pui aurait coûté la seconde place et, par conséquent, son accès au second tour.

 

La dénonciation de Pérez a réalisé un tournant vendredi soir, quand le CNE a annoncé avoir trouvé des irrégularités dans seulement 31 des procès-verbaux qui lui ont été remis qui, en réalité n'avaient pas été 16 000, avec de soi-disant « incohérences de numéros et absence de signature » mais 7 233, sur lesquels 1 453 étaient en plusieurs exemplaires.

 

C'est ainsi que le CNE a mis fin à la dénonciation de fraude présentée par Pérez. Le candidat de Pachakutik avait déjà prévu que, si ce résultat était donné, il présenterait un recours en contestation devant le Tribunal de Contentieux Electoral et insisterait sur sa demande d'audit présentée devant le Procureur Général pour qu'il enquête sur la fraude qu'il dénonçait. De plus, la confédération des peuples de nationalité Kichwa de l'Equateur (ECUARUNARI) qui s'est mobilisée avec Pérez et fait partie de la confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (CONAIE) a annoncé vendredi soir après une répression, le début d'une grève nationale.

 

L'annonce de nouvelles actions de lutte a cependant été parquée par l'annonce simultanée d'informations concernant la division entre Pérez, soutenu par Pachakutik et ECUARUNARI et 2 des principaux dirigeants de la CONAIE : Jaime Vargas et Leónidas Iza, tous deux acteurs principaux, à la différence de Pérez, du soulèvement d'octobre 2019. Iza, par exemple, n'a pas soutenu la dénonciation de fraude et a attribué le fait que Pérez ne soit pas arrivé au second tour à « une stratégie mal conçue au niveau national. »

 

Les possibilités de pression de Pérez sur la rue sans qu'il soit accompagné par un secteur important de la CONAIE semblent donc limitées comme on l'a vu dans les rues de Quito et sur certains points de protestation dans le pays pendant cette semaine. En ce qui concerne la CONAIE, elle a annoncé officiellement qu'elle fera connaître sa position politique pojur le secodn tour lors d'un conseil élargi qui aura lieu le 10 mars.

 

Ainsi, les menaces qui pèsent encore sur le processus électoral et en particulier sur la candidature d'Arauz, se situent au bureau du procureur, aussi bien la tentative de faire réaliser un audit que l'opération internationale montée par le Bureau du Procureur colombien et le revue Semana contre le candidat de la révolution citoyenne pour l'accuser d'avoir été financé par l'ELN de Colombie. Pérez, notoirement anticorréiste, a affirmé : « Si la candidature d'Arauz ne tombe pas avant avril, elle tombera plus tard pour avoir reçu de l'argent illégal de la narco-politique. »

 

Face à la demande d'audit, l'Union pour l'Espoir, la coalition pour laquelle Arauz est candidat, a annoncé avoir présenté une demande de mesures préventives constitutionnelles pour suspendre les démarches faites par le Bureau du Procureur pour enquêter sur la soi-disant fraude électorale. Dans le communiqué de la coalition, il est dit que la tentative d'audit menace la date du second tour et que c'est une ingérence de lapart d'une autorité qui n'est pas concernée par les élections.

 

Ainsi, 3 semaines après le premier tour, il reste des menaces sur le déroulement des élections, une situation dénoncée dans le pays et à l'étranger. Ce danger est mis en évidence par exemple, dans la déclaration conjointe des présidents du Mexique et de l'Argentine, Andrés Manuel López Obrador et Alberto Fernández, qui ont décidé de « suivre attentivement les processus électoraux de la région comme celui qui se déroule actuellement en Equateur en faisant des vœux pour que celui-ci s'achève en temps et comme il se doit et que la continuité de la démocratie soit garantie. » Luis Arce, le président de la Bolivie, a ensuite adhéré publiquement à, cette déclaration.

 

Les prochains jours et les prochaines semaines seront marqués par de nouveaux événements éventuels dans une élection déterminante pour le pays et la région. La possibilité que l'Equateur revienne vers un projet progressiste et latino-américaniste avec Arauz, ou avance vers un renforcement dy néolibéralisme avec Lasso est sur la table. Moreno, qui soutient Lasso, cherche, dans cette situation, à faire dépendre l'avenir économique d'une mesure de dernière heure : la privatisation de la Banque Centrale.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/02/28/ecuador-del-horror-al-debate-electoral/

URL de cet article:

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/03/equateur-de-l-horreur-au-debat-electoral.html